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R&D
Liste des sanctions américaines contre la Corée du
Nord (AFP, 17/9/99)
Les Etats-Unis ont annoncé vendredi un assouplissement des
sanctions pesant depuis 50 ans sur la Corée du Nord. Seules certaines
d'entre elles vont être atténuées tandis que d'autres
restent en vigueur.Voici la liste des sanctions que le département
américain du Commerce va commencer à assouplir dans les prochains
mois:
- l'importation de la plupart des marchandises et des matières
premières nord-coréennes
- l'exportation et la réexportation de la plupart des marchandises
non-sensibles et des services de sociétés américaines
et de leurs filiales étrangères (biens de consommation, services
financiers, investissements dans des secteurs industriels non-sensibles)
- investissement dans des secteurs comme l'agriculture, le secteur
minier, le pétrole, le bois, les transports, les infrastructures
(routes, ports, aéroports), voyage/tourisme
- envoi de fonds de ressortissants américains à des ressortissants
nord-coréens
- transport de marchandises non-sensibles vers et depuis la Corée
du Nord par des avions ou navires américains
- vols commerciaux entre les Etats-Unis et la Corée du Nord
Mais les sanctions imposées à la Corée du Nord
du fait que ce pays est considéré comme un Etat terroriste
par Washington restent en vigueur:
- l'exportation sans autorisation spéciale de marchandises ou
de technologies sensibles figurant sur une liste spéciale établie
par la loi
- l'assistance au développement
- le soutien aux prêts demandés par Pyongyang aux institutions
financières internationales
- l'absence de droits de douane pour les exportations vers les Etats-Unis
- transactions financières entre des ressortissants américains
et le gouvernement nord-coréen sauf autorisation du secrétaire
au
Trésor
- les demandes de crédit d'impôts pour des revenus perçus
en Corée du Nord
- les restrictions concernant la technologie des missiles restent aussi
en vigueur, comme les mesures concernant la
non-prolifération des armements.
Clinton assouplirait les sanctions contre Pyongyang sous peu (Reuters,
15/9/99)
Le président Bill Clinton pourrait assouplir dès cette
semaine les sanctions économiques affectant la Corée du Nord
depuis près d'un demi-siècle, a déclaré mercredi
un responsable américain. "Il est très possible que le président
annonce quelque chose cette semaine", a dit le responsable à Reuters.
Il a précisé que cette initiative autoriserait les virements
bancaires entre les deux pays, débloquerait les échanges
commerciaux et permettrait les escales de navires marchands, mais en soulignant
que les Etats-Unis restaient défavorables aux prêts internationaux
au régime staliniste nord-coréen ainsi qu'aux transferts
de technologie ou à l'assistance extérieure. La secrétaire
d'Etat Madeleine Albright et le conseiller américain à la
sécurité nationale, Sandy Berger, ont recommandé un
assouplissement des sanctions après que la Corée du Nord
eut pris l'engagement de geler ses essais de missiles balistiques à
longue portée, ceci lors de pourparlers bilatéraux visant
à améliorer les relations entre Washington et Pyongyang.
La Corée du Nord rejette les appels à la coopération
(AFP,
1/6/99)
La Corée du Nord a rejeté mardi les appels internationaux
à la coopération, jugeant vital de mettre en place "une moustiquaire"
sociale capable de protéger la survie de l'Etat socialiste.
Dans un long article publié par le journal nord-coréen Rodong
Sinmun et le magazine Kulloja, intitulé "Rejetons l'empoisonnement
impérialiste idéologique et culturel", les autorités
de Pyongyang estiment que l'impérialisme tente de diffuser "ses
idées corrompues pour dominer le monde". "Notre peuple
entend empêcher le capitalisme de trouver son chemin dans notre saine
société", indique l'article, diffusé par l'agence
de presse nord-coréenne (KCNA). "Il est impératif
d'installer une moustiquaire dans tous les départements de la vie
sociale. Il est important d'obstruer par dessus tout les canaux par lesquels
le poison impérialiste idéologique et culturel peut s'infiltrer",
poursuit l'article.
Relations internationales
La Corée du Nord s'ouvre à l'Américaine Madeleine
Albright. (Libération, 24Oct2000)
La secrétaire d'Etat et Kim Jong-il abordent le dossier
missiles.
