L'Inde compte sur les talibans pour trouver une
issue au détournement de l'Airbus
Les pirates de l'air ont cédé sur
deux de leurs revendications (Le Monde, 30/12/1999)
La situation est devenue extrêmement tendue
au septième jour du détournement de l'avion d'Indian Airlines.
Selon des sources à Kandahar, ville du sud de l'Afghanistan où
l'avion, avec ses quelque 160 passagers et membres d'équipage, est
stationné depuis samedi, les pirates de l'air, de plus en plus nerveux,
ont menacé mercredi 29 décembre au soir de redécoller
vers une destination inconnue s'il ne se passait rien.
Relayant cette impatience, le ministre des affaires
étrangères d'Afghanistan, le taliban Wakil Ahmad Mutawakil,
a affirmé lors d'une conférence de presse tenue sur le tarmac
: « Si la partie indienne ne résout pas la crise, nous demanderons
aux pirates de quitter l'Afghanistan et nous les y forcerons. »
M. Mutawakil s'est refusé à préciser
combien de temps les talibans étaient encore prêts à
attendre, déclarant : « Nous ne sommes pas ici pour donner
des ultimatums, nous sommes ici pour trouver une solution pacifique au
problème. » Il a toutefois ajouté : « Nous
exigeons des deux parties qu'elles ne perdent pas de temps et qu'elles
parviennent à une solution. »
« NON CONFORMES À L'ISLAM »
Les talibans, dont une partie au moins sont entrés
dans la négociation, avaient obtenu mercredi que les pirates cèdent
sur deux de leurs revendications, « non conformes à l'islam
» : le retour du corps d'un séparatiste musulman tué
au Cachemire indien en juin lors d'une « tentative d'évasion
»,
et une somme de 200 millions de dollars. Ils ont aussi, selon une source
à Kandahar, « donné des cours de théologie
islamique aux pirates pour leur faire valoir que la prise d'otages innocents
était contraire à l'islam ». Les pirates exigent
toujours la libération de trente-six militants cachemiris détenus
dans les prisons indiennes, dont celle d'un chef religieux pakistanais,
Masood Azhar.
L'entrée dans la négociation des talibans,
et en particulier de M. Mutawakil, qui, dit-on à Delhi, «
aide
beaucoup et paye de sa personne pour la faire avancer », était
souhaitée depuis le début par l'Inde qui, après avoir
voué les talibans aux gémonies, s'en remet totalement à
eux pour trouver une issue à la crise. Dans cette optique, le ministre
indien des affaires étrangères, Jaswant Singh, a affirmé
mercredi qu'il avait pris contact avec l'Arabie saoudite et avec les Emirats
arabes unis, deux des trois pays (le troisième étant le Pakistan)
à reconnaître les talibans, ainsi qu'avec des gens qui avaient
accès au Mollah Omar, chef suprême des talibans, pour leur
demander d'aider à finir au plus vite cette affaire.
La baisse des exigences des pirates a été
accueillie sans enthousiasme particulier à New Delhi, où
le ministre des affaires parlementaires, Pramod Mahajan, a affirmé
: « Nous prenons en compte les revendications dans leur ensemble.
Cette annonce ne change rien à la situation. » Se voulant
rassurant quant à la limite de temps invoqué par M. Mutawakil,
M. Mahajan a ajouté : « Dans une situation comme celle-ci,
aucun délai ne peut être fixé et rien ne prouve que
les talibans sont en train de perdre patience. » Le gouvernement
indien, qui se sent sans doute rassuré depuis que la montée
en puissance des exigences des pirates a soudé l'opinion publique
- y compris des parents des otages - en faveur de la fermeté, fait
montre d'un calme qui contraste sérieusement avec l'ambiance régnant
à Kandahar.
RASSURER, GAGNER DU TEMPS
Dédramatisant le sort des passagers, Jaswant
Singh a affirmé mercredi : « En dépit des circonstances
et de leur longue incarcération forcée, une attention médicale
est fournie aux otages ainsi que des médicaments », ajoutant
que « de la nourriture et de l'eau sont apportées en permanence
et suivant les besoins ». Selon un soldat taliban monté
dans l'avion mercredi, les otages auraient la permission de se déplacer
dans l'avion et certains ont été vus jouant aux cartes et
aux échecs. Les hommes n'auraient plus les yeux bandés.
Ces nouvelles rassurantes visent de toute évidence
à conforter les familles et à justifier le temps qui passe.
Combien de temps les pirates sont-ils prêts à attendre, c'est
là toute la question alors que clairement l'équipe de négociateurs
indiens à Kandahar ne cherche qu'à gagner du temps. Le temps
nécessaire, espère-t-on désormais à New Delhi,
pour que les talibans convainquent les pirates de l'air de relâcher
leurs otages.
Libération pour les 160 otages du détournement d'un
avion indien (AFP, 31/12/99)
Quelque 160 personnes, otages de cinq pirates de l'air, ont été
libérés vendredi quelques heures avant le nouvel an, au huitième
jour du détournement d'un avion d'Indian Airlines après que
New Delhi eût accepté de libérer trois militants islamistes.Les
pirates ont aussi quitté l'avion, et la milice islamiste des taliban
au pouvoir à Kaboul, leur a donné dix heures pour quitter
l'Afghanistan.Tous les passagers et membres d'équipage de l'Airbus
A-300, immobilisé depuis samedi dernier sur le tarmac de l'aéroport
de Kandahar (sud de l'Afghanistan) sont rentrés à New Delhi,
sains et saufs. Ce détournement a néanmoins fait un mort,
un jeune Indien de 25 ans, qui rentrait de voyage de noces, poignardé
par les pirates de l'air. ....
Cette libération après une semaine de calvaire pour ces
otages a été rendue possible grâce à un accord
conclu entre l'Inde et les
cinq pirates de l'air, prévoyant un échange entre ces
160 otages et trois militants islamistes jusqu'à présent
emprisonnés au
Cachemire indien. Ces trois militants sont le religieux sunnite Masood
Azhar, 31 ans, en tête de la liste des 36 militants dont la libération
était réclamée par les pirates de l'air, Sheikh Mushtaq
Zargar et Ahmed Unar Syed. New Delhi combat depuis dix ans une insurrection
musulmane au Cachemire, territoire montagneux que se dispute l'Inde et
le Pakistan depuis un demi-siècle.
Islamabad a salué vendredi le dénouement heureux de ce
détournement et nié que les pirates de l'air puissent se
rendre au
Pakistan. "Nous ne savons rien de cela", a affirmé un porte-parole
officiel, Tariq Altaf.
Un diplomate à Kandahar (sud) où l'avion est resté
immobilisé près d'une semaine, a indiqué que les pirates
de l'air seraient
expulsés de l'Afghanistan par les taliban, vers un pays voisin,
probablement le Pakistan. "Ils seront expulsés ce soir (vendredi)
par la route", a indiqué ce diplomate ayant requis l'anonymat. Les
taliban , qui contrôlent 80% de l'Afghanistan et dont le quartier-général
se trouve à Kandahar, ont joué un rôle important dans
le dénouement de cette crise. L'Inde, comme la plupart des pays
dans le monde, ne reconnaît pas le régime des taliban. Mais
New Delhi a salué à plusieurs reprises les autorités
taliban pour leur attitude et leur coopération depuis le début
de la crise. Sept négociateurs indiens avaient entamé lundi
des pourparlers avec les pirates de l'air. L'Inde avait attendu deux jours
avant de dépêcher cette délégation, provoquant
la colère des proches des otages, et l'impatience des taliban. Ces
derniers avaient menacé à plusieurs reprises, notamment jeudi,
de contraindre l'avion détourné à redécoller,
faute de solution rapide à la crise. La situation des 160 otages,
à bord de l'avion depuis huit jours, s'était détériorée
vendredi après que les moteurs de l'appareil eurent été
brusquement coupés, les exposant à des températures
glaciales. L'avion, détourné lors d'un vol Katmandou-New
Delhi, était arrivé samedi à Kandahar après
des escales à Amritsar (Inde), Lahore (Pakistan) et Dubaï (Emirats
Arabes Unis). Parmi les otages figuraient une quinzaine d'Occidentaux.
Les pirates de l'air avaient libéré 27 passagers lors d'une
escale à Dubaï et un passager malade dimanche à Kandahar.
L'héritage de l'invasion soviétique toujours visible
en Afghanistan (AFP, 24/12/99)
L'héritage de l'invasion par l'URSS, le jour de noël 1979,
est toujours visible en Afghanistan, que continue de ravager une interminable
guerre malgré le retrait, dix ans après son entrée,
de l'armée soviétique.Les militaires soviétiques ont
envahi l'Afghanistan en 1979 pour consolider le régime pro-Moscou
à Kaboul. Plus d'un million et demi d'Afghans et 15.000 soldats
soviétiques ont été tués au cours des dix années
d'occupation qui ont suivi. La population de Kaboul se souvient encore
du matin du 27 décembre 1979 lorsqu'il a été annoncé
que le dirigeant communiste Hafizullah Amin avait été renversé
et exécuté par son frère d'armes, Babrak Karmal. Ce
dernier affirmait alors que les Soviétiques étaient entrés
en Afghanistan dans le cadre d'une mission de paix internationale destinée
à éviter que le pays ne soit la proie de l'impérialisme
américain. Mais la population s'est rapidement mise à prier
pour le départ des "monstres rouges". "J'étais professeur
à l'époque", se souvient Atiqullah, qui habite la capitale
afghane. "Les gens ont commencé à tuer le bétail et
à réciter des versets du coran pour favoriser le départ
des monstres rouges", a-t-il affirmé à l'AFP. La "mission
de paix" soviétique a rencontré très peu de soutien
au sein de la population afghane, et des millions d'Afghans ont préféré
fuir leur pays. "J'ai vu les premiers soldats soviétiques près
du fort historique de Balahesar (à Kaboul). J'ai souhaité
pouvoir en tuer le plus possible", s'est souvenu de son côté
Mohammad Rafi, autre résident de Kaboul. Les rangs de la résistance
ont commencé à s'étoffer et Washington a saisi cette
opportunité pour l'assister financièrement et
militairement dans le cadre d'une des plus importantes opérations
américaines de ce genre depuis la fin de la seconde guerre
mondiale. Résultat, en 1989, l'armée soviétique
a plié bagage, laissant seul le président Mohammad Najibullah.
Quelques mois plus tard, c'était l'URSS qui commençait à
s'effondrer. "L'invasion soviétique a eu pour résultat la
destruction complète de l'infrastructure du pays, l'exode des réfugiés
et un désastre humanitaire pour l'Afghanistan", a résumé
Farid Homayoon, médecin afghan réputé. Inversement,
de nombreux Afghans, et Afghanes, ont eu la possibilité de suivre
des études gratuitement en URSS et dans d'autres pays socialistes.
D'ailleurs, beaucoup d'Afghans parlent encore le russe, particulièrement
ceux qui vivaient à proximité des camps militaires soviétiques.
Aujourd'hui, les femmes sont privées d'accès à l'éducation,
en vertu de la lecture très particulière que font les taliban,
la milice religieuse au pouvoir à Kaboul, de la charia, la loi islamique,
et des préceptes du coran. Autre héritage de l'URSS, tous
les pilotes d'aéronefs ont été entraînés
par les Soviétiques et l'armement laissé derrière
eux par les
Soviétiques, en vente sur les marchés afghans, est le
seul utilisé en Afghanistan. Quant aux bâtiments de l'ambassade
d'URSS à Kaboul, ils servent aujourd'hui de centre d'accueil à
quelque 16.000 réfugiés ayant fui les combats du nord du
pays. Pendant les trois années qui ont suivi leur retrait d'Afghanistan,
les Soviétiques, puis les Russes après la chute de l'URSS,
sont parvenus à maintenir au pouvoir le président Najibullah,
en particulier grâce à de généreuses livraisons
d'armes. Mais, en 1992, les Moudjahidine (la résistance afghane)
ont envahi Kaboul, qu'ils ont en partie détruite, laissant 65.000
morts derrière eux. Quatre ans plus tard, ils ont à leur
tour été évincés par les taliban, au pouvoir
à Kaboul depuis 1996. La milice islamiste a étendu son contrôle
sur la plus grande partie du pays, à l'exception du nord où
le commandant Ahmad Shah Massoud, ancien ministre de la Défense
des Moudjahidine, tient toujours tête aux taliban.
Les taliban et l'opposition afghane échangent des prisonniers
(AFP,
20/12/99)
Assis les jambes croisées sur le sommet de la colline ensoleillée,
le commandant de la milice des taliban entouré de ses combattants
parle avec son homologue de l'opposition de l'autre coté du front
avec sa radio. Le Mawlawi Habibullah Reshad, chef des interrogatoires du
département du renseignement des "étudiants en théologie"
au pouvoir à Kaboul est en train d'arranger l'échange de
14 prisonniers avec les forces de l'opposition anti-taliban du commandant
Ahmed Shah Massoud.
"L'échange de prisonniers entre nous est une affaire de routine.
Au cours des deux derniers mois nous avons échangé 350
prisonniers des deux cotés", a-t-il affirmé. Autour de
lui, la zone désertique de la ligne de front à Barikau (45
km au nord de Kaboul) est calme alors que les belligérants -- qui
se sont durement combattus l'été dernier dans cette plaine
de Chamali -- observe le jeûne du mois du ramadan. Par la radio située
dans son abris souterrain, Reshad demande en outre à son alter égo
une faveur personnelle: retrouver la trace d'un combattant taliban disparu
depuis deux ans. Les taliban qui contrôlent la majeure partie du
pays, détiennent 4.500 personnes: 2.300 prisonniers de guerre, les
reste étant des prisonniers politiques, a affirmé le commandant
taliban. Ils sont détenus à Kaboul ou à Kandahar,
le quartier général de la milice dans le sud du pays. De
son coté, selon lui, Massoud détient 750 miliciens dans la
vallée du Panchir, son bastion de l'Indou Kouch à une centaine
de kilomètres au nord de Kaboul. Le mawlawi Reshad assure que les
taliban sont disposés à faire un échange global des
prisonniers mais que l'opposition y est opposée. Quand l'échange
ne peut se faire, il n'est pas rare que des prisonniers soient rachetés.
"Récemment nous avons acheté une trentaine de prisonniers
à l'autre côté", dit Reshad. Les taliban, précise-t-il,
allouent 9.000 afghanis (20 US cents) à chaque prisonnier pour sa
nourriture quotidienne. Les familles, ajoute-t-il, peuvent apporter d'autres
nourritures. L'opposition anti-taliban contrôle principalement les
deux provinces du nord-est du pays -- Takhar et Badakshan -- ainsi qu'une
partie de la plaine de Chamali au nord de la capitale.
Course contre la montre pour aider les réfugiés du
Panchir (AFP, 23/11/99)
Des dizaines de milliers de réfugiés encore entassés
dans des conditions épouvantables dans la vallée du Panchir,
au nord de Kaboul, redoutent l'arrivée du terrible hiver afghan
contre lequel les organisations humanitaires livrent désormais une
véritable course contre la montre. Selon un responsable humanitaire,
le froid et le manque de nourriture sont les deux dangers qui guettent
les plus vulnérables de ces réfugiés. Ceux-ci ont
fui l'été dernier, quand les combats faisaient rage dans
la plaine de Chamali, pour se rendre dans la vallée du Panchir,
le bastion du chef de l'opposition anti-taliban Ahmed Shah Massoud."Sur
60.000 réfugiés, 20.000 sont très vulnérables,
ne disposant encore que d'abris de fortune et de très peu de nourriture",
a ajouté ce responsable d'une organisation non gouvernementale européenne."Ces
plus démunis sont ceux qui viennent de la partie sud de la plaine
de Chamali, encore sous le contrôle des taliban", a-t-il ajouté.
"Il n'ont pu retourner chez eux pour y récupérer leurs maigres
biens, d'ailleurs détruits dans la plupart des cas".
Au gros de l'offensive d'été de la milice intégriste
au pouvoir à Kaboul, plus de 100.000 personnes avaient trouvé
refuge sur les bords de la rivière Panchir, dans cette triste vallée
encaissée du sud de l'Indou Kouch.
Les déplacés de la partie nord de la plaine, récupérée
par le commandant Massoud lors d'une contre-offensive en août, ont
pu se
réinstaller chez eux. Mais ceux qui vivaient près de
la ligne de front, à une cinquantaine de km au nord de Kaboul, sont
restés dans la vallée, après avoir récupéré
ce qui pouvait l'être. 60.000 personnes s'entassent ainsi dans des
bâtiments publics, des écoles, ou vivent dans des camps de
toiles ou des abris de fortune. Bazarak, une petite ville de la basse vallée,
possède une école en dur. Des centaines de personnes y vivent
entassées dans les salles de classe et les couloirs. L'école
a été bombardée jeudi dernier par un avion taliban.
Bilan : 25 morts et des dizaines de blessés. Plus haut dans la vallée,
vers le col d'Anjouman déjà bloqué par les neiges,
à Dasht-i-Rewat, 409 familles vivent dans un camp de toiles. La
nuit, la température en ce mois de novembre est déjà
négative. Bismillah, un fermier qui ignore son âge, a quitté
son village de Qara Bagh à cause des taliban et vit désormais
dans ce camp avec les onze membres de sa famille et six personnes de celle
d'un neveu tué par les taliban.
"Ils ont tué les gens, brûlé les maisons, détruit
nos vignes et nos récoltes", dit-il, ajoutant qu'il a perdu un fils
et un frère lors de
l'offensive de la milice intégriste. "Nous ne sommes que des
fermiers, pas des soldats", dit-il, entouré de ses enfants grelottant
de
froid, la peau rougie par les engelures.
Deux organisations humanitaires européennes, ACTED (France)
et OXFAM (G-B) construisent des maisons en pierres et en terre,
où pourront s'abriter ces familles dans quelques jours. "Il
faut nous dépêcher, car l'hiver va arriver tôt cette
année", dit un
responsable installé sur place. Chaque maison comprend quatre
pièces, chacune destinée à accueillir une famille.