Washington de notre correspondant La Corée du Nord sort
de plus en plus de son isolement. Hier, Madeleine Albright a entamé
la première visite d'un secrétaire d'Etat américain
dans cette redoute communiste quelques jours après que plusieurs
pays européens, dont la Grande-Bretagne et la Belgique, eurent annoncé
qu'ils ouvraient des ambassades à Pyongyang. La mission de la secrétaire
d'Etat, qualifiée d'«historique» par son porte-parole
est d'autant plus importante qu'elle pourrait annoncer une visite de Bill
Clinton en Corée du Nord dès la fin novembre. Autant de signes
qui confirment que le régime de Pyongyang, longtemps enfermé
dans le plus rigide des despotismes, rejoint à grand pas la communauté
internationale après avoir entamé un processus de réconciliation
avec Séoul. Il reste, selon les Américains, que « beaucoup
de questions doivent être discutées,
beaucoup de problèmes doivent être évoqués».
Dès son arrivée hier, Mme Albright a ainsi rencontré
pendant trois heures Kim Jong-il, le leader nord-coréen, fils du
légendaire Kim Il-sung. Les deux parties ont refusé de donner
la moindre indication sur leurs discussions qui se prolongeront aujourd'hui,
mais la question du programme nord-coréen de construction de missiles
intercontinentaux a été au centre des négociations.
Washington redoute que la Corée du Nord ait la capacité de
frapper le sanctuaire américain ainsi que ses alliés en Asie.
Les Etats-Unis se sont plusieurs fois élevés contre les ventes
de missiles nord-coréens notamment à l'Iran et à la
Syrie et ont placé, depuis 1988, la Corée du Nord sur la
liste des Etats «terroristes» après que des agents de
Kim Il-sung eurent fait exploser un Boeing des lignes sud-coréennes.
Malgré ce lourd passif, les relations entre Washington et Pyongyang
se sont progressivement améliorées. Avec la bénédiction
de Washington, les leaders des deux Corées se sont rencontrés
cette année, et la Corée du Nord, confrontée à
une terrible crise alimentaire, a jeté du lest. Elle s'est ainsi
engagée à suspendre ses essais de missiles.
Kim Il-sung franchit le 38e parallèle (Le
Monde, 16/6/2000)
Il y a cinquante ans, la Corée
du Nord envahissait la Corée du Sud dont les Américains venaient
de se retirer. Revenus en force sous la bannière de l'ONU, les Etats-Unis
envisagèrent de recourir à l'arme atomique après l'entrée
en guerre de la Chine.
Mis à jour le mardi 13 juin
2000
LE 25 juin 1950 commence,
sans qu'on s'en doute, le plus violent des conflits de la guerre froide.
Résultat d'erreurs de calcul en série, la guerre de Corée
fut le premier des grands affrontements armés à caractère
foncièrement idéologique entre l'Est et l'Ouest, même
si la motivation profonde d'un de ses principaux protagonistes, la Chine,
relevait au moins autant de l'intérêt stratégique que
du parti pris politique.
L'affaire remonte à ce chantier
en ruine qu'est l'Extrême-Orient au jour de la capitulation, le 15
août 1945, du Japon terrassé par les bombes atomiques américaines.
En février 1945, à Yalta, les « Trois » (Roosevelt,
Churchill, Staline) s'étaient mis d'accord, dans le partage du monde
auquel ils s'étaient livrés en prévision de l'après-guerre,
sur
le fait qu'une fois l'empire du Soleil-Levant vaincu, la Corée serait
provisoirement partagée entre deux forces d'occupation chargées
de désarmer ses troupes, l'une américaine, l'autre soviétique,
respectivement au Sud et au Nord du 38e parallèle à travers
la péninsule. Puis viendrait la constitution d'un gouvernement coréen
unique dans cette colonie annexée par le Japon en 1910. La concorde
de façade entre vainqueurs de la deuxième guerre mondiale
ne laissait pas présager de nouveaux drames aux Coréens.
Au contraire, eux qui venaient de subir la dure loi nippone pendant un
demi-siècle pouvaient espérer bénéficier d'un
arrangement international les restaurant dans une souveraineté contestée
depuis la fin du XVIe siècle (la Corée était devenue
un royaume tributaire de l'empire de Chine).
C'était sans compter avec l'affrontement
naissant dans le camp des vainqueurs de la guerre et l'obstination de Staline
à dessiner une carte du monde à son avantage au nom de la
« libération des peuples ». Le 12 août 1945, sans
attendre la capitulation nippone, les troupes soviétiques ont fait
leur entrée dans le nord de la péninsule. Les troupes américaines
les imitent, au sud, à partir du 8 septembre. Jusqu'en décembre,
Moscou donne l'impression de jouer le jeu. Une commission russo-américaine
est formée pour mettre en place un régime élu en Corée.