Celles-ci disposeront d'un poêle et de charbon et le Programme alimentaire
mondial (PAM) devrait fournir la nourriture. Sur les 6.000 tonnes de vivres
qui peuvent permettre aux déplacés de tenir jusqu'au printemps,
le PAM a acheminé jusqu'à maintenant 3.000 tonnes, en passant
dans des conditions très difficiles par le Tadjikistan et le nord
de l'Afghanistan.Seule note d'espoir dans ce flot de misère : les
taliban ont accepté samedi de laisser passer les convois humanitaires
des Nations unies par Kaboul et la plaine de Chamali.
La vieille citée grecque de Ai Khânoum meurt lentement
mais surement (AFP, 24/11/99)
20 ans de guerres et de pillages en Afghanistan ont réussi ce
que 24 siècles n'avaient pu accomplir: détruire pratiquement
totalement Ai Khânoum, une cité antique grecque qui agonise
au nord de l'Afghanistan, dans une boucle de l'Amou Daria.De cette ville
hellénistique, sans doute créee au 4ème siècle
avant notre ère soit par Alexandre ou quelques années plus
tard par
Seleucos, on a oublié jusqu'au nom d'origine -- Ai Khânoum
signifie "Dame Lune" en langue ouzbèke. Un nom prémonitoire
dans la mesure où il ne reste pratiquement plus rien debout sur
ce plateau boueux éloigné de tout et bordé par les
eaux sauvages de l'Amou Daria au delà desquelles dominent les falaises
rouges du Tadjikistan.
Le site est entouré de collines dont les sommets sont hérissés
des canons de l'artillerie des forces du commandant Ahmed Shah
Massoud -- qui contrôlent la région -- pointés
vers les lignes de la milice religieuse des taliban. Des 118 colonnes d'un
palais qu'on imagine volontiers somptueux, on ne repère plus que
les socles, quelques fûts couchés et des chapiteaux mutilés
par les burins de pillards en quête de pierres sculptées.
Maintenant on ne peut que déambuler entre des pans de murs informes
de briques crues qui auraient dû disparaitre au cours des âges
si un incendie au 2ème siècle avant notre ère ne les
avaient "cuites" pour en faire un vestige inestimable pour la postérité.
Mais ces reliques de la présence hellénistique en Asie centrale,
qui avaient tant bien que mal survécues aux invasions, n'a pas résisté
à ces deux dernières décennies de guerre qui ont ravagé
le pays tout entier. C'est au cours de partie de chasse dans les années
60, que le dernier roi afghan Zaher Shah, qui vit en exil à Rome,
a été alerté sur
la présence de pierres sculptées dans cette région
du nord de la province de Takhar. De retour dans la capitale, le roi a
signalé cette trouvaille au directeur de la mission archéologique
française en Afghanistan Daniel Schlumberger qui a entrepris les
fouilles qui ont permis de mettre au jour les ruines de la cité
grecque, dont les spécialistes savaient qu'elle existait tout en
en ayant perdu la trace. De ces fouilles, il ne reste presque rien et la
vieille cité s'est à nouveau plongé dans un sommeil
à peine troublé par les tirs d'armes automatiques et des
mortiers dans le lointain et par les coups de marteaux des pilleurs. Mais
ce sommeil pourrait bien cette fois s'avérer mortel.
Afghanistan: les talibans bombardent la vallée du Panjshir
(AP, 18/11/99)
Les talibans au pouvoir à Kaboul ont bombardé jeudi la
vallée du Panjshir que contrôlent l'opposition afghane, tuant
au moins 13 personnes et blessant 64 autres. Selon un porte-parole de l'opposition,
Mohammed Arif, joint au téléphone de la région par
l'Associated Press, ces raids sont les plus violents de ces dernières
semaines dans la vallée du Panjshir, située à environ
130 kilomètres au nord de la capitale Kaboul. Mohammed Arif a précisé
que des camps de réfugiés et les environs de Bazarakh avaient
été touchés. Parmi les victimes, figurent des réfugiés
des combats de l'été dernier dans la plaine Shomali, au nord
de Kaboul. ``Nous avons des problèmes pour soigner les victimes
car nous manquons cruellement de médicaments et d'équipements'',
a-t-il ajouté.
Ben Laden-Manifestation à Kaboul contre les sanctions de l'Onu
(Reuters, 14/11/99)
Les sanctions adoptées par les Nations unies contre l'Afghanistan
sont entrées en vigueur dimanche, les Talibans au pouvoir à
Kaboul n'ayant pas livré le milliardaire saoudien intégriste
Oussama Ben Laden. Ces sanctions prévoient l'interdiction de tous
les vols d'avions appartenant ou affrétés par les Talibans,
ainsi que le gel des avoirs du mouvement islamiste afghan à l'étranger.
Elles ont été adoptées le 15 avril par le Conseil
de sécurité, avec un délai de 30 jours pour livrer
Ben Laden, accusé d'avoir commandité les meurtriers attentats
contre les ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie, en août
1998. Le Slovène Danilo Turk, président du Conseil de sécurité
de l'Onu, a déclaré vendredi aux journalistes que les sanctions
entreraient automatiquement en vigueur, le délai d'un mois ayant
expiré. Samedi, le ministre afghan des Affaires étrangères,
Wakil Ahmad Muttawakil, avait, dans un entretien à Reuters à
Kaboul, formulé un appel de dernière minute aux Nations unies,
leur demandant de renoncer ou de reporter les sanctions et proposant de
nouvelles discussions avec Washington. Mais il avait réaffirmé
que son gouvernement n'était pas disposé à extrader
contre son gré le milliardaire saoudien aux Etats-Unis.
Les avions d'Ariana cloués en Afghanistan
A Kaboul, des dizaines de milliers d'Afghans en colère ont défilé
dimanche dans les rues de la capitale pour protester contre les
sanctions de l'Onu. Il ont jeté des pierres et attaqué
deux bureaux des Nations unies, détruisant des barrières
et des ordinateurs et incendiant le drapeau bleu de l'organisation mondiale.
Aucun membre du personnel de l'Onu n'a été blessé
mais plusieurs vigiles talibans qui tentaient de protéger les bâtiments
et qui ont tiré en l'air en guise d'avertissement ont en revanche
été blessés. Les manifestants ont également
scandé des slogans anti-américains ("Mort à l'Amérique,
A bas Clinton !" et "Vive l'islam !") devant
l'ambassade des Etats-Unis, fermée depuis 1989. L'un des bureaux
des Nations unies attaqués appartenait au Haut-Commissariat pour
les réfugiés (HCR). Mercredi, les bureaux de l'Onu
à Kandahar, la "capitale des Talibans" située dans le sud
du pays, avaient été attaqués à coups de pierres
par une foule de 50.000 manifestants. A Kaboul, les responsables ont indiqué
dimanche que les sanctions n'avaient eu, pour le moment, aucune répercussion
visible, sauf pour la compagnie nationale Ariana dont les avions ont reçu
l'ordre de ne pas quitter l'Afghanistan.
L'Afghanistan manifeste sa colère à Kaboul contre les
sanctions de l'ONU (AFP, 14/11/99)
Des manifestants afghans ont exprimé leur colère dimanche
devant les sanctions décidées par l'ONU en jetant des pierres
sur les bureaux des Nations unies à Kaboul et sur les bâtiments
de l'ancienne ambassade américaine. Des milliers de manifestants
et des soldats de la milice islamiste des taliban, au pouvoir à
Kaboul, se sont rassemblés devant les bâtiments de l'ONU et
ont crié des slogans anti-américains. Des pierres ont brisé
des vitres des bureaux de l'ONU et des manifestants ont réussi à
franchir des barrières disposées devant les bâtiments
de l'ancienne mission américaine, qu'ils ont tenté d'investir,
avant d'en être empêchés. Des coups de feu en
l'air ont été tirés par des gardes taliban pour disperser
la foule. "Mort à l'Amérique, mort au séducteur Clinton",
a chanté la foule des manifestants, avant de se disperser. "Les
sanctions de l'ONU sont en fait une attaque contre le monde islamique dans
son ensemble", a dit à la foule un des leaders de la manifestation,
apparement organisée à l'avance, pendant que des manifestants
chantaient ""Allah-Akbar (Dieu est grand)". Le Conseil de sécurité
de l'ONU a imposé des sanctions, dont l'entrée en vigueur
avait été décidée pour ce dimanche, à
l'encontre de l'Afghanistan, coupable selon l'ONU de n'avoir pas extradé
le terroriste présumé Oussama ben Laden, dont la tête
a été mise à prix par les Etats-Unis. "Oussama est
seulement une excuse. Les Etats-Unis veulent mettre en oeuvre ici leurs
propres desseins", a expliqué à la foule des manifestants
un responsable taliban. "Ne vous préoccupez jamais de ces sanctions.
Dieu nous nourrit", a ajouté ce responsable. Des milliers de personnes
ont manifesté la semaine dernière à travers l'Afghanistan,
et six explosions visant des intérêts américains ou
de l'ONU ont eu lieu vendredi à Islamabad au Pakistan. Ces explosions
ont été revendiquées dimanche dans un coup de téléphone
au bureau de l'AFP à Dacca par un homme se présentant au
nom d'une organisation islamiste inconnue, "Al-Jihad", basée selon
lui à Kandahar (sud de l'Afghanistan). Cet homme qui s'exprimait
en anglais avec un accent arabe s'est simplement présenté
comme étant "Ahmed" avant de raccrocher, refusant de répondre
aux questions. Les taliban, milice islamiste qui contrôle 80% du
territoire afghan, se sont jusqu'à présent refusés
de livrer ben Laden, que les Etats-Unis veulent juger pour terrorisme.
Washington accuse ce milliardaire d'origine saoudienne d'être responsable
de deux attentats contre des ambassades américaines commis en août
1998 et qui avaient fait 224 morts.Les sanctions édictées
par les Nations unies prévoient l'interdiction à la compagnie
aérienne afghane Ariana, contrôlée par les taliban,
d'exploiter toute liaison internationale, et le gel des comptes bancaires
des taliban à l'étranger. Les taliban ont confirmé
la suspension de ces vols internationaux après l'arrivée
samedi soir à Kandahar d'un vol transportant 14 tonnes de fret en
provenance de Sharjah, aux Emirats arabes unis. "Nous n'avons pas l'intention
de mettre en oeuvre d'autres vols", a déclaré le ministre
taliban de l'aviation civile Akhtar Mohammad Mansur, cité dimanche
par l'Agence islamique de presse, basée au Pakistan. Le ministre
a également affirmé que les taliban n'avaient pas l'intention
de violer les sanctions décidées à leur encontre.
M. Mansur a déploré ces sanctions en affirmant qu'elles provoqueraient
davantage de souffrances pour le peuple afghan déjà durement
touché par la guerre qui sévit en Afghanistan depuis deux
décennies presque sans interruption. "La mesure prise par les Etats-Unis
et les Nations unies est une violation claire des droits de l'Homme", a-t-il
dit. La compagnie Ariana dipose de trois Boeing 727 déjà
usagés pour ses liaisons internationales qui desservent quelque
120
destinations et transportent chaque mois 1.200 passagers et 2.000 tonnes
de fret.
Les Talibans demandent le report des sanctions de l'ONU (AP,
13/11/99)
Les Talibans ont offert samedi de discuter avec Washington du cas d'Oussama
Ben Laden, commanditaire présumé d'attentats anti-américains
au Kenya et en Tanzanie en août 1998, en échange du report
des sanctions qui devaient être décrétées dimanche
par les Nations unies contre l'Afghanistan. La radio officielle a fait
état de manifestations anti-américaines dans quatre grandes
villes du pays -mais pas dans la capitale, Kaboul, aux cris de ``Mort à
l'Amérique''. ``Une fois de plus, nous exigeons que les Nations
unies reviennent sur leur décision ou en retardent l'application
pour laisser le temps de trouver une solution'', a déclaré
le ministère taliban des Affaires étrangères dans
un communiqué. Les Etats-Unis demandent aux Talibans qui contrôlent
90% du pays mais ne sont pas reconnus par l'ONU de leur livrer -ou à
un pays tiers- Oussama Ben Laden pour qu'il soit jugé. Sinon, une
résolution votée le 15 octobre par le Conseil de sécurité
prévoit le gel des avoirs des Talibans à l'étranger
et l'interdiction des avions des Talibans dans les aéroports internationaux,
à part pour les vols humanitaires et le pélerinage à
la Mecque. Kaboul accuse ``les Nations unies d'être utilisées
par les Etats-Unis pour persécuter l'Afghanistan'' et juge les sanctions
``déraisonnables'', demandant aux autres pays musulmans de les refuser.
Les Talibans ont également demandé le soutien de l'organisation
de la conférence islamique. Ils ont assuré qu'aucune menace
ne pesait sur les travailleurs étrangers. Oussama Ben Laden, ancien
combattant de la résistance afghane -alors soutenue par les Etats-Unis-
contre l'Armée rouge dans les années 1980, est réfugié
en Afghanistan depuis mai 1996.
Omar, le chef des Taliban afghans : un borgne solitaire (AFP,
12/11/99)
Mullah Mohammad Omar, fondateur et chef de la milice des Taliban au
pouvoir en Afghanistan est un combattant endurci et solitaire qui a perdu
un oeil à la guerre. Son refus de livrer le terroriste présumé
Oussama ben Laden va entraîner l'application à compter de
ce dimanche de sanctions à l'encontre de l'Afghanistan décidées
par le Conseil de sécurité des Nations Unies.
Intraitable, le chef des Taliban voue aux gémonies Washington
en affirmant que les Etats Unis-essuieront la colère de Dieu pour
l'oppression des fondamentalistes musulmans."Dieu le Tout-Puissant
Allah vous infligera des tremblements de terre et des tempêtes et
alors vous serez étonnés de subir ce que vous méritez",
a-t-il lancé cette semaine.
Commandant d'un groupe de Moudjahidine afghans à l'époque
de la lutte contre les Soviétiques au cours de laquelle il a perdu
un
oeil, Omar a assis son autorité à partir de 1994 au moment
où les différentes factions de la résistance s'entredéchiraient
dans des
luttes intestines.
Alors que l'anarchie était à son comble, son programme
axé sur la promesse du retour à la sécurité
par l'application de la Chariah,
la loi islamique, a rassemblé derrière lui et son mouvement,
à l'époque embryonnaire, un large mouvement de citoyens ordinaires
lassés des combats et de l'arbitraire. Devant le monde étonné,
les combattants Taliban ont alors pris le contrôle d'une grande partie
du pays et se sont emparés sans coup férir de la capitale
afghane en 1996. Aujourd'hui plus de 80% de l'Afghanistan est sous leur
autorité. Seul le nord-est du pays est toujours aux mains des forces
de l'opposition qui y sont retranchées. Désigné sous
le titre de Amir-ul-Momenin, ou Commandant de la Foi, Omar est un officier
du culte musulman et, à l'intérieur de l'Afghanistan, il
n'a jamais été ni photographié ni filmé. Alors
qu'il approche de la quarantaine, le chef des Taliban est un homme solidement
charpenté qui, sans le dire, a transféré la réalité
du pouvoir afghan de Kaboul à Kandahar. Ceux qui le connaissent
affirment qu'il vit modestement et qu'il se désigne lui-même
comme un "serviteur de l'Islam". Il a suivi des études religieuses
mais sa scolarité a été brutalement interrompue lorsqu'il
a décidé de se joindre au Jihad --la guerre sainte-- après
l'invasion de l'Afghanistan par l'Union soviétique en 1979. Une
dizaine d'années plus tard, les Soviétiques étant
partis, il a fondé un mouvement islamique radical à partir
de son école et de son village natal de Singesar dans le sud de
l'Afghanistan. Son programme tenait en trois points: rétablissement
de l'ordre, mise en vigueur de la loi islamique fondamentale et défense
du territoire de l'Afghanistan. Au Pakistan voisin, les nombreux réfugiés
afghans ont rejoint en masse le mouvement des étudiants (Talib en
arabe) qui rapidement
a pris de l'ampleur. Le monde entier a condamné la politique
des Taliban d'Omar qui ne sont guère approuvés que par les
groupes islamiques du Pakistan. L'application stricte de la loi islamique
a pour résultat de faire des femmes des prisonnières de leur
foyer, contraintes de se couvrir entièrement le corps quand elles
sont autorisées à sortir. Les photographies de tous les êtres
vivants sont interdites, les mains des voleurs sont coupées et les
condamnés pour meurtre sont exécutés en public. Les
homosexuels sont écrasés sous un mur de briques et les femmes
adultères sont lapidées à mort.L'homme fort d'Afghanistan
à interdit de fumer à ses soldats bien que le pays soit devenu
l'un des plus grands producteurs d'opium dans le monde. En août,
Omar, qui compte de nombreux ennemis aussi bien à l'intérieur
qu'à l'extérieur du pays, a échappé de justesse
à un camion piégé à Kandahar qui a tué
plusieurs de ses gardes du corps. Mais en définitive son refus d'expulser
ou de livrer Ben Laden, lui vaut aujourd'hui le soutien des groupes de
musulmans fondamentalistes.
Ben Laden devrait s'inquiéter du précédent libyen,
selon des analystes arabes (AFP, 12/11/99)
Le terroriste présumé Oussama ben Laden, dont la présence
en Afghanistan risque de valoir à Kaboul des sanctions de l'ONU,
devrait méditer l'exemple libyen et s'inquiéter pour son
avenir, selon des analystes arabes.Les Nations unies réclament au
régime des taliban l'extradition de ben Laden, sous peine de sanctions
à partir du 14 novembre.Les sanctions de l'ONU ont contribué
à la décision de la Libye de livrer à la justice deux
accusés dans l'explosion de l'avion de Lockerbie, et pourraient
être encore plus efficaces pour convaincre la milice islamiste d'Afghanistan
de livrer ben Laden, ont estimé des analystes et des diplomates
arabes. "Nous n'avons pas affaire (en Afghanistan) à un Etat stable
ou à un régime stable. Les sanctions exerceront forcément
des
pressions sur les taliban pour livrer ben Laden", selon Reda Hilal,
vice-rédacteur en chef du quotidien gouvernemental égyptien
Al-Ahram. L'Afghanistan est plus vulnérable à l'impact
des sanctions que la Libye, qui est un Etat stable, disposant d'une économie
organisée et de plusieurs "amis" malgré son isolement international,
selon les analystes. Mais les sanctions ne sont pas toujours suffisantes,
ajoutent-ils. Il a fallu sept ans de sanctions, de plus en plus dures,
pour pousser le colonel Kadhafi à livrer, en avril, les deux agents
libyens soupçonnés d'avoir commis en 1988 l'attentat contre
un avion américain au-dessus de la ville de Lockerbie, en Ecosse.
270 personnes avaient péri dans l'explosion. Mais la décision
de Kadhafi était intervenue à la suite d'un compromis, faisant
comparaître les deux suspects devant un tribunal écossais
aux Pays-Bas, plutôt que devant un tribunal situé aux Etats-Unis
ou en Ecosse, comme le réclamaient Washington et Londres. "Ce ne
sont pas seulement les sanctions qui ont permis le compromis", selon un
diplomate arabe ayant requis l'anonymat. Ce compromis a été
atteint grâce aussi à la "flexibilité" libyenne et
au soutien de plus en plus important apporté par des Etats arabes,
musulmans, africains et même quelques pays européens, à
une solution négociée, précise-t-il. Hilal estime
également que, si les sanctions avaient accru l'isolement de la
Libye, elles n'en étaient pas l'unique cause. Des mutations mondiales
comme l'effondrement de l'Union soviétique, le déclin des
Etats nationalistes arabes et l'influence grandissante des Etats arabes
pro-occidentaux sont également des facteurs dans le changement d'attitude
de Kadhafi. "Nous avons actuellement affaire à un Kadhafi différent.
Il recherche la normalisation. Son but est de continuer à gouverner
la Libye", poursuit Hilal. Le diplomate arabe affirme que les Etats-Unis
devraient trouver plus que les sanctions de l'ONU pour faire sortir ben
Laden de son refuge afghan. "Les sanctions pourraient constituer un premier
pas", reconnaît-il, mais "le plus important, c'est de créer
un consensus international et régional" au sein de pays disposant
d'une influence directe en Afghanistan. Les analystes estiment que les
sanctions sont généralement inopérantes, et qu'elles
affectent surtout les peuples. Ils citent à ce propos l'exemple
irakien, relevant que Saddam Hussein a survécu aux sanctions, alors
que le peuple irakien en paie le prix. "Le peuple paiera le prix. L'hiver
commence en Afghanistan", conclut Hilal. "Il faut faire une distincion
entre ben Laden et les taliban et le peuple afghan. C'est le dilemme que
les sanctions posent".
Les Talibans mettent en garde sur les conséquences d'éventuelles
sanctions (AP, 9/11/99)
Le très secret Mollah Omar, chef spirituel des talibans au pouvoir
à Kaboul, a menacé mardi de ``surprises'' si des sanctions
sont effectivement prises contre l'Afghanistan par la communauté
internationales. Les Nations unies ont donné jusqu'au 14 novembre
au régime afghan pour livrer le chef terroriste présumé
Oussama Ben Laden, accusé par les Etats-Unis d'être derrière
les attentats anti-américains de l'été 1998 en Afrique.
Faute de quoi, Kaboul aurait à subir des sanctions économiques.
Dans une lettre adressée au ``peuple des Etats-Unis'', et reçue
par l'Associated Press au Pakistan, le Mollah Omar écrit ``vous
serez alors supris de ce qui vous arrivera et serez incapable de faire
quoi que ce soit contre cela''. Par la suite, le porte-parole des talibans
Tayyab Aga a précisé la pensée du chef des talibans:
ce dernier parlait des maux qu'Allah enverra aux Etats-Unis, ``tremblements
de terre et inondations''.
L'opposition afghane repousse les talibans dans le nord (AP,
7/11/99)
L'opposition afghane au régime de Kaboul a annoncé dimanche
avoir repoussé une puissante offensive des talibans dans le nord
du pays. Les talibans, soutenus par l'aviation et l'artillerie lourde,
ont attaqué samedi le district de Toupzar, 280 km au nord-ouest
de Kaboul, mais ont dû faire retraite après une bataille de
sept heures, a expliqué le porte-parole de l'opposition Hussain
Anwari à l'Associated Press. Ils ont laissé au moins 28 cadavres
sur le terrain et la coalition a également capturé 20 soldats,
a-t-il ajouté, sans faire état de victimes dans les rangs
de l'opposition. Les talibans n'ont pas commenté cette bataille,
au cours de laquelle ils tentaient de reprendre une région reprise
le mois dernier par l'opposition.
Les talibans n'obligeront pas Ben Laden à quitter l'Afghanistan
(Reuters,
30/10/99)
Les talibans au pouvoir en Afghanistan ont fait savoir samedi qu'ils
ne contraindraient pas le milliardaire d'origine saoudienne Ossama ben
Laden, accusé de terrorisme par Washington, à quitter le
pays contre son gré. Le mouvement islamiste a donné cette
assurance après avoir annoncé la veille que Ben Laden avait
demandé par lettre à son dirigeant, le mollah Omar, de l'aider
à quitter l'Afghanistan. Abdul Haid Mutmaen, porte-parole des talibans,
a déclaré à Reuters que la direction du mouvement
attendait des éclaircissements de Ben Laden, afin de s'assurer qu'il
ne souhaitait pas quitter le pays en raison des pressions extérieures
exercées sur Kaboul. "Nous tenons à lui assurer qu'il ne
sera jamais expulsé ni remis à quelque pays que ce soit en
raison de mesures coercitives exercées de l'extérieur. (...)
nous allons lui demander si sa lettre a été inspirée
par une crainte quelconque"", a dit le porte-parole. D'après l'agence
indépendante Afghan Islamic Press (AIP), basée au Pakistan,
Ben Laden a posé deux conditions à son départ - que
le gouvernement afghan l'aide à gagner le pays de son choix et que
celui-ci ne soit connu que du chef des talibans et d'une autre personne.
Un tel projet est loin de répondre à l'attente des Etats-Unis,
qui ont exigé des talibans qu'ils expulsent ou extradent Ben Laden
afin qu'il soit jugé pour son rôle présumé dans
les attentats d'août 1998 contre les ambassades de Washington au
Kenya et en Tanzanie, dont le bilan s'était élevé
à plus de 200 morts.
Les talibans refusent toujours de livrer Ben Laden (AP, 16/10/99)
Les talibans au pouvoir en Afghanistan ont une nouvelle fois refusé
samedi de livrer le chef terroriste présumé Oussama ben Laden.
Ils ont violemment critiqué l'ONU, qui utilise désormais
la menace des sanctions pour faire pression sur le régime de Kaboul.
``Nous ne livrerons jamais Oussama, quel qu'en soit le prix'', a affirmé
dans un communiqué le ministre des Affaires étrangères,
le Mollah Mohammed Hassan Akhund. Vendredi, le conseil de sécurité
de l'ONU a décidé d'imposer des sanctions économiques
limitées à l'Afghanistan si les talibans ne livrent pas d'ici
au 14 novembre l'homme d'affaires saoudien, inculpé aux Etats-Unis
pour avoir organisé les attentats à la bombe contre des ambassades
américaines de Dar es Salaam en Tanzanie et de Nairobi au Kenya
qui avaient fait 224 morts en 1998. Le ministre afghan a une nouvelle fois
estimé que les accusations américaines n'étaient pas
fondées. Il a reproché à l'ONU d'avoir perdu toute
crédibilité en se comportant comme ``le serviteur des Etats-Unis''.
Expulser ou livrer Ben Laden, hôte de l'Afghanistan, ``irait à
l'encontre des principes de l'Islam'', a ajouté le Mollah Mohammed.
Au Pakistan, d'autres groupes islamistes extrémistes se sont eux
aussi juré de protéger Ben Laden. Ils ont prévenu
que des sanctions contre l'Afghanistan provoqueraient la colère
des musulmans du monde entier et leur ``haine envers les Etats-Unis''.
Les Taliban accusent la France d'aider le commandant Massoud (Reuters,
9/10/99)
Un journal dirigé par les Taliban, qui contrôlent la quasi-totalité
de l'Afghanistan, accuse samedi la France d'avoir fourni une assistance
financière et militaire au commandant Ahmad Shah Massoud, chef du
dernier bastion de l'opposition, la vallée du Panchir. "Afin de
prolonger l'existence de Massoud de quelques jours, la France a apporté
une aide financière et militaire aux opposants de l'émirat
islamique. La livraison a été effectuée par avion
via la ville de Kolyab au Tadjikistan", écrit le journal Hiouad.
La France n'a pour l'heure pas réagi à ces informations.
Les Taliban ont successivement accusé la Russie, l'Iran et le Tadjikistan
de soutenir le commandant Massoud, qui contrôle les 10% du pays qui
ne sont pas sous la coupe des "étudiants en religion". L'article
de samedi constitue la première accusation sérieuse des Taliban
contre la France. Paris avait noué des relations étroites
avec Massoud durant l'occupation soviétique de l'Afghanistan, dans
les années 80, et reconnaît toujours comme légitime
le gouvernement renversé par les Taliban, tout comme le fait le
Tadjikistan. Les Taliban avaient protesté vivement en septembre
contre la visite dans le Panchir de deux hommes politiques français.
Les USA proposent un embargo aérien sur l'Afghanistan (Reuters,
6/10/99)
Les Etats-Unis ont demandé mercredi au Conseil de sécurité
de l'Onu d'imposer un embargo aérien sur l'Afghanistan et de geler
les comptes bancaires des Talibans qui refusent d'extrader le milliardaire
saoudien, Oussama ben Laden. Celui-ci est soupçonné par Washington
d'être à l'origine des attentats meurtriers commis en août
1998 contre les ambassades américaines du Kenya et de Tanzanie et
les Etats-Unis accusent les Talibans au pouvoir à Kaboul de le protéger.
Le projet de résolution présenté par les Américains
prévoit une suspension des vols internationaux depuis la plupart
des villes d'Afghanistan, à l'exception des vols humanitaires. Washington
demande également aux Talibans de s'assurer que les territoires
qu'ils contrôlent n'abritent aucune base terroriste. Les Talibans,
dont les comptes bancaires et autres actifs à l'étranger
seront gelés, devront livrer ben Laden à tout Etat qui réclamera
son extradition, précise la résolution. Les Etats-Unis ont
déjà pris leurs propres sanctions en août en gelant
notamment les actifs de la compagnie aérienne nationale Ariana.
Les attentats de Nairobi et de Dar es-Salaam avaient fait plus de 200 morts
et 4.000 blessés.
L'Onu dénonce des ingérences étrangères
dans la guerre afghane (28/8/99)
Kieran Prendergast, sous-secxrétaire général des
Nations unies chargé des affaires politiques, a déclaré
vendredi au Conseil de sécurité que des ingérences
étrangères prolongeaient la guerre en Afghanistan et ik a
accusé les Talibans d'avoir contraint 70.000 personnes à
abandonner leur domicile. Des pays étrangers livrent du matériel
de guerre à tous les camps et envoient des combattants, parmi lesquels
de jeunes garçons, participer aux affrontements, a dit Prendergast.
"Si les parties afghanes au conflit et ceux qui les soutiennent de l'extérieur
ne changent pas d'attitude, la nature de la guerre insensée d'Afghanistan
évoluera de plus en plus vers un conflit régional encore
plus étendu et destructeur", a-t-il averti à l'ouverture
d'un débat d'un jour sur l'Afghanistan. Les Talibans, au pouvoir
à Kaboul, ont lancé en juillet une grande offensive contre
les forces du commandant Ahmad Shah Massoud, dernier obstacle à
leur hégémonie sur l'ensemble du pays.
Cette offensive a été précédée de
l'arrivée à Kaboul de miliers de Pakistanais et de centaines
d'Arabes prêts à livrer une guerre sainte contre le Front
unifié de Massoud. Abdullah Abdullah, vice-ministre des Affaies
étrangères du gouvernement renversé par les Talibans
et reconnu par l'Onu, a accusé le Pakistan de "terrorisme parrainé
par l'Etat". Un responsable taliban, Abdul Hakim Mujahid a de son côté
affirmé lors d'une conférence de presse que le Conseil de
sécurité, "poussé par les mauvaises intentions" de
la Russie, voulait imposer des sanctions aux Talibans et fermer les yeux
sur les crimes de l'opposition.
Une bombe explose près du quartier général des
talibans: sept morts (AP, 25/8/99)
Le chef des talibans, le mollah Mohammed Omar, a échappé
à un attentat à la bombe qui visait le quartier général
de la milice fondamentaliste à Kandahar dans le sud de l'Afghanistan,
a annoncé mercredi son entourage. Cet attentat au camion piégé
a fait sept morts, dont trois gardes du corps du chef des talibans. Omar
était sorti de sa maison juste avant l'explosion, qui s'est produite
mardi soir peu après 22h (16h30 GMT). ``Omar et sa famille sont
en bonne santé'', a déclaré son porte-parole, le wakil
Ahmed Muttawakil. L'attentat n'a pas été revendiqué,
mais un autre responsable des talibans, Abdul Hai Muttmain, a accusé
les ``ennemis'' des fondamentalistes, qui contrôlent 90% du territoire
afghan, et notamment la coalition d'opposition dirigée par le commandant
Ahmed Shah Massoud et les Etats-Unis. Il s'agit du premier attentat survenu
à Kandahar depuis que les talibans ont pris le contrôle de
la ville il y a six ans.
L'intransigeant chef des taliban a survécu à un attentat
(AFP,
25/8/99)
Le chef suprême des taliban afghans au pouvoir, le mollah Mohamed
Omar, qui a échappé de justesse à un attentat mardi
à Kandahar, a rarement quitté son quartier général
dans cette ville du sud de l'Afghanistan.
Plusieurs gardes du "Commandeur des Croyants" ont péri dans
l'explosion d'un camion piégé, mais le mollah Omar -- un
vétéran de la guerre contre les soviétiques des années
80 -- a survécu à cet "acte de sabotage" qui est à
ce jour la tentative la plus dangeureuse contre sa vie depuis de nombreuses
années. Ancien commandant d'un groupe de Moujahidine, le mollah
Omar a perdu un oeil au cours des combats contre l'armée rouge,
avant d'acceder à la notoriété comme chef des taliban
(les "étudiants en théologie") qui ont fait irruption sur
la scène afghane en octobre 1994, alors que le pays était
en proie à la lutte des factions incapables de s'entendre après
le renversement du régime communiste de Najibullah en 1992. A la
tête de ces "étudiants" pachtounes sortis des madrassas (écoles
coraniques) afghanes et pakistanaises -- qu'il dirige d'une main de fer
grace à son aura religieuse -- le mollah Omar est parti à
la conquète de son pays en s'appuyant sur une conception ultra-stricte
de la Charia (les lois coraniques).Il lui aura fallu quatre ans pour imposer
la loi des taliban sur plus de 80% du pays, dont la capitale Kaboul, enlevée
au commandant Ahmed Shah Massoud en septembre 1996. Religieux musulman
fondamentaliste, le mollah Omar a rétabli les châtiments islamiques,
imposé une ségrégation absolue entre les hommes et
les femmes qui se sont vues interdire l'acces au travail et à l'éducation.
Refusant d'être photographié ou filmé, cultivant le
mystère autour de sa propre vie, ce "serviteur de l'islam" comme
il aime à se définir vit, selon ses proches, de la plus simple
des manières à Kandahar, dont il a fait la véritable
capitale du pouvoir taliban. Selon certaines sources, il aurait lancé
en personne l'offensive des taliban à la fin du mois de juillet
dans la plaine de Shomali, au nord de Kaboul, contre les forces principalement
tadjikes du commandant Massoud, le dernier chef militaire à s'opposer
à son pouvoir. Massoud ne contrôle plus que l'extrême
Nord-Est -- de manière très précaire -- ainsi qu'une
partie de la plaine de Shomali, qui s'étend du nord de Kaboul aux
contreforts sud de la chaîne montagneuse de l'Indou Kouch. Le mollah
Omar a gagné le soutien des groupes musulmans extremistes en accordant
sa protection -- jamais démentie jusqu'à présent --
à l'islamiste Oussama ben Laden, que les Etats-Unis accusent de
terrorisme et dont ils veulent obtenir l'extradition. Le 20 août
1998, les Etats-Unis avaient lancé des dizaines de missiles de croisière
contre des camps d'entraînement d'activistes musulmans présumés
établis dans l'est de l'Afghanistan, qui visaient ben Laden.
Un attentat visant le chef des taliban a fait au moins dix morts
(AFP,
25/8/99)
Le chef dela milice islamiste des taliban au pouvoir en Afghanistan,
le mollah Mohamed Omar, est
sorti indemne d'un attentat au camion piégé qui a fait
au moins dix morts et des dizaines de blessés, mardi, à Kandahar,
dans le
sud du pays. Des responsables taliban ont affirmé que l'explosion
d'un camion bourré d'explosifs dans la soirée était
"un acte de sabotage" ayant fait au moins dix morts et de nombreux blessés
et causé des destructions considérables dans un rayon d'un
kilomètre."C'est un acte de sabotage délibéré
des ennemis de l'Emirat Islamique d'Afghanistan", a affirmé Abdul
Hai Mutmaen, un porte-parole des "étudiants en théologie"
au pouvoir à Kaboul qui a refusé de désigner un responsable.
M. Mutmaen a expliqué que le camion avait été garé
non loin de la maison du mollah Omar, sur la route de Hérat, alors
que des premières informations avaient fait état mardi soir
d'une possible attaque de roquettes. Selon des sources indépendantes,
les locaux de la Croix-Rouge internationale et de l'organisation humanitaire
française Médecins sans Frontières, situées
à environ 1 km de la maison du dirgeant taliban avaient été
fortement endommagés par l'explosion. "La Croix-Rouge n'a plus de
fenêtres intactes", d'après l'une de ces sources.
Forte explosion signalée dans le fief des Talibans (Afghan
Islamic Press, 24/8/99)
Une puissante explosion a secoué mardi soir la ville de Kandahar,
centre spirituel du mouvement des Talibans situé dans le sud de
l'Afghanistan. Les premières informations font état de nombreuses
victimes et de dégâts importants. Selon l'agence indépendante
Afghan Islamic Press (AIP) basée au Pakistan, des habitants ont
dit que l'explosion s'était produite à 22h30 (17h30 GMT).