Mais, au printemps de 1947, les Etats-Unis tirent le bilan négatif
de ses travaux : là, comme en Europe, Staline semble décidé
à faire pièce aux volontés occidentales en matière
de reconstruction dans la démocratie. Déjà, Moscou
avait interdit à la Pologne et à la Tchécoslovaquie
de se joindre à la mise au point avec l'Amérique du plan
Marshall de reconstruction de l'Europe, inspirant à Raymond Aron,
dans Le Figaro, cette remarque amère et encore bien optimiste
: « Pour quelques mois ou quelques années, le rideau de
fer séparera deux univers. »
En Asie comme en Europe, les démocraties
rétablies allaient échouer à mettre en oeuvre l'injonction
lancée à titre privé par un Churchill à la
retraite politique, dans son discours de Fulton (Missouri) un an plus tôt,
le 5 mars 1946 : il faut, disait-il, établir « dans tous
les pays, aussi rapidement que possible, les prémices de la liberté
et de la démocratie ». Churchill avait ajouté :
«
J'ai appris, pendant la guerre, à connaître nos amis et alliés
russes ; je suis convaincu qu'il n'y a rien au monde qu'ils admirent autant
que la force, et rien qu'ils respectent moins que la faiblesse militaire.
» C'est bien la faiblesse militaire du camp américain
que Moscou allait exploiter à fond en Corée.
L'URSS boycotte les Nations unies.
L'Assemblée générale, saisie du dossier coréen,
crée, le 14 novembre, une commission chargée d'organiser
les élections dans la péninsule. Jamais celle-ci ne pourra
mettre pied dans le Nord. Au Sud, Washington va de l'avant. Un scrutin
douteux (mais validé par l'ONU), en mai 1948, donne la victoire
à Syngman Rhee, ancien agitateur antijaponais et antimonarchiste,
exilé depuis 1912 à Hawaï, devenu conservateur nationaliste.
Celui-ci, le 19 juillet, proclame la fondation de la République
de Corée à Séoul, et en devient le président.
Entre-temps, le 25 juin, en Europe, a commencé le blocus de Berlin
par l'Union soviétique, suivi de la riposte occidentale, le pont
aérien de ravitaillement de l'ex-capitale occupée. L'heure
est désormais à l'affrontement.
En Mandchourie, ce Nord-Est de la
Chine voisin de la Corée que le Japon avait autrefois incorporé
à son empire, le nationaliste chinois Tchang Kaï-chek perd
bataille sur bataille devant les forces communistes d'un des brillants
stratèges de Mao, Lin Biao. Consternés, les Américains
voient l'armement qu'ils avaient fourni à des divisions nationalistes
entières passer dans le camp communiste. Le 9 septembre, au simulacre
électoral opéré par les Américains dans le
sud, l'Union soviétique répond, dans le nord de la Corée,
par une farce à sa manière : des élections portent
au pouvoir un certain « général Kim Il-sung »,
un ancien résistant communiste replié en URSS au début
des années 40, peut-être usurpateur du nom d'un authentique
combattant coréen. Dans le dos des résistants antijaponais
authentiques de Corée (nationalistes et communistes), Staline impose
un homme qui lui doit tout et qui devient le maître absolu d'une
« République populaire démocratique » comme Moscou
en a le secret.
Dans la foulée, l'URSS annonce
qu'elle retirera ses troupes de Corée à échéance
du 1er janvier 1949. Washington n'y croit guère, mais les «
colombes » américaines dictent encore sa politique ; le 1er
janvier, les Etats-Unis entament leur propre retrait de Corée du
Sud. Que l'Amérique, qui savait la jeune armée sud-coréenne
incapable de se défendre, ait pu par ce départ miser sur
une bonne foi moscovite semble, de nos jours, ahurissant. Mais la tendance
du moment est à un désengagement américain des conflits
sur le théâtre asiatique. La débâcle en cours
en Chine pour le généralissime mégalomane Tchang Kaï-chek
n'incite pas Capitol Hill à beaucoup de clairvoyance. Pour Washington,
la paix mondiale est à construire à partir de l'Europe :
le 4 avril 1949, onze pays se sont joints aux Etats-Unis dans le pacte
atlantique garantissant leur défense mutuelle en cas d'agression.