On manque encore de précisions sur l'endroit où elle a eu
lieu. "L'explosion était si forte que chacun a cru qu'elle s'était
produite dans son quartier", écrit AIP. "Les gens sont sortis
de chez eux, des fenêtres ont été brisées, la
panique et la confusion régnaient. Personne ne connaît la
cause de l'explosion."Selon AIP, des habitants ont pensé qu'il pouvait
s'agir d'une nouvelle attaque des Etats-Unis contre des repaires présumés
du milliardaire saoudien Ossama ben Laden, que Washington accuse de terrorisme
et qui est officiellement l'"invité" du mouvement islamiste qui
contrôle la plus grande partie de l'Afghanistan. Rien ne permet toutefois
de confirmer une telle hypothèse, note AIP: "Certaines personnes
ont dit craindre qu'il ne s'agisse d'un nouveau tir de missile américain
pour capturer Ossama ben Laden, mais nul ne sait de quoi il retourne, la
confusion règne." Les Etats-Unis avaient procédé à
des tirs de missiles contre des repaires présumés de ben
Laden en Afghanistan le 20 août dernier, en représailles aux
attentats contre les ambassades de Washington au Kenya et en Tanzanie dans
lesquels 200 personnes avaient trouvé la mort. Ben Laden, qui exige
le retrait des Etats-Unis d'Arabie saoudite, est soupçonné
d'avoir organisé les attentats de Nairobi et Dar Es-Salaam. Sa présence
a été signalée à divers moments près
de Kandahar, dans la ville orientale de Jalalabad et dans des repaires
de montagne, mais le lieu où il se trouve reste un mystère.
Kandahar est le fief du mouvement des Talibans et de son dirigeant suprême,
le mollah Mohammad Omar. Kaboul, située à 400 km environ
de Kandahar, étant la capitale administrative du régime.
La ville se trouve à une grande distance des lignes de front qui
séparent les Talibans des forces d'opposition du commandant Ahmad
Shah Massoud. Leurs combats se concentrent pour l'essentiel dans une région
qui s'étend au nord de Kaboul. /PBR
Les enfants-soldats de plus en plus nombreux en Afghanistan, selon
l'ONU (AP, 20/8/99)
Les talibans ont récemment lancé une nouvelle opération
de recrutement d'enfants pour combattre dans leurs rangs, s'est inquiété
vendredi un responsable des Nations unies au Pakistan. Selon Louis Arsenault,
représentant pour l'Afghanistan de l'UNICEF, le Fonds pour l'enfance
de l'ONU, des enfants-soldats combattent depuis des années dans
les rangs des différentes factions afghanes, mais ils sont de plus
en plus nombreux. Il n'a cependant pas pu fournir de chiffre global. Mais
les talibans ont fait appel en masse aux élèves des écoles
religieuses au Pakistan, et certains n'ont que 14 ans. Selon M. Arsenault,quelque
2.500 jeunes Afghans et Pakistanais sont partis combattre pour les talibans
depuis les écoles religieuses de la province pakistanaise du nord-ouest.
``Ces nouvelles recrues sont des volontaires motivés. La plupart
n'ont même pas dit à leurs familles qu'ils partaient se battre'',
a-t-il ajouté, soulignant que l'opposition nordiste également
comptait de nombreux enfants-soldats dans ses rangs. Les liens entre
les talibans, formés pour la plupart dans les écoles religieuses
du Pakistan, et les mouvements religieux pakistanais sont très forts.
Depuis le début du mois et les revers subis par l'armée des
talibans face aux hommes d'Ahmed Shah Massoud, chef des forces de l'opposition,
plusieurs écoles religieuses ont même fermé complètement
leurs portes au Pakistan, tous les personnels et élèves partant
combattre en Afghanistan.
Les forces de Massoud passent à la contre-attaque (Reuters,
5/8/99)
Les forces de l'opposition afghane ont annoncé jeudi avoir lancé
une contre-attaque après dix jours d'offensive des Talibans, miliciens
intégristes qui contrôlent au moins 90% de l'Afghanistan et
viennent de repousser plus au nord la ligne de front proche de Kaboul.
Des porte-parole du commandant Massoud, chef de la résistance dans
la vallée du Panchir et à ses abords, ont déclaré
à Reuters que ses combattants avaient bouté les Talibans
hors de plusieurs villes dont ils s'étaient emparés lors
de leur offensive, dernière tentative en date pour contrôler
la totalité du territoire national. Les affirmations du commandant
Massoud n'ont pas été confirmées de source indépendante,
mais de source afghane digne de foi, on signalait jeudi de nouveaux combats
dans des secteurs au nord de Kaboul dont les Talibans s'étaient
emparés au cours de leur offensive. Un collaborateur de Massoud
précise à Reuters à Islamabad (Pakistan) que la contre-attaque
a été lancée dans la nuit de mercredi à jeudi
depuis la vallée du Panchir et que plusieurs centaines de Talibans
ont été tués. "Plus de 400 combattants talibans ont
péri au cours de notre opération et les combats ont atteint
le district de Karabagh", a déclaré à Reuters le général
Fahim, proche collaborateur de Massoud. Selon lui, les troupes du "lion
du Panchir" ont déjà repris Charikar, à 60 km au nord
de Kaboul, ainsi que Mahmoud i Raki, chef-lieu de la province de Kapisa.
Ils se dirigent désormais vers Bagram, où Massoud disposait
d'une base aérienne stratégique, pouvant jusqu'à ces
derniers jours permettre l'acheminement d'une aide militaire en provenance
du Tadjikistan.
Les forces de Massoud aux portes de Bagram?
Le général Fahim affirme d'autre part que les troupes
de Massoud ont également reconquis Gulbahar, petite ville à
l'entrée de la
longue vallée du Panchir (170 km), plaine où vivent des
dizaines de milliers de partisans de souche tadjike du commandant. La base
aérienne de Bagram, construite par les Soviétiques, avait
été la première cible de l'offensive des Talibans.
Selon un autre
collaborateur de Massoud, Abdullah, les forces anti-Talibans sont maintenant
à Pole Sayyad, à trois kilomètres seulement de
Bagram. Là non plus, l'information n'est pas confirmée
de source indépendante. L'annonce de cette contre-offensive fait
suite à l'appel lancé par le leader des Talibans, le mollah
Mohammad Omar, pour que les combattants de Massoud capitulent ou rejoignent
les rangs de sa milice, avec pour objectif de mettre en place dans la totalité
de l'Afghanistan un Etat appliquant d'une manière draconienne les
préceptes de l'islam. "La vie et les biens de ceux qui rejoindront
[les Talibans] seront préservés et ceux qui s'opposeront
à nous seront considérés comme des rebelles agissant
dans l'intérêt de l'ennemi intérieur et extérieur",
avait déclaré le mollah Omar. L'opposition pro-Massoud accuse
les Talibans, de l'ethnie majoritaire pachtoune, de provoquer un exode
des Tadjiks de souche des plaines du Shomali, conquise lors de l'offensive
taliban. Selon le commandant Massoud, 250.000 civils ont fui en direction
du Panchir par peur de la barbarie des Talibans. Amnesty International
et d'autres organisations de défense des droits de l'Homme ont fait
part de leur vive préoccupation concernant les représailles
ethniques de la part des deux belligérants dans les combats en cours,
les plus violents depuis le début de l'année.
L'opposition afghane demande une aide internationale pour les réfugiés
du Panshir (AFP, 3/8/99)
Au moins 100.000 Afghans se sont réfugiés ces derniers
jours dans le Panshir à la suite de l'offensive victorieuse des
taliban au nord de Kaboul et l'opposition a réclamé mardi
une aide internationale pour y faire face.
"Il y a maintenant 250.000 réfugiés dans la vallée.
Ils ont peu d'eau et de la nourriture pour quelques jours et on ne peut
rien faire
pour eux", a affirmé un porte-parole de l'opposition de la vallée
du Panshir où les troupes commandant Ahmed Shah Massoud se
sont retirées lundi après leur défaite face la
milice des "étudiants en théologie" au pouvoir à Kaboul.
"La vallée n'est pas capable d'assister tant de gens, nous demandons
aux organisations comme la Croix Rouge Internationale de
faire quelque chose", a-t-il ajouté. "Nous essayons de les assister
mais nous ne pouvons pas faire grand-chose", a-t-il dit en
soulignant qu'il n'y avait "ni abris ni nourriture".
Selon des sources indépendantes, ce chiffre apparaît plausible
alors qu'un un expert occidental affirmait de son coté que "100.000
personnes déplacées étaient un minimum".
Des responsables des Nations Unies contactés à Islamabad
ont affirmé avoir connaissance de cet afflux de réfugiés
dans le Panshir sans en "connaître le nombre exact". "Nous tentons
d'évaluer la situation et étudions les divers moyens d'organiser
les secours à ces populations civiles déplacées si
cela s'avérait nécessaire", a dit un responsable.
"Il peut y avoir une très grosse crise humanitaire", a de son
coté prévenu l'expert occidental car selon lui, car le chiffre
des déplacés est peut-être supérieur dans la
mesure où la population civile de la région des combats est
estimé à 300.000 personnes". Selon l'opposition, l'arrivée
de ces réfugiés a doublé la population de la vallée
depuis le début de l'offensive des taliban mercredi dernier qui
leur a permis de prendre l'immense plaine de Shamali au nord de Kaboul.
Un autre porte-parole de Massoud, le Dr Abdullah a décrit l'exode
de ces réfugiés comme "le pire de ces 20 dernières
années de guerre en Afghanistan".
"Nous n'avons jamais vu cela, même à l'époque de
la guerre contre les soviétiques" qui ont occupé l'Afghanistan
pendant toutes les années 80, a-t-il dit."Les gens continuent de
fuir", a ajouté le Dr Abdullah. Des sources indépendantes
ont précisé que ces civils étaient pour la plupart
d'origine tadjike et qu'ils avaient quitté les localités
du nord de Kaboul, par crainte "d'actions punitives" des taliban pour leur
soutien à Massoud lui aussi d'origine tadjike tout comme la plupart
de ses troupes. Les organisations des Droits de l'Homme et les Nations
Unies ont dénoncé à plusieurs reprises dans le passé
des massacres massifs de populations civiles locales par les taliban après
leurs conquêtes, dans le nord et le centre du pays. Ainsi, lors de
l'été 1998, selon l'ONU et Amnesty International, les taliban
ont tués plusieurs milliers de civils hazaras --hommes, femmes et
enfants -- dans les deux jours qui ont suivi la prise de Mazar-i-Sharif,
la "capitale" de l'opposition nordiste le 9 août. Selon les mêmes
organisations, les miliciens intégristes se sont livrés à
des actions similaires, mais de moindre importance, à nouveau contre
des Hazaras, dans le centre du pays, lorsqu'ils ont reconquis en avril
dernier le Hazarajat . les taliban, qui ont fait irruption sur la scène
afghane en 1994, ont successivement éliminé les forces ouzbeks
du général Abdul Rachid Dostam dans le nord et le nord-ouest
du pays, puis celles des Hazaras du Hezb-i-Wahdat de Karim Khalili dans
le centre. Les taliban ont lancé mercredi dernier une offensive
générale contre les forces de Massoud au nord de la capitale
afin, selon un responsable de la milice, "d'en finir une fois pour toute
avec l'opposition".
Au moins 100.000 civils afghans ont fui l'avance des taliban (AFP,
3/8/99)
Au moins 100.000 Afghans ont fui l'offensive des taliban au nord de
Kaboul faisant craindre une grave crise humanitaire en Afghanistan alors
que la milice islamique d'avancer vers le nord du pays. L'importance de
cet exode est estimé à 100.000 personnes "au moins" selon
des responsables humanitaires alors que l'opposition affirme que ce sont
250. 000 civils qui se sont réfugiés ces derniers jours dans
la vallée du Panshir où les troupes commandant Ahmed Shah
Massoud se sont retirées lundi après leur défaite
face la milice des "étudiants en théologie" au pouvoir. "Il
y a maintenant 250.000 réfugiés dans la vallée" située
à la lisière sud de la chaine montagneuse de l'Indou Kouch,
a en effet
déclaré un porte-parole du commandant Massoud. "Ils ont
peu d'eau et de la nourriture pour quelques jours et on ne peut rien faire
pour eux", a-t-il ajouté en appelant à des aides internationales.
Des responsables des Nations Unies contactés à Islamabad
ont affirmé avoir connaissance de cet afflux de réfugiés
sans en connaître "le nombre exact". "Nous tentons d'évaluer
la situation et étudions les divers moyens d'organiser les secours
à ces populations civiles déplacées si cela s'avérait
nécessaire", a dit un responsable.
"Il peut y avoir une très grosse crise humanitaire", a de son
côté prévenu un expert occidental car selon lui, le
chiffre des déplacés
peut encore grossir "dans la mesure où la population civile
de la région des combats est estimé à 300.000 personnes".
Selon l'opposition, l'arrivée de ces réfugiés
a doublé la population de la vallée depuis le début
de l'offensive des taliban mercredi
dernier qui leur a permis de prendre l'immense plaine de Shamali au
nord de Kaboul. Un autre porte-parole du commandant Massoud, le Dr Abdullah
a décrit l'exode de ces réfugiés comme "le pire de
ces 20 dernières années de guerre en Afghanistan" y compris
"à l'époque de la guerre contre les soviétiques" dans
les années 80, a-t-il dit. "Les gens continuent de fuir", a ajouté
le Dr Abdullah qui a affirmé que les taliban continuait leur avance
vers le nord en penetrant dans l'Indou Kouchy vers le tunnel du Salang
qui ouvre la porte des régions du nord-est sur lesquelles le commandant
Massoud exerce encore un contrôle précaire. Des sources indépendantes
ont précisé que ces civils étaient pour la plupart
d'origine tadjike et qu'ils avaient quitté les localités
du nord de Kaboul, par crainte "d'actions punitives" des taliban pour leur
soutien à Massoud lui aussi d'origine tadjike tout comme la plupart
de ses troupes. Les organisations des Droits de l'Homme et les Nations
Unies ont dénoncé à plusieurs reprises dans le passé
des massacres massifs de populations civiles locales par les taliban après
leurs conquêtes, dans le nord et le centre du pays. Ainsi, lors de
l'été 1998, selon l'ONU et Amnesty International, les taliban
ont tués plusieurs milliers de civils hazaras --hommes, femmes et
enfants-- dans les deux jours qui ont suivi la prise de Mazar-i-Sharif,
la "capitale" de l'opposition nordiste le 9 août. Selon les mêmes
sources, les miliciens islamiques se sont livrés à des actions
similaires, mais de moindre importance, à nouveau contre des Hazaras,
dans le centre du pays, quand ils ont reconquis le Hazarajat en avril dernier.
Les taliban, qui contrôlent désormais plus de 80% du territoire
afghan, ont lancé mercredi dernier une offensive générale
contre les forces du commandant Massoud au nord de la capitale afin, selon
un responsable de la milice, "d'en finir une fois pour toute avec l'opposition".
Les taliban ont pris Jabul Seraj et pressent leur avantage (AFP,
2/8/99)
La milice intégriste des taliban a capturé lundi la ville
de Jabul Seraj à 80 km au nord de Kaboul repoussant les troupes
de l'opposition afghane du commandant Ahmed Shah Massoud dans les montagnes
de l'Indou Kouch, a annoncé l'agence Afghan Islamic Press (AIP).
Les forces des "étudiants en théologie" au pouvoir à
Kaboul, qui avaient capturé la ville de Charikar et la base aérienne
de Bagram (50 km au nord de Kaboul) quelques heures auparavant, conduisent
des opérations de nettoyage de la zone, a poursuivi l'AIP, une agence
proche des taliban basée à Peshawar (nord-ouest du Pakistan).
Selon l'agence, les forces du commandant Massoud -- les dernieres à
combattre les taliban -- se sont réfugiées dans la vallée
du Panshir, leur bastion et leur refuge traditionnels à une dizaine
de km au nord-est de Jabul Seraj, dont ils ont dynamité l'entrée.
Ces informations n'ont pu être confirmées de sources indépendantes.
Selon un journaliste local qui a pu se rendre sur place lundi matin "la
base de Bagram et Charikar, sont sous le contrôle total des taliban".
Il a affirmé que Charikar était devenue "une ville fantome",
tous les habitants -- des tadjikes comme Massoud -- ayant fui. "L'avance
des taliban a forcé des centaines d'habitants à fuir", a
confirmé une source humanitaire. "Beaucoup vont à Kaboul
tandis que d'autres, partisans de Massoud, s'enfuient vers le nord et la
vallée du Panshir". Les taliban ont pris Charikar, le chef lieu
de la province de Parwan et la base aérienne de Bagram à
quelques km au sud-est, après de violents combats avec les forces
de Massoud qui ont fait, selon l'AIP, 28 morts et de nombreux prisonniers
dans les rangs de l'opposition. La perte de Jabul Saraj et, sans doute,
de la localité voisine de Gulbahar deux positions-clé, marque
la fin de la présence du commandant Massoud dans la vaste plaine
de Shamali qui va du nord de Kaboul aux confins de l'Indou Kouch. Jabul
Seraj commande l'accès à la vallée du Salang où
est situé le tunnel du même nom qui est le seul accès,
à travers la chaîne montagneuse de l'Indou Kouch, vers le
nord-est du pays où Massoud exerce encore un contrôle précaire.
Gulbahar, située à une dizaine de kilomètres à
l'est de Jabul Saraj commande l'entrée de la vallée du Panchir,
à la lisière sud de l'Indou Kouch, qui est le bastion et
le refuge ultime du commandant Massoud qui y est né. Les combats
de ces cinq derniers jours ont fait plus de 1.500 tués et blessés,
selon une source humanitaire. Les taliban, qui contrôlent déjà
80% du pays, ont lancé mercredi dernier une offensive générale
contre les forces de Massoud au nord de la capitale afin, selon un responsable
de la milice, "d'en finir une fois pour toute avec l'opposition". Lors
de l'été 1998, les taliban ont éliminé successivement
les forces ouzbekes du général Abdul Rachid Dostam dans le
nord-ouest du pays, puis celles des Hazaras du Hezb-i-Wahdat de Karim Khalili
dans le centre. Selon la source diplomatique, des milliers de militants
islamistes étrangers, principalement des pakistanais, participent
à l'offensive des taliban contre Massoud. Les taliban, des intégristes
musulmans sunnites ont fait irruption sur la scène afghane en 1994
et ont mis en place dans les zones sous leur contrôle un "système
islamique intégral" en imposant une charia (loi coranique) dont
il font une interprétation ultra-stricte.
Massoud incontournable : la CIA a le nez
dedans (N°26-27 /printemps
1999, Françoise Causse)
Les taliban, l’hydre à trois têtes
des Pakistanais, des Saoudiens et des Américains, sont parvenus
à faire régner leur système de terreur sur plus de
80% du territoire afghan. Un hiatus toutefois dans cette horlogerie qui
semblait bien huilée : les Etats-Unis commencent à se désengager
du piège taliban qu’ils avaient aidé à mettre en place,
emmenant les Saoudiens à leur suite.
Les taliban, plus que jamais pressés
d’en finir avec la dernière poche de résistance située
au nord-est du pays, ont déclenché à l’automne dernier
une série d’offensives importantes. Si la bataille s’avérait
totalement disproportionnée, la victoire ne leur est pourtant toujours
pas acquise : leur fait face Ahmed Shah Massoud, celui qui naguère
avait fait plier les Soviétiques avec des moyens de misère,
le seul commandant des nombreuses factions résistantes d’alors à
ne pas être parti se réfugier à l’étranger et
qui ne s’achète pas.
Se jouent actuellement, dans le plus grand
silence médiatique, les batailles décisives d’une guerre
qui plonge l’Afghanistan dans l’abîme depuis vingt ans. Tout porterait
à croire que les taliban ont gagné. Forts de leur emprise
sur plus de 80% du territoire conquis sans effort grâce aux dollars
saoudiens (1), à la complicité de la CIA et à la logistique
de l’armée et des services secrets pakistanais (SIS), il n’est pourtant
pas exclu que leurs succès d’hier ne se dégonflent pas d’ici
à deux ans comme une simple baudruche.
Une option qui prend l’eau
Les Américains qui avaient tout
misé sur les " étudiants en théologie " sont bien
obligés de constater que leur option prend l’eau.
Compte tenu de la mauvaise image que les
taliban offrent au monde, il aurait mieux valu que ceux-ci soient rapides
à " sécuriser " le pays. Ce qui n’est toujours pas le cas.
Non seulement il leur reste à mater les irréductibles du
Nord, mais les exactions qu’ils commettent commencent à faire des
vagues : deux rapports sortis en novembre dernier, l’un d’Human Rights
Watch, l’autre des Nations unies, relatent en détail les massacres
qui ont eu lieu en août lors de la prise de Mazar-e-Sharif (nord
du pays), qui a coûté la vie à plusieurs milliers d’Hazaras,
hommes, femmes et enfants. L’opposition afghane, quant à elle, dénonçait
en novembre l’ouverture de véritables camps de concentration dans
lesquels moisiraient, battus, laissés sans soins et affamés,
tous ceux qui, appartenant aux minorités ethniques, Hazaras, Tadjiks,
Ouzbeks, n’ont pas la chance d’être pashtouns comme les taliban.
Sans parler des images des exécutions qui se déroulent publiquement
chaque vendredi à Kaboul, parvenues en Occident en décembre,
qui montrent des victimes ligotées et saignées par leurs
bourreaux au nom de l’application de la charia.
Ambassadrice hip-hop made in CIA
Tentative a pourtant été
faite de redorer le blason de la milice fondamentaliste en la personne
de Laïla Helms, propulsée " ambassadrice " des taliban et parfaite
incarnation de la femme moderne et cultivée. Dépêchée
comme porte-parole à l’ONU (2), elle se trouve être mariée
au neveu d’un ancien directeur de… la CIA. Cela n’a semble-t-il pas calmé
le jeu du côté des féministes américaines, qui
décidément n’apprécient guère la façon
dont sont traitées leurs congénères afghanes et qui
ont à leur actif d’avoir fait plier la compagnie pétrolière
Unocal qu’elles menaçaient de boycott. Unocal se trouve être
le principal actionnaire du projet de construction d’un double oléoduc,
gaz et pétrole, évalué à plus de 4 milliards
de dollars, qui doit traverser l’est de l’Afghanistan afin d’acheminer
vers le Pakistan ces matières premières provenant des riches
gisements du sol turkmène, contournant ainsi l’Iran, toujours sous
embargo américain. La compagnie pétrolière américaine
avait évidemment aussi opté pour les taliban, leur proposant,
dès leur entrée dans Kaboul une solde de 100 millions de
dollars par an pour garantir la sécurité du pipeline – lequel
devait rapporter à terme annuellement 2 milliards de dollars.
Le 24 août, Unocal, grande amie des
narco-dictatures – on la retrouve en Birmanie – décida de jeter
l’éponge tant que le pays ne serait pas stable… Il faut dire que
les attentats du 7 août 1998 perpétrés contre les ambassades
américaines au Kenya et en Tanzanie, attribués à un
certain Ben Laden, protégé par les taliban, avaient fâché
les Etats-Unis!
Ce lâchage des Américains
a déstabilisé les Saoudiens, co-acteurs du consortium CentGaz
avec leur compagnie Delta Oil. De fait, l’enjeu était suffisamment
important pour qu’en novembre Riyad dépêche un employé
de la Delta Oil afin de négocier un accord de principe sur un échange
de prisonniers entre Massoud et les taliban, faisant la navette entre Kandahar,
lieu de résidence de Mollah Omar, le chef spirituel des taliban,
et la vallée du Panjshir, chez Massoud.
L’attitude des taliban qui s’obstinent
à refuser l’extradition du richissime saoudien Oussama Ben Laden
(3), islamiste extrémiste soupçonné d’être à
l’origine d’attentats anti-américains depuis plusieurs années
– avant la Tanzanie et le Kenya, il y avait eu celui du World Trade Center
–, a tout pour agacer les Etats-Unis. Les grands stratèges américains
doivent l’avoir mauvaise : c’est la CIA itself qui a formé
et entraîné Ben Laden (4) quand celui-ci, au moment de l’invasion
soviétique, s’était rallié à la résistance
afghane. Il avait ainsi ouvert des camps d’entraînement, dont on
dit qu’ils auraient été financés pour part par la
CIA. En effet, à cette époque déjà, l’Amérique
avait misé sur les factions islamistes les plus dures, considérant
qu’elles étaient les meilleurs remparts contre le communisme, préférant
ainsi Hekmatyar à Massoud, qu’ils ont toujours savamment ignoré,
le jugeant trop indépendant.
A la recherche des Stinger perdus
On s’inquiéterait aujourd’hui de
savoir si Ben Laden, qui déclare se lancer dans une djihad contre
les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et Israël, ne posséderait
pas quelques Stinger, les fameux missiles sol-air d’une efficacité
redoutable, que la CIA avait confiés au services secrets pakistanais
pour les redistribuer aux divers commandants de la résistance afghane,
afin de les aider dans leur combat contre les Soviétiques.
Sur les mille généreusement
fournis, la moitié avait été détournée
par l’armée pakistanaise. L’autre moitié avait été
livrée à Hekmatyar hormis quelques dizaines distribuées
aux autres factions, dont quelques-uns à Massoud. Les Etats-Unis
tentent bien aujourd’hui de racheter leurs missiles en en proposant 100.000
dollars pièce, mais Ben Laden, de son côté, a mis la
barre à 250.000 dollars!
Massoud et le facteur temps
Les taliban, profitant de la vague victorieuse
qui leur avait donné le contrôle de Mazar et de Bamyan en
août 1998, ont lancé en octobre une série d’offensives
sur huit fronts à la fois pour tenter d’en finir avec Massoud, retranché
dans son fief du Panjshir. Seul moyen désormais de récupérer
les contrats pétroliers et d’obtenir la reconnaissance internationale,
laquelle tarde à venir malgré quelques tentatives de séduction
opérées par l’ONU. Celle-ci, en mai 1998, avait notamment
négocié et signé avec les taliban un mémorandum
réglementant les conditions dans lesquelles l’aide humanitaire devait
être apportée. Fêtée comme une avancée
par le représentant de l’ONU, cette reconnaissance implicite du
régime taliban n’était pas pour plaire aux ONG, qui avaient
jugé l’opération complaisante et qui en firent les frais
peu de temps après en étant virées de Kaboul manu
militari.
Revers sérieux pour les taliban
Pourtant, malgré leur suprématie
évidente en matériels et les bombardements intensifs de l’aviation
pakistanaise, non seulement les taliban ont reperdu très vite la
vallée d’Andarar, le seul des huit fronts qu’ils avaient réussi
à percer, mais cela leur a coûté un millier d’hommes.
C’est devant ces piètres performances que l’homme de la Delta Oil
fut dépêché pour négocier des libérations
de prisonniers.
Massoud, contrairement aux taliban, a le
temps pour lui, tout comme à l’époque des Soviétiques,
dont les attaques étaient supérieures à celles qu’il
essuie aujourd’hui. Il arrive toujours le moment où, les morts s’accumulant,
le moral des troupes baisse et les questions se posent. Le mensonge des
généraux soviétiques n’avait pu accomplir ce miracle
de faire passer pour utile une guerre absurde. Il y a fort à parier
que l’enthousiasme dont font preuve les taliban dans la guerre facile qu’ils
ont menée jusqu’à présent, alors que les portes des
villes s’ouvraient sans mener bataille grâce à l’argent, de
l’opium et des Saoudiens, distribué largement aux commandants et
autres chefs locaux, soit mis à mal confronté à de
véritables combats. " S’ils sont mis en échec, explique Merabudine
Masstan, compagnon de lutte de Massoud, dans le salon fantomatique de l’ambassade
d’Afghanistan à Paris, ça peut changer. Rapatrier mille corps
dans la région de Kandahar, c’est quelque chose! En 1996, quand
les taliban avaient perdu 2000 hommes dans la plaine de Chamali, des gens
avaient manifesté dans les rues : "On veut bien se battre, mais
contre qui? Et pourquoi? Pourquoi y a-t-il tant de morts? On nous avait
dit qu’il y avait des Russes là-bas! Mais on s’est fait battre par
des Panjshiris, par des hommes de Sorlang, par des hommes de Chamali."
"
Les services secrets pakistanais l’ont
bien compris. Depuis quelques mois ils envoient sur le front Syriens, Jordaniens,
Palestiniens, Bengladeshis, Yéménites, Algériens et
Pakistanais, qui, lorsqu’ils sont arrêtés, se transforment
en autant de prisonniers hagards, perdus, ne parlant pas la langue de l’ennemi…
L’ennemi de quoi au fait? (5)
Dernière donne, enfin, à
laquelle la CIA prête toujours un intérêt farouche,
l’Afghanistan est devenu le premier producteur d’opium (6) devant la Birmanie.
Les zones de culture du pavot ont été étendues à
d’autres régions, les taliban encourageant son développement,
prélevant au passage une taxe de 20% sur les récoltes malgré
les remarques fâchées de Pino Arlacchi, directeur du Programme
des Nations unies pour le contrôle international des drogues – qui
avait exhorté les " étudiants de la foi " de l’éradiquer,
sans aller trop vite toutefois (7)!
Avec l’interruption du projet pétrolier,
les Américains ne voient plus guère où seraient leurs
intérêts à ce qu’un tel marché continue de proliférer.
Ecartés de fait des bénéfices du trafic, ceux-ci ne
profiteraient plus qu’aux seuls services secrets pakistanais, qui gagneraient
en indépendance, et aux réseaux islamistes internationaux,
pas franchement copains des Occidentaux.
Kaboul, cimetière vivant
Les taliban ont diabolisé Kaboul,
la ville impure dans laquelle des femmes en minijupes se promenaient autrefois
aux côtés de celles qui portaient le tchadri traditionnel,
aujourd’hui imposé à toutes. S’est abattue sur le pays la
plus grande vague d’obscurantisme de l’histoire de l’Afghanistan. Empêchées
de sortir sauf accompagnées d’un homme de la famille, de se soigner,
d’aller à l’école ou à l’université, de travailler,
elles remplissent de leur chagrin le seul hôpital qui les reçoivent
encore. Devenues folles. C’est le prix de la pacification vantée
par les taliban, auxquels on reconnaît la vertu d’avoir désarmé
les petits bandits qui sévissaient un peu partout, violant, rackettant,
tuant, en jouisseurs primitifs du pouvoir que confèrent les armes
dans un univers de politiciens corrompus.
Les armes, les taliban les ont récupérées
en les troquant contre les enfants qu’ils enlevaient. Efficace, semble-t-il,
dans un pays où l’enfant est sacré…
Massoud, c’est vrai, n’avait pas réussi
à désarmer la population quand il était entré
dans Kaboul en 1992, ce qui lui vaut aujourd’hui d’avoir pas mal de détracteurs,
l’ayant à tort mis dans le même sac que les autres chefs de
guerre imbus de pouvoir.
" Peu d’Occidentaux ont compris, explique
le cinéaste Christophe de Ponfilly, qui était sur place à
ce moment-là, que quand Massoud est arrivé à Kaboul,
il y avait un désordre phénoménal. Les prisons avaient
été ouvertes par les communistes avant de quitter la ville.
Pour ajouter encore à la confusion, dès que les moudjahidin
sont arrivés, des tas de gens se sont mis à porter le pacol,
ce béret afghan devenu emblématique de la résistance
afghane, ainsi on ne savait plus qui était qui. Sans parler des
hommes de Dostom, avec lequel Massoud s’était allié, qui
abusaient énormément de la vodka et qui étaient d’une
violence extrême : il y a eu un nombre de pillages absolument hallucinant,
des meurtres, des viols… Les moudjahidin avaient honte. "
Massoud a toujours dénoncé
le travail de sape des services secrets pakistanais, qui n’ont jamais voulu
qu’une chose : avoir le contrôle du pays, utile base arrière
dans le conflit qui les oppose à l’Inde. Ils fourniront ainsi à
Hekmatyar, vexé de ne pas être au gouvernement, les roquettes
qui s’abattront non stop sur Kaboul, jusqu’à 2.000 par jour, cinq
semaines seulement après l’entrée des hommes de Massoud dans
la capitale afghane et qui lui donneront l’allure d’un cimetière
de pierres.
Massoud, dégoûté, démissionnera
de son poste de ministre de la Défense. Le président Rabanni
nommera Hekmatyar Premier ministre, mais refusera de céder le pouvoir
aux autres composantes du gouvernement, comme c’était prévu
avec un système de tournante entre les différentes ethnies;
il sera contraint d’abandonner Kaboul, alors en proie au chaos, aux mains
des taliban, pour éviter un nouveau bain de sang.
Ponfilly ne peut que constater le gâchis
engendré par une politique douteuse : " L’Occident ou l’ONU aurait
dû aider Massoud au moment où il est arrivé dans Kaboul.
Si tel avait été le cas, il aurait pu démilitariser
et, à mon avis, il réglait la guerre d’Afghanistan. Mais,
là, personne n’a rien fait! Les Américains ont laissé
les Pakistanais continuer à jouer avec leur petit préféré,
Hekmatyar, et ça a été la catastrophe. "
la solution qui s’impose
Aujourd’hui, le fait que les hommes de
Massoud ne s’avouent pas vaincus semble encourager les habitants à
se mobiliser contre les taliban. Ainsi certains commandants pashtouns se
sont-ils ralliés à Massoud, lui demandant aide et conseil.
En décembre, l’AFP rendait compte de révoltes anti-taliban
obligeant la milice islamiste à envoyer des renforts de Kaboul.
Il est clair que Massoud ne regagnera pas
la totalité du territoire, son objectif n’est d’ailleurs pas là
mais davantage à obliger les taliban à négocier pour
instaurer un gouvernement dans lequel toutes les tendances seraient représentées.
Car, aime à rappeler le " Lion du Panjshir ", que rien ne prédisposait
à la guerre, la solution du conflit afghan n’est pas militaire mais
politique. n
Françoise Causse
Notes :
1) la prise de la ville d’Herat aurait
coûté 30 millions de dollars aux Saoudiens.
2) Alors qu’ils n’ont aucune reconnaissance
internationale. Seuls aujourd’hui le Pakistan, l’Arabie Saoudite et les
Emirats arabes ont reconnu les taliban comme autorité suprême
de la république d’Afghanistan, rebaptisée en octobre 1997
émirat islamique d’Afghanistan. " Certains pays prétendent
que nous accueillons des terroristes et que nous ne respectons pas les
droits de l’homme, alors que le gouvernement précédent avait
été accusé de faire la même chose, mais cela
ne l’a pas empêché d’être reconnu ", se plaignait en
novembre dernier Mollah Mohamad Hassan, le "ministre" – taliban – des Affaires
étrangères afghanes, ne niant aucunement enfreindre les droits
de l’homme!
3) Ben Laden s’est réfugié
à Kandahar dans la même rue que le chef des taliban Mollah
Omar, après son expulsion d’Arabie Saoudite en 1991, pour activités
antigouvernementales. Il est aujourd’hui déchu de sa nationalité.
4) Ben Laden a été un mercenaire
des Etats-Unis de 1978 à 1989. C’est seulement en 1991 que celui-ci
se retournera contre ses "employeurs" lorsque ceux-ci libéreront
le Koweït depuis l’Arabie Saoudite.
5) Pour motiver les Pashtouns sur le front
nord on a attisé les haines ethniques – ceux qui peuplent cette
région sont Tadjik, Ouzbek ou Hazaras. A ceux qui étaient
envoyés sur la frontière iranienne un moment en ébullition,
on rappelait aux sunnites que, de l’autre côté, il y avait
ces infidèles de chiites à éliminer. Tous les arguments
sont bons pour transformer un homme en chair à canon…
6) A noter qu’une fois encore tout cela
s’est effectué au détriment de la culture du cannabis, consommé
traditionnellement par les Afghans mais qui ne rapporte rien et dont les
taliban ont condamné la production et l’usage.
7) Pour plus de détails, voir le
rapport de l’OGD la Géopolitique mondiale des drogues 1997-1998,
p. 102.
" Afghanistan, pays lointain, en guerre,
dont tout le monde se fout, ou presque.