La fermeté face à l'URSS sur des théâtres lointains
de l'Europe a d'autant moins bonne presse que surgit sur la scène
internationale le spectre de la destruction mondiale. Le 23 septembre 1949,
Truman annonce que Moscou a fait exploser sa première bombe atomique
le 14 juillet. Le mouvement pacifiste, en Europe de l'Ouest, pétitionne
à qui mieux mieux contre la diabolique trouvaille de la dissuasion
nucléaire.
En Asie, les choses vont en se précipitant
: Tchang Kaï-chek perd sa guerre contre Mao, se replie, en décembre
1949, à Taïwan. A Pékin, cinq ans après Ho Chi
Minh au Vietnam, Mao proclame à son tour l'avènement d'un
régime marxiste. La nouvelle Chine rouge conquiert son « far
West » d'Asie centrale, envahit le Tibet. Aucune capitale occidentale
ne bronche, à la déception de l'Inde, indépendante
depuis seulement trois ans.
En Corée, Kim Il-sung force-t-il
alors la main de Staline, ou bien celui-ci envoie-t-il son protégé
coréen à l'aventure ? Toujours est-il que les forces nord-coréennes
franchissent, le 25 juin 1950, le 38e parallèle en direction de
Séoul, qu'elles prendront trois jours plus tard. L'armée
sudiste s'effondre. En quelques jours, elle est repoussée jusqu'à
Pusan, à l'extrême sud de la péninsule.
LA stupéfaction frappe
Washington. Dès le 27 juin, Truman ordonne aux forces américaines
de soutenir la Corée du Sud et de protéger Taïwan. Le
3 juillet, Washington obtient de l'ONU un habillage juridique permettant
la composition d'une force internationale, essentiellement composée
des alliés occidentaux des Etats-Unis, qui est placée sous
le commandement du général Douglas MacArthur, chef des troupes
américaines d'occupation du Japon, lequel réclamait depuis
quatre ans qu'on se soucie des tentatives de poussées militaires
communistes en Asie.
Un débarquement américain
risqué à Inchon, le port de Séoul, sauvera la situation
en septembre, permettant aux forces de l'ONU de reprendre pied sur la péninsule,
de reconquérir le Nord. Une guerre d'une intensité rare menace
de provoquer un nouveau conflit mondial : quand la Chine qui en avait
prévenu se jette, en novembre 1950, dans la bataille, Truman
envisage l'emploi de la bombe atomique. En trois ans, le conflit entre
communisme et anticommunisme en Corée va faire 2,5 millions de morts,
des millions de sans-abri, de personnes déplacées, d'orphelins...
Le bilan le plus lourd est pour la Chine : près d'un million de
morts parmi ses « volontaires » envoyés en vagues humaines
sous le déluge des batteries d'artillerie.
Pourquoi Mao s'est-il lancé
dans ce conflit, à peine un an après avoir conquis son pays
? Les échanges qu'il eut avec Staline, rendus publics après
l'effondrement de l'URSS, permettent de comprendre que le chef soviétique
avait promis aux troupes chinoises une couverture aérienne qui ne
se matérialisa pas. Ainsi le Géorgien, méfiant envers
Mao, pensait ancrer définitivement la Chine dans son camp idéologique
anti-américain. Mais pour le Chinois, la question coréenne
prenait une autre signification : la péninsule, ancien vassal du
trône chinois, ne pouvait être laissée sous la domination
exclusive de la puissance occidentale.
Les deux Kim et les deux Corées se rencontrent à Pyongyang
(Reuters,
13/6/2000)
Le numéro un nord-coréen Kim Jong-il est venu en personne
accueillir à l'aéroport de Pyongyang le président
sud- coréen Kim Dae-jung où les deux hommes ont ensuite entamé
leur sommet, première rencontre à un tel niveau depuis la
partition de la péninsule coréenne après la Seconde
Guerre mondiale.
Vêtu d'une tenue beige martiale et prolétarienne, Kim
Jong-il s'est avancé sur le tapis rouge de l'aéroport et
les deux chefs d'Etat ont échangé une poignée de mains
avant d'inspecter une garde d'honneur. Le "grand dirigeant" nord-coréen,
fils de Kim Il-sung, faisait là l'une de ses rares apparitions en
public.