"
De 1981 à 1998, Christophe de Ponfilly
s’est rendu à plusieurs reprises en Afghanistan. Sa première
rencontre avec le commandant Massoud s’est transformée en amitié.
En 1998, le cinéaste réalise un nouveau film, Massoud
l’Afghan, dans lequel il fait le point sur ce pays qu’il affectionne,
toujours en guerre, et son métier, trop souvent dévolu à
une quête d’images dépourvues de sens. Un document magnifique,
diffusé sur Arte et aujourd’hui en salles à Paris, dont voici
quelques extraits :
Dans le tumulte d’images et de sons du
monde moderne, tenir une caméra a-t-il encore un sens? Lorsque j’ai
commencé ce film, il y a seize ans, je ne me posais pas la question,
c’était mon premier film. J’allais rencontrer des hommes remarquables,
dont le commandant Massoud, pas des héros de pacotille, ni des produits
de marketing comme on nous en fabrique tant aujourd’hui. J’ai rassemblé
les traces de cette formidable aventure, pour survivre à tout ce
bluff qui nous entoure, et pour quelque chose de plus précieux que
je vais vous confier…
C’est mon huitième voyage en Afghanistan.
Je m’étais pourtant promis de ne jamais y revenir, mais j’ai trop
rêvé de ce pays en paix et trop admiré Massoud pour
me résigner à lire dans les journaux qu’il était perdu,
encerclé par les taliban.
Massoud n’aime pas les interviews. J’ai
demandé à être là, c’est tout. Il a accepté.
Je peux filmer ce que je veux, quand je veux, comme avant.
Ne restent avec Massoud que ses derniers
fidèles. la plupart de ses compagnons ont disparu, d’autres l’ont
abandonné, certains trahi. A tous les niveaux, les cadres font défaut
: en Afghanistan, la plupart des gens éduqués sont morts
ou ont quitté le pays.
Propos d’un vieil homme venu de la plaine
occupée par les taliban au QG de Massoud pour demander des armes.
" Nous sommes prêts à nous
battre contre les taliban. S’il le faut avec des fusils de chasse ou des
cailloux.
– Combien voulez-vous d’armes? lui demandent
les lieutenants de Massoud.
– A vous de voir : nous sommes entre 1500
et 2000 personnes.
– Tous veulent prendre les armes?
– Oui, les hommes comme les femmes, tous
veulent se battre. Notre patience est à bout. "
Dans ce combat inégal, Dieu semblait
leur seul allié. La CIA n’avait pas choisi leur camp!
[ En avril 1992, Massoud reprend Kaboul,
la trêve ne durera que quelques semaines.]
Massoud le libérateur avait cédé
le pouvoir aux politiques.
A Kaboul, l’image du héros moudjahed,
combattant de la foi et de la paix, était à jamais détruite
: quantité d’armes circulaient, mes amis avaient honte, moi aussi.
Jamais filmer ne m’avait semblé
si inutile. Déçu, comme beaucoup, je m’étais promis
ne jamais revenir.
J’ai, depuis, en horreur, ces gestes de
victoire sur fond de ruines.
J’ai aimé les Afghans et goûté
leur poésie. Des individualistes, souvent grandes gueules, ils n’avaient
rien de fanatiques religieux. Ils avaient même su garder ce que nous
sommes en train de perdre : le sens de la communauté, le respect
des anciens, et cette fierté de peuple jamais colonisé.
Les Soviétiques ont détruit
ce monde : un million et demi d’Afghans sont morts, trois millions vivent
encore aujourd’hui en exil.
Pendant dix années, les Soviétiques
se sont acharnés à apporter à ce peuple une conception
du monde que les Afghans ne comprenaient pas. Les Soviétiques ont
exacerbé l’islam politique, mais se sont perdus eux-mêmes.
J’ai posé la caméra : n’auriez-vous
pas dû venir à l’étranger? lui ai-je demandé.
Devant le Congrès américain, on vous aurait applaudi. Aujourd’hui,
le monde est comme ça: on vend de la politique comme on vend des
lessives ! Si vous aviez appris l’anglais, vous seriez passé dans
toutes les télévisions, et qui sait, peut-être auriez-vous
changé le cours de l’histoire. La nuit est tombée, Massoud
a souri, puis il est parti.
Bibliographie
nMassoud l’Afghan, Christophe de Ponfilly,
Editions du Félin-Arte Editions, 1998,139 francs : un ouvrage complémentaire
au film du même nom qui permet à l’auteur d’approfondir son
sujet.
n Les Nouvelles d’Afghanistan, revue
sur abonnement, BP 254, 75524 Paris Cedex 11.4 numéros 120 francs.
Chèques à l’ordre d’Afrane (Amitié franco-afghane).
n De Kaboul à Marseille, Nassim
Nafi, Editions Indigo et Côté Femmes, 1998, 110 francs. Récit
d’une femme qui a fuit son pays lors de l’invasion soviétique et
qui après l’Iran se retrouvera à Marseille.
n Afghanistan : Du communisme au fondamentalisme,
Sylvie Gélinas, Editions L’Harmattan, 1997, 140 francs.
n Les cercueils de zinc, Alexievith
Svetlana, Collection 10/18, 44 francs. Récit de la guerre d’Afghanistan
vue par les Soviétiques. Témoignages.
n Poussières de guerre, Christophe
de Ponfilly et Frédéric Laffont, Editions Laffont, 1990,
118 francs
Bibliographie de Sayd Bahodine Majrouh
nEgo Monstre I - Le Voyageur de Minuit.
Traduit par Serge Sautreau. Editions Phébus, 1989.
nEgo Monstre II - Le Rire des Amants.
Traduit par Serge Sautreau. Editions Phébus, 1991.
nChants de l’errance. Traduit par Serge
Sautreau. Editions Orphée La Différence, 1989.
nRire avec Dieu. Aphorismes et contes
soufis. Traduit par Serge Sautreau. Editions Albin Michel, coll.. Spiritualités
vivantes, 1995.
nLe Suicide et le Chant (poésie
populaire des femmes pashtounes), traduit par André Velter, Cahiers
des Brisants, 1988; " Connaissance de l’Orient ", Gallimard, 1994.
Oussama ben Laden, financier présumé du terrorisme
islamiste (AFP, 30/7/99)
L'islamiste Oussama ben Laden, qui aurait décidé de quitter
l'Afghanistan en accord avec les Taliban au pouvoir à Kaboul, est
un héros pour l'Islam extremiste et l'ennemi public no1 des Etats-Unis.
Il figure en effet sur la liste des dix criminels les plus recherchés
par le FBI, qui a mis sa tête à prix cinq millions de dollars.
Déchu de sa nationalité saoudienne, longtemps exilé
au Soudan puis en Afghanistan, Oussama ben Laden déclare régulièrement
la guerre sainte (Jihad) contre les Etats-Unis et son nom refait surface
à chacun des attentats anti-américains depuis des années.
Avec l'un de ses adjoints, identifié comme étant Mohammed
Atef dit aussi Abou Ahafs, tous deux recherchés, il a été
inculpé en novembre dernier pour les attentats du 7 août 1998
contre les ambassades des Etats-Unis à Nairobi et Dar-es-Salaam,
qui ont fait 224 morts et des milliers de blessés, et pour conspiration
visant à assassiner des Américains hors des Etats-Unis. Le
20 août, les Etats-Unis ont attaqué des camps d'entraînement
d'extremistes islamistes en Afghanistan, en représailles aux attentats,
sans atteindre ben Laden. Le dirigeant fondamentaliste a nié à
plusieurs reprises être l'instigateur des attentats, tout en exprimant
son "appui et son admiration à ces attaques et à l'auteur
de toute action militaire contre les forces américaines". Avec une
longue barbe qui mange son visage émacié aux yeux étroits
et aux pommettes saillantes, cet homme frêle de 41 ans est un héros
de la résistance musulmane à l'occupation soviétique
de l'Afghanistan dans les années 80. Né à Ryad en
1957 dans une famille fortunée d'entrepreneurs, ben Laden fait ses
études à Djeddah, en Arabie saoudite. Il se lie dès
1973 à des groupes islamistes et accroît sa fortune en gérant
l'entreprise familiale de construction. Il se précipite en Afghanistan
après l'invasion soviétique de 1979 et équipe, arme
et finance le voyage des volontaires des pays arabes --"des milliers",
dira-t-il. Il regagne l'Arabie en 1992, mais son passeport saoudien lui
est retiré par Ryad qui l'accuse de soutenir des groupes islamistes
en Egypte et en Algérie. Dès que l'interdiction est levée,
il s'installe au Soudan. Mais les services de renseignements américains
le soupçonnent de financer des camps d'entraînement terroriste.
L'Arabie saoudite lui retire sa nationalité en 1994, le Caire, Alger
et le Yémen l'accusant de continuer à financer les extrémistes
chez eux. En 1996, c'est le Soudan qui lui demande de partir, sous la pression
des Nations unies. La rumeur le dit au Yémen, puis clandestin en
Arabie saoudite, mais il refait surface en 1996 en Afghanistan, d'où
il lance des fatwa (décrets religieux) contre les Américains
--civils et militaires-- en avril 1996, en février 97 et février
98. Il serait impliqué, selon Washington, dans une série
d'attentats, dont l'explosion au World Trade Center de New York (6 tués
et un millier de blessés en février 1993), l'attentat contre
un centre d'entraînement de la Garde Nationale saoudienne à
Ryad (7 morts le 13 novembre 1995), et celui qui a tué 19 militaires
américains à Dahran en Arabie saoudite le 25 juin 1996. Ben
Laden a des résidences à Kandahar, le quartier général
de la milice des taliban et de son chef le mollah Mohamed Omar, dans le
sud de l'Afghanistan, avec lequel il entretient de bonnes relations. Son
dernier lieu de résidence connu était la région de
Jalalabad (est de l'Afghanistan), où il vivait protégé
par une garde prétorienne de plusieurs centaines de combattants
islamistes. Ces derniers mois, sa trace était plus difficile à
suivre avec exactitude d'autant que les taliban, toujours en quête
de reconnaissance internationale, font l'objet depuis l'année dernière
de pressions de plus en plus fortes de la part des Etats-Unis pour qu'ils
"lachent" ben Laden. Jusqu'à présent, ces pressions relayées
par le Pakistan, le principal allié des Taliban, n'avaient eu d'autre
effet que de pousser les taliban à restreindre la liberté
d'action de celui qu'ils consideraient comme "un hote" à qui, affirmaient-ils,
ils avaient cepedant interdit toute activité subversive.
Hearing on the continuing crisis in Afghanistan, 14/4/99 (USIA prochainement)
U.S. Case Against Bin Laden In Embasy Blasts Seems To Rest On Ideas
(By Tim Weiner , New York Times, April 13, 1999)
American commandos are poised near the Afghan border, hoping to capture
Osama bin Laden, the man charged with blowing up two American embassies
in Africa eight months ago, senior American officials say. But they still
do not know how to find him. They are depending on his protectors in Afghanistan
to betray him -- a slim reed of hope for one of the biggest and most complicated
international criminal investigations in American history.Capturing bin
Laden alive could deepen the complications. American officials say that
so far, firsthand evidence that could be used in court to prove that he
commanded the bombings has proven difficult to obtain. According to the
public record, none of the informants involved in the case have direct
knowledge of bin Laden's involvement.
For now, officials say, Federal prosecutors appear to be building a
case that his violent words and ideas, broadcast from an Afghan cave, incited
terrorist acts thousands of miles away. In their war against bin Laden,
American officials portray him as the world's most dangerous terrorist.
But reporters for The New York Times and the PBS program "Frontline," working
in cooperation, have found him to be less a commander of terrorists than
an inspiration for them. Enemies and supporters, from members of the Saudi
opposition to present and former American intelligence officials, say he
may not be as globally powerful as some American officials have asserted.
But his message and aims have more resonance among Muslims around the world
than has been understood here. "You can kill Osama bin Laden today or tomorrow;
you can arrest him and put him on trial in New York or in Washington,"
said Ahmed Sattar, an aide to Sheik Omar Abdel Rahman, the blind Egyptian
cleric convicted of inspiring the bombing of the World Trade Center in
1993. "If this will end the problem -- no. Tomorrow you will get somebody
else." Interviews with senior American officials and knowledgeable observers
of bin Laden in Pakistan, Sudan and elsewhere suggest that there is widespread
support among ordinary people in the Muslim world for his central political
argument: that American troops should get out of Saudi Arabia. The embassy
bombings, they note, took place eight years to the day after the G.I.'s
were ordered onto Saudi soil. The interviews also raise questions about
key assertions that have been made by the Government about bin Laden. Senior
intelligence officials concede that their knowledge of him is sketchy.
"We can't say for sure what was going on" with him from 1991 to 1996 --
most of the years covered in the indictment -- one senior official said.
His Affluence Seems Overstated Present and former American officials and
former business associates of bin Laden say he appears to control only
a fraction of the $250 million fortune that the American Government says
he possesses. "Clearly, his money's running out," said Frank Anderson,
a former senior Central Intelligence Agency official who maintains close
Middle Eastern contacts. Larry Johnson, the State Department deputy counterterrorism
director from 1988 to 1993, said Administration officials had "tended to
make Osama bin Laden sort of a Superman in Muslim garb -- he's 10 feet
tall, he's everywhere, he knows everything, he's got lots of money and
he can't be challenged." Milton Bearden, a retired senior C.I.A. official
who ran the agency's war in Afghanistan and retired in 1995, said the Government
had "created a North Star" in bin Laden. "He is public enemy No. 1," Bearden
said. "We've got a $5 million reward out for his head. And now we have,
with I'm not sure what evidence, linked him to all of the terrorist acts
of this year -- of this decade, perhaps." Political leaders in Sudan and
Pakistan who have met bin Laden describe him as intelligent, soft-spoken,
polite. They also say he is deadly serious about his violent brand of radical
politics and capable of killing in God's name. U.S. Case Against Bin Laden
In Embasy Blasts Seems To Rest On Ideas Osama bin Laden was born into the
ruling class of Saudi Arabia. His father was the favorite construction
magnate of the Saudi royal family, who gave bin Laden's family huge contracts
to renovate the holy cities of Mecca and Medina and build palaces for Saudi
princes. American officials calculated bin Laden's fortune by estimating
the family fortune at $5 billion and dividing by 20, the number of male
heirs. But business associates of bin Laden said his family cut him off
years ago and are managing his share of his inheritance for him as long
as he is disowned. Business associates say that bin Laden has been living
on a generous allowance from his eldest brother and that his assets in
Saudi Arabia are now frozen. In 1980, at 22, bin Laden left Saudi Arabia
and moved to the Afghan frontier. In Peshawar, Pakistan -- working alongside,
but never directly allied with, the C.I.A. -- he used his money and his
machines to help the Afghan rebels fight the Soviet Army invaders. The
Afghan war shaped bin Laden, those who know him say. "He is an ordinary
person who is very religious," said President Omar Hassan al-Bashir of
Sudan, who met bin Laden often from 1992 to 1996. "He believes in the rule
of Islam and where possible the establishment of an Islamic state. The
time that he spent in Afghanistan led him to believe that this might be
achieved through military means." Legend has it that bin Laden fought bravely
against Soviet troops. But former C.I.A. officers say he was a financier,
not a warrior -- "a philanthropist supporting a number of health care,
widows-and-orphans charity operations in Peshawar for Afghan refugees,"
as Anderson put it. He also helped create a headquarters called Al Qaeda,
the Base. It was a way station in Peshawar where Egyptian and Saudi volunteers
rested before setting off for battle in Afghanistan. Its name became a
kind of flag uniting bin Laden's followers. American officials call it
a global terrorist network. When the Soviet forces left Afghanistan in
1989, bin Laden went home to Saudi Arabia. He soon set his sights on the
last remaining superpower. "He himself was very much wary about America,"
said Saad al-Faqih, a Saudi exile living in London, who worked as a surgeon
for wounded Afghan fighters, "very skeptical about America and the Saudi
regime."
He found a new enemy on Aug. 7, 1990, when the United States began
sending half a million soldiers to Saudi Arabia, preparing for war against
Iraq. "One of the stories put out by bin Laden is that he went to King
Fahd and promised that he would raise holy warriors who would protect Saudi
Arabia," said Anderson, who was the chief of the C.I.A.'s Near East operations
in the mid-1990's. "His violent opposition to the Saudi royal family began
when King Fahd denied or rejected that offer." Americans Painted As New
Crusaders To bin Laden the deployment of Americans in the land of Mecca
and Medina smacked of the Crusades, the Christian religious wars against
Islam that began nine centuries ago. His rage transformed him into a stateless
outlaw. In November 1991, Saudi intelligence officers caught bin Laden
smuggling weapons from Yemen, his father's homeland. They withdrew his
passport. Soon afterward he made his way to Sudan, which had decreed its
borders open to all Muslims, with or without passports or visas. Veterans
of the Afghan jihad, or holy war, against Moscow followed bin Laden, under
Al Qaeda's banner. But "when Al Qaeda was moved to Sudan, it lost around
70 percent of its members," Mamdouh Mahmud Salim, accused of being an associate
of bin Laden, said during an interrogation by the German police after his
arrest in September.
"This group didn't have a purpose except to carry out the jihad," Salim
said, "and since nobody carried out the jihad, it lost a lot of its members."
He Lived As an Investor There were three kinds of men in Al Qaeda, he said.
First, "people who had no success in life, had nothing in their heads and
wanted to join just to keep from falling on their noses." Second, "people
who loved their religion but had no idea what their religion really meant."
And third, "people who have nothing in their heads but to fight and solve
all the problems in the world with battles." Osama bin Laden lived in Khartoum,
the Sudanese capital, "as an investor," said President Bashir. "With his
money, he was adventurous, and probably he gained this mentality by his
experiences as a fighter." The indictment against bin Laden says he provided
training camps in Sudan where Afghan war veterans prepared for terrorist
missions. But a senior American intelligence official contradicted that,
saying, "There was never a bin Laden-financed training camp in Sudan."