Il s'agit d'ailleurs, pense-t-on, de la première visite d'un
chef d'Etat à Pyongyang depuis que Kim Jong-il a succédé
à son père en 1994.
Le chef de l'Etat sud-coréen est accompagné de son épouse
et d'une délégation de 130 responsables et hommes d'affaires
et de cinquante journalistes, tous sud-coréens, les correspondants
étrangers n'ayant pas été admis.
Les deux chefs d'Etat ont ensuite quitté l'aéroport Sunan
de Pyongyang à destination de la résidence d'Etat de Baekhwawon
dans la capitale. Le cortège a suivi les boulevards sous les vivats
de la foule.
"Le temps radieux à Pyongyang et à Séoul semble
bien augurer du succès du sommet", a déclaré Kim Dae-jung
lors d'une conversation avec son hôte, devant les caméras,
avant d'avoir un entretien avec lui à huis clos. "Une fois de plus,
j'aimerais vous remercier de m'avoir invité. Je suis sans mot, comblé
de joie et de bonheur", a-t-il ajouté.
L'entretien n'a duré que 27 minutes, mais, comme l'avait dit
Kim Dae-jung avant de quitter Séoul, l'importance de ce sommet tient
avant tout au fait qu'il a lieu.
"Le fait que Kim Jong-il était venu à l'aéroport
a été une surprise", a déclaré à Reuters
à Séoul Sung Chang-kee, directeur général du
service presse étrangère de l'Agence gouvernementale d'information.
"Et il était vraiment inattendu qu'il monte à bord de
la même voiture que le président Kim Dae-jung", a-t-il ajouté.
La télévision a montré des dizaines de milliers
de personnes le long des rues, applaudissant avec enthousiasme et agitant
des azalées - en plastique -, la fleur symbole de la Corée
du Nord.
"Ecarter les menaces de guerre"
A un moment, Kim Dae-jung a enchanté la foule en descendant de
sa limousine - une Lincoln Continental qui aurait appartenu à Kim
Il-sung - et en acceptant un bouquet de fleurs d'une femme habillée
en tenue traditionnelle "hanbok".
Le président sud-coréen a dit avoir réalisé,
par sa visite à Pyongyang, le rêve de toute une vie.
"Plus d'une fois, j'ai été désespéré
à l'idée que je ne pourrais jamais mettre le pied sur le
sol du Nord de mon vivant", a déclaré Kim dans un texte lu
en son nom à Pyongyang par son porte-parole. "Mais maintenant j'ai
réalisé le souhait de ma vie. Les 70 millions de Coréens
du Sud et du Nord espèrent ardemment réaliser leur souhait
dès que possible", ajoute-t-il.
Le sommet doit durer trois jours. Les deux pays sont toujours, depuis
l'armistice de 1953, techniquement en guerre. Le cinquantenaire du déclenchement
des hostilités par le Nord tombe le 25 juin.
Avant de quitter Séoul, Kim Dae-jung a déclaré
espérer que cette réunion historique permettrait "d'écarter
les menaces de guerre et de mettre un terme à la guerre froide sur
la péninsule coréenne afin que les 70 millions d'habitants
du Sud et du Nord puissent vivre en paix".
Les habitants de Corée du Sud espèrent notamment que
les discussions permettront d'avancer sur le dossier des familles divisées.
Avant de partir, le président sud-coréen a serré les
mains de Coréens dont les familles sont séparées par
la guerre depuis 50 ans.
Le sommet devrait permettre d'aborder la coopération dans tous
les domaines, politique, économique, culturel ou encore touristique,
a ajouté Kim, qui a dit espérer que Kim Jong-il viendrait
à son tour un jour à Séoul.
La Corée du Nord, sans doute le pays le plus fermé au
monde, a hérité du surnom de "royaume ermite" attribué
pendant des siècles à l'ancienne Corée unifiée.
Confronté à la pénurie et à la famine,
le pays de 22 millions d'habitants dépend en grande partie de l'aide
internationale.
Pyongyang a besoin d'investissements étrangers et semble prêt
à expérimenter une certaine ouverture. Lors de sa récente
visite de Kim Jong-il en Chine, sa première visite à l'étranger
en 17 ans, le numéro un nord-coréen a semblé prudemment
approuver la politique d'ouverture économique pratiquée depuis
plus de 20 ans par les autorités de Pékin.