The official added: "In 1993, '94, '95, he's managing and building up his
legitimate business presence there in Sudan. I won't pretend we've got
a good intelligence base on this period, but we think he was laying the
groundwork for Al Qaeda." In 1995 two C.I.A. officers were stalked by teen-age
followers of bin Laden in the streets of Khartoum. "Bin Laden was approached
by us and was told that this would not be tolerated," said Ghazi Salaheldin,
the Sudanese Information Minister. Sudan expelled the teen-agers. In the
face of such perceived threats -- though some were mirages, based on a
slew of false C.I.A. reports -- the United States withdrew from Sudan in
late 1995. The absence of American diplomats and spies in the country diminished
Washington's ability to know what bin Laden was doing at the very moment
he stepped up his political war. In 1995, after the Saudi Government rescinded
his citizenship, he began sending scathing attacks on the royal family
from Khartoum. "Bin Laden took a chance and started doing some political
activities," President Bashir said, "not terrorist activities, but he started
issuing political bulletins and communiqués and faxes" denouncing
the Saudi Government as corrupt and repressive. The United States took
notice. "There had been confusion" after the World Trade Center bombing
about the nature of radical Islamic threats to the United States, said
Johnson, the former senior counterterrorism official.
No Evidence To Implicate Him "There were lots of theories, not very
good intelligence, and so the intelligence community actually started generating
a picture that Osama bin Laden was, if you will, the new face of terrorism,"
he said.
On May 31, 1996, four Saudis were beheaded after confessing to bombing
a Saudi National Guard post in Riyadh and killing five Americans. All told
their interrogators that they had received bin Laden's communiqués.
Only 25 days later, a truck bomb tore through a military post in Dhahran,
killing 19 American soldiers.
Osama bin Laden was blamed by American officials for instigating the
attacks. But no known evidence implicates him, and the Saudi Interior Minister,
Prince Nayef ibn Abdel Aziz, has absolved him. "Maybe there are people
who adopt his ideas," Prince Nayef said. "He does not constitute any security
problem to us."
Shortly before the Dhahran attack, bin Laden and members of his entourage
left Sudan in a C-130 military transport plane. The Sudanese had asked
him to leave -- at the request of the United States. bin Laden landed at
an American-built airport in Kandahar, Afghanistan. Three months later,
on Aug. 23, 1996, he declared war on the United States.
"The situation in Saudi Arabia is like a great volcano about to erupt,"
his declaration stated. "Everyone talks openly about economic recession,
high prices, debt" and "the filling up of the prisons."
How Did He Control the Bombers?
bin Laden's criticisms of Saudi repression and corruption closely corresponded
with State Department reports and C.I.A. analyses. But bin Laden blamed
the United States. "The root of the problem is the occupying American enemy,"
he proclaimed, "and all efforts should focus on killing, fighting and destroying
it."
A second, more ominous warning from him came on Feb. 23, 1998: "To
kill Americans and their allies, both civil and military, is an individual
duty of every Muslim who is able, in any country where this is possible,"
until American armies, "shattered and broken-winged, depart from all the
lands of Islam."
Then came the embassy bombings last August. American authorities say
the men who attacked the embassies in Kenya and Tanzania were controlled
by bin Laden. But they still have no clear idea how.
Despite efforts at the highest levels of the United States Government,
bin Laden and his closest associates remain isolated in Afghanistan.
It is difficult to say precisely where the criminal case against bin
Laden stands. Prosecutors have obtained unusually restrictive court orders
that bar the defendants and their lawyers from communicating with virtually
anyone.
The Case Runs Out of Steam
Publicly, at least, the case has lost momentum. While two men suspected
of being bombers were quickly apprehended, many other suspects are still
at large. The last arrest was more than six months ago. A spokesman for
the United States Attorney in Manhattan declined comment.
Now the hunt for bin Laden depends on whether the Taliban, his radical
hosts in Afghanistan, will betray him. The United States has little leverage
with the Taliban, and little fresh intelligence on how to capture bin Laden.
It has no spies in Afghanistan and little new information on precisely
how he might have instigated the deadly bombings.
"I do not have a clear picture yet of what happened when," said Prudence
Bushnell, the United States Ambassador to Kenya, who was wounded in the
bomb blast, which killed 12 of her colleagues. "I may not ever have a clear
picture of what happened when. None of us may."
This article resulted from a collaboration between The New York Times
and the PBS program ``Frontline,'' which will broadcast a documentary on
Tuesday Night about Osama bin Laden that will run on most PBS stations
at 9 o'clock. The ``Frontline'' program was based on the work of Lowell
Bergman, correspondent, Martin Smith, producer, and Orianna Zill and Ivana
Damjanov, associate producers.
Les paysans afghans s'apprêtent à faire une récolte
record d'opium (AFP, 14/4/99)
Le long des principales routes et jusque dans les hameaux les plus
reculés d'Afghanistan, le pavot est en pleine floraison, promesse
d'argent pour les paysans et casse-tête pour les agences internationales
de lutte contre la drogue."L'année dernière n'a pas été
bonne. Nous avons dû emprunter l'argent des semences aux trafiquants",
dit un fermier de la région de Saraqala (180 km au sud-ouest du
col de Khyber (la fameuse "Khyber Pass") à la frontière de
l'Afghanistan et du Pakistan."Cette fois la récolte est très
prometteuse", ajoute ce cultivateur, fier des fleurs de pavots qui forment
une mer rouge, pourpre ou blanche.Pour ces paysans, le pavot est une culture
comme une autre qui permet de nourrir leur famille. "L'année dernière
de la pomme de terre, maintenant de l'opium, peut être de l'oignon
la prochaine fois si les prix sont meilleurs", dit l'un d'eux.Shamsul Haq
Sayeed, coordinateur rural d'une agence de lutte contre la drogue des Nations
unies, souligne qu'une abondance de fleurs rouges fait plaisir aux paysans,
car elle est signe de récolte exceptionnelle. Elles indiquent que
le pavot va donner plus de résine d'opium. Il faut dix jours pour
que la fleur perde ses pétales et que le bulbe arrive à maturité.
Il est alors entaillé sur quatre côtés pour laisser
sourdre la résine liquide, blanche au départ mais qui
noircit en se figeant au contact de l'air. La scène va se répéter
de l'est au sud de l'Afghanistan pendant les deux prochains mois. Selon
le Programme des Nations unies pour le contrôle des drogues (PNUCID),
l'Afghanistan est le premier producteur d'opium au monde avec 50% de la
récolte mondiale, suivi par le Myanmar, l'ancienne Birmanie (40
%).En 1998 l'Afghanistan a produit 3.269 tonnes d'opium générant
un revenu de 105 millions de dollars pour les cultivateurs, et des milliards
de dollars pour les trafiquants des marchés occidentaux, selon le
PNUCID. L'opium est raffiné dans des laboratoires clandestins en
Afghanistan même ou en Turquie, plaque tourante du trafic vers l'Europe,
selon les experts. Les taliban, les "étudiants en théologie"
au pouvoir à Kaboul, ont interdit l'opium, qu'il mettent sur le
même plan que l'alcool. A la fin de l'an dernier ils ont fermé
deux raffineries à Jalalabad (est) et ont détruit 34 petits
laboratoires. Mais il est difficile de priver les paysans afghans de cette
source de revenu sans mettre en place des cultures du substitution. Le
PNUCID a donc lancé un programme limité d'éradication
de l'opium dans trois districts de la province de Kandahar (sud) et un
dans celle de Nangarhar (est), avec une aide à d'autres cultures.
Des essais sont faits sur l'introduction de la culture de l'oignon, des
champignons, des amandes et des abricots. Selon un des responsables du
programme, les résulats de ces projets pilotes sont satisfaisants.
"Je pense que cela peut réussir. Mais les consommateurs sont en
Occident et les gouvernements doivent couper la demande la-bas, sinon il
sera difficile d'empêcher les fermiers de continuer à y répondre",
ajoute-t-il.
Afghanistan: talibans et opposition vont entamer des négociations,
selon les Nations unies (AP, 4/3/99)
L'envoyé spécial des Nations unies a affirmé jeudi
que les différentes parties en guerre en Afghanistan avaient accepté
de se rencontrer pour tenter de trouver une solution négociée
au conflit. Lakhdar Brahimi a précisé que les talibans, qui
contrôlent environ 90% du pays, retrouveraient leurs adversaires
du nord le 10 mars en terrain neutre, dans la capitale du Turkmenistan,
Ashkabad. ``Nous appelons les deux parties à ne pas décevoir
une fois de plus le peuple afghan'', a déclaré M. Brahimi
lors d'une conférence de presse à Islamabad, capitale du
Pakistan. Il a ajouté qu'il était urgent de négocier
alors que les deux camps se préparent pour une nouvelle période
de combats après l'accalmie de l'hiver. L'envoyé des Nations
unies devait quitter l'Afghanistan vendredi pour évoquer la situation
avec les autorités iraniennes, qu'il tente de persuader, comme le
Pakistan, d'arrêter de fournir des armes aux combattants afghans
-l'Iran à l'opposition et le Pakistan aux talibans.
L'envoyé spécial des Nations Unies va rencontrer les
dirigeants afghans (AFP, 23/2/99)
L'envoyé special de l'ONU pour L'Afghanistan, Lakhdar
Brahimi, va rencontrer cette semaine les dirigeants taliban dans le cadre
de sa mission de paix en Afghanistan, ont annoncé des sources des
Nations Unies mardi à Islamabad. Le négociateur de
l'ONU se trouve à Islamabad où il a rencontré le ministre
pakistanais des Affaires étrangères Sartaj Aziz lundi pour
discuter de la situation en Afghanistan.M. Brahimi, dont c'est la 2ème
visite dans la région en cinq mois, tente d'organiser une nouvelle
réunion du "groupe des six" à Tachkent (Ouzbekistan) pour
tenter de débloquer le processus de paix en Afghanistan.
Le "groupe des six" comprend les voisins de l'Afghanistan
(Iran, Pakistan, Chine, Tadjikistan, Ouzbzkistan et Turkmesnistan) auxquels
se sont joints les Etats Unis et la Russie. L'envoyé de l'ONU
doit se rendre aussi en Iran, où il pourrait rencontrer des dirigeants
de l'opposition afghane, en Russie et d'autres pays d'Asie centrale.Les
taliban contrôlent actuellement environ 80% du pays, alors que l'opposition
du commandant Ahmed Shah Massoud est réduite à la portion
congrue du nord-est de l'Afghanistan.
La mission de M. Brahimi est de tenter de réunir
les factions afghanes dans des discussions pour instaurer la paix dans
le pays ravagé par deux décennies de guerres. Les contacts
entre les différents voisins de l'Afghanistan -- l'Iran étant
le principal soutien de l'opposition, le Pakistan celui des taliban --
se sont multipliés ces derniers temps pour sortir de l'impasse,
alors que les combats ont fait rage avant l'hiver dans le nord du pays
et risquent de reprendre au printemps.
Accroissement de la production et du trafic d'opium afghan, selon
l'ONU (AFP, 23/2/99)
L'Afghanistan est le premier pays producteur d'opium,
et sa production et le trafic qui lui est lié est en augmentation,
a affirmé un rapport des Nations Unies publié mardi à
Islamabad. Selon ce rapport, la production d'opium afghan a été,
en 1998, de 2.200 tonnes (9 % de plus que l'année précédente)
avec une surface de pavot cultivé de 63.000 hectares. Selon les
experts, 80 % de la production vient des zones sous la domination des taliban,
les "étudiants en théologie" au pouvoir à Kaboul qui
controlent plus des deux tiers du pays. "L'Afghanistan peut maintenant
fabriquer l'héroïne qui était autrefois faite au Pakistan",
a aussi affirmé Bernard Frahi, du Programme des Nations Unies pour
le Contrôle International des Drogues (PNUCID). "Le problème
a certainement augmenté", a-t-il dit. A cet égard, le jour
où l'ONU a rendu public son rapport, les taliban, toujours en quête
de reconnaissance internationale pour leur régime, ont annoncé
la mise en place d'une opération d'élimination des laboratoires
d'héroïne. Selon un reponsable taliban, Najibullah Shams, les
opérations ont commencé dans le sud-ouest de l'Afghanistan,
notamment les provinces du Helmand et de Kandahar.Najibullah Shams, qui
est secrétaire général de la Haute commission anti-drogue
des taliban, a affirmé que les opérations avaient aussi permis
de détruire 34 unités de production d'héroine dans
la province de Nagarhar (est). Le responsable du PNUCID a déclaré
pour sa part qu'il croyait que la drogue était maintenant principalement
entreposée dans le nord de l'Afghanistan, à proximité
du Tadjikistan d'où elle est écoulée vers d'autres
pays."Les trafiquants semblent avoir créé de nouvelles routes
à travers la Communauté des Etats Indépendants (qui
regroupe les anciennes républiques soviétiques) en Asie Centrale
d'où la drogue part pour le Belarus, la Russie, l'Ukraine et les
Etats baltes puis l'Europe de l'"ouest", a-t-il dit. M. Frahi a souligné
qu'alors que la production d'opium était en augmentation en Afghanistan,
elle a connu une baisse radicale de la production ces dernières
années: 25 tonnes en 1998 contre 800 tonnes en 1979. "Le Pakistan
est sur la voie de l'élimination de sa production d'héroïne",
a-t-il aussi estimé.
Oussama ben Laden interdit de communications
par les talibans (AP, 12/2/99)
Les talibans au pouvoir en Afghanistan
ont pris des mesures contre le chef terroriste présumé Oussama
ben Laden: le milliardaire saoudien, ennemi public numéro un des
Etats-Unis, ne peut plus communiquer par téléphone satellite
et n'a plus le droit de parler à la presse, a annoncé vendredi
un responsable du régime de Kaboul. ``Nous lui avons coupé
le téléphone (...) c'est une nouvelle restriction, et il
n'a pas le droit de faire des déclarations publiques'' ni de donner
des interviews, a précisé le porte-parole Wakil Ahmed Muttawakil.
En revanche, les talibans ne le remettront pas à un pays tiers,
affirmant qu'ils veulent des preuves de son implication présumée
dans des actes terroristes. Les Etats-Unis, qui veulent le juger, l'accusent
d'être derrière les attentats meurtriers du 7 août dernier
contre leurs ambassades en Tanzanie et au Kenya. Après ces attentats,
les Etats-Unis avaient tiré des missile sur une de ses bases, non
loin de Khost (160 Km de Kaboul). Avec ses trois femmes et plusieurs centaines
de partisans, Oussama ben Laden vit à Kandahar, quartier général
de l'armée islamique des taliban. Il avait à l'automne appelé
ses partisans à frapper les intérêts américains
et britanniques partout dans le monde.
Ossama ben Laden se trouverait toujours en Afghanistan (Reuter,
15/2/99)
Le dirigeant islamiste saoudien Ossama ben Laden, qui ne serait plus
en odeur de sainteté auprès des talibans, aurait échappé
à leur surveillance mais se trouverait toujours en Afghanistan.
Les autorités de Kaboul ont annoncé qu'il avait disparu la
semaine dernière de sa résidence à Kandahar, dans
le sud de l'Afghanistan, sans qu'elles l'aient le moins du monde prié
de partir et qu'elles ne savaient pas où il se trouvait. Les Etats-Unis,
qui accusent le milliardaire saoudien d'être le cerveau des attentats
sanglants d'août dernier contre leurs ambassades à Nairobi
et Dar es Salaam, avaient indirectement menacé l'Afghanistan de
nouvelles représailles s'il ne leur était pas livré.
Le mollah Mohammad Omar, chef des tabilans, a affirmé dimanche qu'il
ne savait pas où se trouvait Ben Laden, mais un dignitaire afghan,
Maulana Samiul Haq, a confié à Reuters qu'il pensait que
l'activiste était simplement entré dans la clandestinité
en Afghanistan même. "Toutes ces histoires de disparition, ce n'est
que du boniment. Je ne pense pas que les talibans lui auraient fait l'affront
de le prier de partir", a ajouté Haq, chef de la faction du parti
Jamiatul Ulema-i-Islami dont les écoles religieuses ont formé
la plupart des talibans. Le quotidien à capitaux saoudiens édité
à Londres Al-Hayat écrit lundi que Ben Laden a bien quitté
Kandahar il y a plusieurs jours en compagnie de dix hommes, dont un leader
islamiste égyptien, mais croit aussi savoir qu'il se trouve toujours
en territoire afhgan. De son côté, Abdel-Bari Atouan, rédacteur
en chef d'Al Qods al Arabi, un autre journal arabophone international,
affirme que Ben Laden s'est senti rejeté récemment par le
leader des talibans. Lorsque Ben Laden est venu le féliciter le
18 janvier dernier à l'occasion de la fête de l'Aïd el
Fitr, qui marque la fin du ramadan, le mollah Omar l'a fait patienter plus
de deux heures avant de le recevoir dans un climat glacial, croit savoir
Atouan de source proche
du Saoudien. "Ben Laden en a déduit qu'il était devenu
indésirable en Afghanisan et il a décidé de trouver
une autre lieu de résidence", ajoute-t-il. Avant même
qu'il ne s'évanouisse dans la nature, Ben Laden avait fait l'objet
d'une surveillance accrue des talibans, qui surveillaient ses visiteurs
et lui avaient confisqué son téléphone satellite.
Les forces anti-taliban ont repris l'offensive dans le Nord (AFP,
17/1/99)
Les troupes de l'opposition anti-taliban commandée par Ahmed
Shah Massoud ont repris l'offensive dans le nord et le centre de l'Afghanistan
et se sont emparées de deux localités stratégiques,
ont annoncé dimanche diverses sources indépendantes. Selon
des sources humanitaires, l'opposition anti-taliban s'est emparée
de Shirin Tagab, au nord de Maimana (province de Faryab, nord-ouest), coupant
ainsi un important axe d'approvisionnement de la milice musulmane intégriste
au pouvoir à Kaboul. D'autre part, un porte-parole du commandant
Massoud, le dr Abdullah, a annoncé la prise de Yakawlang, une ville
qui commande l'accès à Bamyan, le chef-lieu du Hazarajat
(centre). "L'opposition vient de capturer Shirin Tagab et nous avons des
informations selon lesquelles de violents combats se déroulent dans
la région", a indiqué le responsable d'une organisation humanitaire.
La localité est sur l'une des seules voies de communication entre
Hérat, la principale de ville de l'Ouest, sous contrôle taliban,
et Mazar-i-Sharif (nord), l'ancienne "capitale" de l'opposition capturée
par la milice religieuse en août dernier. Selon un analyste, le commandant
Massoud semble vouloir profiter de la période de l'Aïd el-Fitr
qui marque la fin du ramadan, le mois de jeûne des musulmans, pour
avancer ses positions. "Ordinairement, il s'agit d'une période de
trêve, mais peut-être que Massoud veut l'utiliser à
son avantage", a suggéré l'analyste.Le chef des taliban,
le mollah Mohamed Omar, avait recémment annulé les permissions
des miliciens pour cette fête, l'une des plus importantes de la religion
musulmane. Le commandant Massoud, le dernier chef de guerre afghan de renom
à se battre encore contre les taliban, a lancé récemment
des offensives dans le nord-ouest et le centre du pays, après une
serie d'offensives réussies dans le Nord-Est, qui lui ont permis
de desserrer l'étau que faisait peser la milice contre son bastion
tadjik. En juillet et août derniers, la milice intégriste
avait pris le contrôle de tout le Nord-Ouest et le nord du pays,
qui était auparavant le bastion du chef de guerre ouzbèk
Abdul Rachid Dostam. Les taliban s'étaient ensuite emparés
du Hazarajat (constitué en gros par la province de Bamyan) qui était
jusque là contrôlé par le Hezb-i-Wahdat des Hazaras
chiites, la troisième composante de l'opposition armée. Yakawlang,
où les combats ont éclaté samedi, selon M. Abdullah,
avait déjà était prise par des troupes de l'opposition
en décembre, mais celles-ci n'avaient pu s'y maintenir en raison
de différends entre diverses factions.
L'hiver s'annonce terrible pour la minorité chiite d'Afghanistan
(AFP,
2/1/99)
Les 13 membres de sa famille ne mangent que deux fois par jour:
le matin du thé et du pain, le soir des patates dans un peu de graisse.
``Regardez autour de vous, nous n'avons rien'', lance Ali Jan, paysan hazara,
membre de cette minorité chiite
d'Afghanistan. Les hivers sont rudes dans le Hazarajat, région
montagneuse isolée dans le centre de l'Aghanistan, dans la province
de Bamyan, où vivent bon nombre de chiites --15% de la population
de ce pays à majorité sunnite dirigé par les talibans,
pachtouns pratiquant une version extrêmement dure de l'Islam. Mais
cette année, les effets de la guerre civile et le retard des pluies
ont encore empiré les choses.
Selon Susan Manual, du Programme alimentaire mondial de l'ONU, installé
au Pakistan voisin, disette et malnutrition menacent au Hazarajat. Le PAM
a donc mis en oeuvre un programme de livraison de céréales.
Pour acheter des vivres, les plus riches ont vendu leurs rares moutons,
se privant donc de la laine et des peaux qui leur permettaient d'affronter
le froid. A Almasad, explique Mohammed Hasan, 70 ans, dix villageois
sont morts de malnutrition ces derniers mois. Les gens mangent désormais
les plantes qu'on ne donnait autrefois qu'aux bêtes.
Amna Bibi a marché cinq heures en portant son fils malade et
dénutri, jusqu'au dispensaire le plus proche. Là, il n'y
avait rien: le médecin ``ne m'a donné que des cachets et
quelques jours plus tard mon fils était mort''. Cultivées
en terrasses, les céréales n'ont pas eu assez d'eau, en raison
de pluies tardives. Les routes sont détruites à cause des
violents combats entre les talibans au pouvoir à Kaboul et l'opposition
nordiste, empêchant les Hazaras de commercer, d'être ravitaillés,
d'emmener leurs blessés et leurs malades à la capitale.
L'Iran chiite a accusé les talibans de persécuter les
Hazaras et les Nations unies ont promis d'enquêter, dans ce pays
où il leur est si difficile de travailler. Lors de la chute du bastion
de l'opposition nordiste, Mazar-I-Charif, tombé en août, les
talibans y auraient massacré de centaines de Hazaras. Mais dans
la province de Bamyan, les Hazaras disent ne pas souffrir de persécutions.
La seule chose qu'ils souhaitent, c'est la fin des combats:``si les talibans
amènent la paix, c'est cela que nous voulons'', dit Qasim. Et avec
elle, l'ouverture de la route de Kaboul, qui leur donnerait accès
à ce dont ils ont tant besoin, le commerce et la nourriture.
Prières pour la pluie en Afghanistan (AFP, 1/1/99)
A l'appel du chef suprême de la milice islamique des Talibans,
le mollah Mohammed Omar, des milliers d'Afghans ont prié
vendredi pour qu'averses de pluie et chutes de neige viennent mettre
fin à la sécheresse qui règne sur le pays. L'absence
de précipitations cet hiver risque de créer des pénuries
d'eau cet été, menaçant les prochaines récoltes.
Nombre de résidents de Kaboul ont donc fermé boutiques et
bureaux pour se rendre dans le désert de Bagrami aux abords de la
capitale afghane, pour des prières dirigées par les principaux
responsables talibans. Les Talibans, musulmans sunnites, qui se sont emparés
du contrôle de 90% du territoire afghan, ont imposé un régime
fondé sur l'application intégriste de la loi islamique.
Malheur aux barbes entretenues (Reuters, 30/12/98)
Les Afghans qui entretiennent leur barbe avec zèle sont devenus
la cible de la police des talibans, ont rapporté mercredi des habitants
de Kaboul. Depuis le début du ramadan, voici 12 jours, des dizaines
d'hommes ont été jetés en prison pour ce forfait.
"Nous avons dit et répété aux gens de se soumettre
aux règles, mais certains font la sourde oreille et les emprisonner
est justifié, parce qu'ainsi nous voulons les rééduquer
spirituellement", a déclaré le chef de la police religieuse.
Les Talibans, qui ont rendu obligatoire le port de la barbe après
leur arrivée au pouvoir en 1996, contrôlent désormais
90% de l'Afghanistan et se targuent d'avoir instauré l'Etat où
l'islam est le plus purement appliqué.
Ils ont ainsi interdit aux jeunes filles de recevoir une éducation,
empêché les femmes de travailler hors de chez elle, à
l'exception du secteur médical. En outre, les femmes doivent porter
une "bourka" qui les enveloppe de la tête aux pieds; les hommes ne
doivent absolument pas s'habiller à l'européenne. Les hommes
jugés coupables d'avoir taillé leur barbe sont emprisonnés
pour dix jours. La rigueur des talibans s'applique également aux
Afghans revenant de l'étranger. La majeure partie sont incarcérés
dans la prison de Pouli Charkhi, de sinistre notoriété, où
jadis le pouvoir communiste persécutait ses opposants islamistes.
Les taliban contrôlent désormais la quasi-totalité
de l'Afghanistan (AF¨P, 17/12/98)
Les intégristes musulmans taliban ont pris le contrôle
de la quasi-totalité de l'Afghanistan en 1998
après avoir défait plusieurs mouvements de l'opposition,
mais ils attendent toujours une reconnaissance internationale de leur régime
islamique ultra-rigoureux. Cette reconnaissance se heurte à un dossier
des droits de l'Homme particulièrement difficile à défendre,
notamment après les massacres par la milice intégriste de
plusieurs milliers de civils dans le nord du pays en août dernier.
L'été avait pourtant d'abord été favorable
à la milice des "étudiants en théologie" au pouvoir
à Kaboul qui, au cours d'une vaste offensive, s'était emparée
d'une grande partie du territoire de l'opposition. En juillet et août,
profitant de ralliements de commandants de milices locales, les taliban
ont, en effet, investi le nord-ouest et le nord, balayant d'abord les forces
ouzbèkes du général Abdul Rachid Dostam.
Ainsi, le 8 août, la milice intégriste a pris Mazar-i-Sharif,
qui était la "capitale" de la coalition du nord. Dans les jours
suivants, selon les organisations internationales, les taliban y ont massacré
entre 5.000 et 8.000 civils de l'ethnie Hazara -- hommes, femmes et enfants
-- tués par balles, égorgés ou étouffés
dans des conteneurs. Le 20 septembre, les taliban ont occupé la
ville de Bamyan (centre du pays), le quartier général du
Hezb-i-Wahdat de Karim Khalili, le principal mouvement des Hazaras chiites
soutenus par l'Iran. Ce dernier pays a exercé à ce moment-là,
une très forte pression en déployant à proximité
de la frontière afghane près de 200.000 militaires, officiellement
pour des maoeuvres en riposte, selon Téhéran, à l'assassinat
par les taliban de huit diplomates et un journaliste iranien à Mazar
dans les jours qui ont suivi la capture de la ville. Les forces du commandant
Ahmed Shah Massoud ont dès lors pu reprendre dans le nord-est, le
bastion tadjik, les territoires conquis par la milice intégriste
sur la lancée de ses victoires d'août. Massoud, le dernier
chef militaire de renom à combattre encore les taliban, est même
passé à l'offensive en octobre et tente actuellement de prendre
la province de Kunduz, une région principalement peuplée
de Pachtouns -- l'ethnie de la quasi-totalité des miliciens intégristes
taliban -- et qui constitue leur point d'appui principal dans le nord.
Toutefois, ces victoires ne remettent pas en cause, pour le moment,
le rapport de force entre l'opposition et les taliban qui contrôlent
80% du pays. Même si quelques révoltes, en décembre,
dans des zones du nord et du nord-ouest semblent indiquer la difficulté
à assurer une mainmise durable sur cette partie non-pachtoune du
pays. Mais ces gains militaires n'ont pu empêcher une nouvelle déconfiture
des taliban aux Nations unies, où le régime de l'ancien président
Burhanuddin Rabbani s'est vu une nouvelle fois attribuer le siège
de l'Afghanistan deux ans après avoir été renversé
par les taliban (27 septembre 1996). 1998 a même été
une année d'un plus grand isolement du régime intégriste
-- uniquement reconnu par le Pakistan, l'Arabie saoudite et les Emirats
-- dans la mesure où l'ONU a retiré son personnel expatrié
après le meurtre de l'un d'entre eux à kaboul le 21 août
et le départ des organisations humanitaires non gouvernementales
(ONG) quelques semaines auparavant. Le 8 décembre, le Conseil de
sécurité de l'ONU a voté une résolution sur
d'éventuelles sanctions contre les taliban si ceux-ci n'instaurent
pas un cessez-le-feu, s'ils ne mettent pas fin à la prodution de
drogues (surtout l'opium) ou bien encore aux discriminationx contre les
femmes.
Afghanistan-ONU : Taliban: interdiction de la drogue contre une reconnaissance
par l'ONU (AFP, 9/12/98)
ONU-Afghanistan : Le Conseil de sécurité menace les
taliban d'éventuelles sanctions (AFP, 9/12/98)
Afghanistan-USA : Les taliban craignent des tentatives américaines
pour "liquider" ben Laden (AFP, 7/12/98)
Afghanistan-combats : Les combats diminuent en Afghanistan, où
118 prisonniers sont libérés
(AFP, 6/12/98)
Afghanistan-taliban : Les taliban annoncent la libération
de 118 partisans de Massoud (AFP, 5/12/98)
Afghanistan-combats : Combats sporadiques et tentative de réunification
de l'opposition (AFP, 5/12/98)
Afghanistan-Russie-Laden : Ben Laden s'apprêterait à
se réfugier en Tchétchénie, selon un journal (AFP,
5/12/98)
Afghanistan-combats : Combats sporadiques dans le nord de l'Afghanistan
(AFP,
5/12/98)
Afghanistan-séisme : Fort tremblement de terre à Kaboul
(AFP,
4/12/98)
ONU-Afghanistan : Menaces de sanctions contre les taliban en discussions
à l'ONU (AFP, 3/12/98)
Iran-Afghanistan-drogue : L'Iran presse les taliban de mettre fin
au trafic de drogue (AFP, 3/12/98)
Afghanistan-USA-Laden : Ben Laden: un prétexte pour que les
USA restent dans le Golfe, selon Kaboul
(3/12/98)
Iran-Afghanistan : M. Kharazi: les responsables des meurtres des
Iraniens doivent être punis (AFP, 3/12/98)
Afghanistan-combats : Soulèvements antitaliban dans le nord,
selon l'opposition afghane (AFP, 3/12/98)
ONU-Afghanistan : Les forces d'opposition afghanes "largement éliminées",
selon M. Annan (AFP, 2/12/98)
Yémen-Afghanistan : Un religieux yéménite dément
avoir rencontré Oussama ben Laden (AFP, 2/12/98)
Afghanistan-combats : Poursuite de l'offensive de Massoud contre
les taliban (AFP, 30/11/98)
Afghanistan-Yémen : Rencontre d'ouléma yéménites
avec Oussama ben Laden (al-Hayat)
(AFP, 30/11/98)
Iran-Afghanistan : Téhéran demande aux taliban de
châtier les meurtriers d'Iraniens (AFP, 29/11/98)
Afghanistan-combats : Massoud bombarde l'aéroport de Kaboul
et progresse dans le nord (AFP, 28/11/98)
ONU-Afghanistan : Les taliban ont ouvert des "camps de concentration",
selon l'opposition (AFP, 25/11/98)
Iran-Afghanistan : Téhéran annonce la
libération du dernier Iranien détenu par les taliban
(AFP,
25/11/98)
Afghanistan-opposition : Poursuite des combats dans le nord et libération
de prisonniers à Kaboul
(AFP, 24/11/98)
Afghanistan-combats : Violents combats dans le nord de l'Afghanistan
(AFP, 23/11/98)
Afghanistan-combats : Offensive des taliban dans le nord de l'Afghanistan,
selon AIP (AFP, 22/11/98)
Afghanistan-Laden : Les taliban réitèrent leur soutien
à Oussama ben Laden (AFP, 20/11/98)
Afghanistan-Arabie-USA : Les taliban veulent normaliser avec Ryad
et nouer des relations avec Washington (19/11/98)
Afghanistan-USA-Laden : Terrorisme: les taliban attendent toujours
des preuves impliquant ben Laden (AFP, 19/11/98)
Iran-Afghanistan : Une "mission technique" iranienne en Afghanistan
(AFP, 17/11/98)
Afghanistan-combats : Les forces du commandant Massoud ont pris
le district de Nejrab (AFP, 17/11/98)
Afghanistan-combats : Violents combats pour le contrôle de
routes stratégiques dans le nord (AFP, 16/11/98)
Edition-Afghanistan : Massoud l'Afghan: portrait d'un combattant
(AFP, 16/11/98)
Afghanistan-combats : Les forces du commandant Massoud affirment
avoir repris deux districts (AFP, 14/11/98)
Afghanistan-trêve : Trêve d'une semaine entre les taliban
et Massoud, selon AIP (AFP, 13/11/98)
Afghanistan-combats : Plus de cent civils tués par les taliban,
selon l'opposition (AFP, 12/11/98)
Afghanistan-combats : Les forces anti-taliban reprennent des positions
dans le nord (AFP, 12/11/98)
Afghanistan-combats : Un journaliste confirme l'offensive des Taliban
en direction de Taloqan (AFP, 11/11/98)
Afghanistan-USA : Le nouveau ton menaçant des taliban contre
les Etats-Unis (AFP, 10/11/98)
Afghanistan-USA-Laden : Menace des taliban contre les Etats-Unis
à propos de ben Laden (AFP, 10/11/98)
Iran-Afghanistan : M. Kharazi: le conflit entre l'Iran
et les taliban n'est pas terminé (AFP, 7/11/98)
France-Afghanistan-ONG : ACF reprendra ses activités en Afghanistan
à certaines conditions (AFP, 6/11/98)
Afghanistan-USA : Les taliban prêts à juger Ben Laden
en Afghanistan (AFP, 6/11/98)
ONU-Afghanistan : Pas de progrès en Afghanistan sans
une coopération régionale, selon l'ONU
ONU-Afghanistan : Mazar-i-Sharif: un rapport de l'ONU sur
la "folie meurtrière" des taliban (AFP, 5/11/98)
Afghanistan-ONU : Une agence de l'ONU proteste contre les confiscations
des Taliban (AFP, 5/11/98)
Afghanistan-USA : Les taliban critiquent l'offre des Etats-Unis
pour la capture de ben Laden (AFP, 5/11/98)
ONU-Afghanistan : Proposition pour une surveillance des droits
de l'Homme en Afghanistan (AFP, 5/11/98)
Énergie L'américain Unocal suspend son projet de gazoduc
en Afghanistan (La Tribune, 25/8/98)
L'américain Unocal, leader d'un consortium gazier au Turkménistan,
a suspendu un projet de construction d'un gazoduc en Afghanistan, «
vu les conditions politiques », selon un porte-parole du groupe.
Ce gazoduc de 1.271 kilomètres et d'un coût proche de 2 milliards
de dollars doit relier les gisements gaziers de Davletabad (sud-est du
Turkménistan) à la ville de Multan, dans la province du Punjab
(centre du Pakistan). Le projet associe notamment à Unocal (36,5
%), le saoudien Delta Gas Pipeline (15 %) et le russe Gazprom.
Le Congrès américain se prépare à enterrer
la clause dite « de la nation la plus favorisée » (MFN),
terminologie qui désigne en réalité les pays avec
lesquels Washington entretient des relations commerciales normales. Une
sous-commission de la commission des Voies et Moyens vient en effet d'intégrer,
au sein d'une proposition législative traitant de la réforme
du fisc, une résolution abolissant ce terme controversé
et le remplaçant par le terme « relations normales de commerce
» (NTR). « Le peuple américain a le droit de comprendre
que le statut de nation la plus favorisée signifie simplement un
statut commercial normal », explique dans un communiqué le
président de la commission Bill Archer. Le renouvellement de la
clause MFN à la Chine entraîne chaque année un débat
houleux au Congrès, les législateurs hostiles à Pékin
ayant beau jeu de faire valoir auprès de l'opinion publique qu'un
gouvernement responsable d'atteintes aux droits de l'homme ne mérite
pas la clause de « nation la plus favorisée ». La commission
des voies et moyens relève que six pays seulement se sont vu refuser
la clause MFN : l'Afghanistan, Cuba, le Laos, la Corée du
Nord, le Vietnam et la Yougoslavie. (La Tribune, 26/6/98) |