D'autres signes indiquent que le "Paradis des ouvriers" pourrait s'ouvrir
peu à peu au monde extérieur, comme l'établissement
récent de liens diplomatiques avec plusieurs pays dont l'Italie
et l'Australie.
Poutine en Corée du nord: Moscou signe avec éclat son
retour en Asie (AFP, 9/6/2000)
La visite de Vladimir Poutine en Corée du nord va signer avec
éclat le retour de la Russie sur la scène mondiale, en particulier
en Asie où elle était devenue un acteur marginal face aux
Etats-Unis, à la Chine et au Japon, estimaient vendredi les analystes.
Lors de cette première visite d'un dirigeant russe, Moscou "va
faire tout son possible" pour que la péninsule de Corée soit
une "région de stabilité et de sécurité", a
déclaré le ministre russe des Affaires étrangères
Igor Ivanov.
Le président Poutine devrait se rendre en Corée du nord
entre le 10 et le 20 juillet, juste avant le sommet du G8 d'Okinawa et
il
pourra ainsi livrer la primeur de ses entretiens avec Kim Jong Il aux
leaders des pays les plus industrialisés.
Sur le chemin du G8, Poutine devrait également aller en Chine,
selon un projet que le Kremlin n'a pas encore confirmé.
Igor Ivanov avait effectué une visite remarquée à
Pyongyang en février dernier, la première d'un haut responsable
russe depuis dix
ans. La Russie et la Corée du nord, qui avait été
l'alliée de l'ex-URSS, avaient signé à cette occasion
un nouveau pacte.
Ce traité d'amitié vise à enrayer le déclin
qu'ont connu les relations entre les deux pays ces dernières années,
selon Moscou.
"La Russie a été marginalisée du processus en
cours dans la péninsule de Corée en raison de la détérioration
de ses relations avec la Corée du nord. Elle a réalisé
qu'elle avait fait une erreur en mettant l'accent sur ses relations avec
la Corée du sud", estime un expert des relations russo-asiatiques,
le directeur de l'agence japonaise Kyodo à Moscou, Shigeyuki Yoshida.
"Avec cette visite, Moscou entend clairement démontrer que la
Russie veut être l'un des principaux acteurs du processus de
normalisation amorcé dans la péninsule" face aux Etats-Unis,
à la Chine et au Japon, souligne le journaliste.
Les Etats-Unis ont réagi positivement à l'annonce de
cette visite.
Celle-ci prend d'autant plus d'importance qu'elle a été
annoncée à la veille du sommet historique entre les deux
Corées des 12 et 14 juin à Pyongyang.
"Il y a dans cette région une partie un peu compliquée
qui va commencer, personne ne veut en être absent", résume
Pierre Rigoulot,rédacteur en chef du bulletin spécialisé
La Lettre de Corée.
L'annonce de cette visite par le Kremlin, un mois après la prestation
de serment du nouveau président, s'inscrit également dans
le
cadre plus large de l'objectif affiché par Vladimir Poutine
avant même son élection: redonner à la Russie toute
sa place sur la scène internationale.
Avant son voyage en Asie, Vladimir Poutine, qui vient de recevoir Bill
Clinton à Moscou et rentre d'Italie, se rendra la semaine
prochaine en Espagne puis en Allemagne.
Le sommet avec Bill Clinton a justement achoppé sur le NMD,
le système anti-missiles que les Américains veulent mettre
en place
pour se protéger des Etats "parias" comme la Corée du
nord ou l'Iran. Ce système supposerait des modifications du traité
anti-missiles de 1972, dont les Russes refusent d'entendre parler.
"Les Russes pensent qu'ils doivent dialoguer avec les Etats parias
afin que ces Etats soient justement moins isolés et plus
prévisibles (...). Je pense qu'ils vont s'efforcer lors de cette
visite de calmer les peurs des Occidentaux, en particulier des Américains
vis à vis de la Corée du nord", estime Dmitri Trenin de l'antenne
russe du centre d'études américain Carnegie.
Même si Moscou assure que ce sujet ne sera pas abordé
officiellement, "il est possible que cette visite démontre l'absence
de
menace et donc l'inutilité du NMD", conclut Shigeyuki Yoshida.
Les deux Corées se retrouvent pour un sommet historique (AFP,
6/6/2000)
Les leaders des deux Corées doivent se rencontrer la semaine
prochaine à Pyongyang à l'occasion de leur premier sommet
après un demi-siècle de guerre froide dans la péninsule
coréenne, mais à Séoul, la prudence reste de mise.
Les Sud-Coréens ont placé de gros espoirs dans
ce sommet entre le leader nord-coréen Kim Jong-Il et le président
sud-coréen Kim Dae-Jung, dont ils attendent une nouvelle ère
de détente, voire une réconciliation avec leur frère
ennemi du nord.
Les deux côtés se sont mis d'accord sur un agenda
assez général, mais le président sud-coréen
s'est dit prêt à discuter "de n'importe quoi sans aucune contrainte".
Tout est donc théoriquement possible, mais les analystes
estiment que ce sommet devrait aboutir tout au plus à un accord
de coopération économique et permettre une réunion
de familles séparées depuis la division de la péninsule
en deux Corées distinctes en 1945.
Cette rencontre, qui aura lieu lors de la visite de Kim Dae-Sung
à Pyongyang du 12 au 14 juin, permettra aussi à l'"autre"
Kim, devenu leader nord-coréen à la mort de son père
en 1994, d'acquérir une nouvelle stature, selon le professeur Yu
Suk-Ryul de l'Institut d'Etat des Affaires étrangères et
de la sécurité nationale à Séoul.
La Corée du nord, dont l'économie est exsangue,
vit constamment sous la menace de la famine. Or, Pyongyang semble avoir
réalisé que seule sa rivale du sud pouvait aujourd'hui lui
apporter aide et assistance financière, selon ce professeur.
Le sud doit néanmoins se montrer prudent, estiment ces
analystes, qui soulignent que la crainte de disparaître au nord,
en cas d'ouverture de la boite de Pandore des réformes, reste vive.
"La Corée du nord peut accepter un compromis sur des sujets
pratiques comme la réunion des familles ou des échanges économiques",
souligne l'un d'entre eux Lee Jong-Seok de l'Institut Sejong.
"Mais le danger existe que le sommet se termine par une confirmation
du fossé qui existe entre les deux côtés d'un point
de vue politique et militaire", ajoute cet expert, qui accompagnera à
Pyongyang le président sud-coréen.
Ce dernier a entamé dès son élection en
1998 une politique d'ouverture vers la Corée du nord destinée
à mettre un terme à cinquante ans de conflit larvé.
Les deux Corées sont toujours théoriquement en guerre depuis
la fin de la guerre de Corée en 1950, en l'absence de traité
de paix. Ce sommet marquera aussi un changement significatif dans les rapports
entre les deux pays.
Jusqu'à présent, la Corée du nord avait
toujours ignoré sa voisine du sud, préférant s'adresser
directement aux Etats-Unis dans ses tentatives d'ouverture.
La décision nord-coréenne, annoncée le 10
avril dernier, a néanmoins surpris. Beaucoup soupçonnent
le leader nord-coréen de chercher par ce sommet à maintenir
son pays à flot sans chercher réellement une issue à
la guerre froide, toujours en vigueur dans cette partie du monde.
Tout accord ambitieux de ce type devra aussi recevoir l'aval
des alliés des deux Corées, Chine et Etats-Unis. La présence
de 37.000 soldats américains au sud, dont le retrait est constamment
réclamé par Pyongyang, est un des problèmes les plus
sensibles entre les deux Corées.
La Chine n'est pas non plus indifférente à ce qui
se passe dans la péninsule coréenne comme l'a prouvé
le voyage la semaine dernière à Pékin de Kim Jong-Il.
Le leader nord-coréen Kim Jong-Il en Chine avant le sommet
coréen (AFP, 1/6/2000)
Le dirigeant nord-coréen Kim Jong-Il a fait une visite non officielle
de trois jours en Chine, la première visite à l'étranger
d'un numéro un nord-coréen depuis le début des années
1990, destinée à renforcer sa position à quelques
jours d'un sommet coréen historique.
La visite, qui s'est déroulée du 29 au 31 mai mais
avait été gardée secrète à la demande
de Pyongyang, a finalement été rendue publique par Pékin,
le dernier allié de Pyongyang après l'effondrement du bloc
soviétique, après le retour de M. Kim en Corée du
nord.
Elle survient quinze jours avant la tenu d'un sommet historique
à Pyongygang entre M. Kim Jong-Il, l'un des dirigeants les plus
secrets du monde, et le président sud-coréen Kim Dae-Jung,
une première entre leaders coréens.
Prévu du 12 au 14 juin, le sommet devrait, de l'avis de
tous les analystes, ouvrir un nouveau chapitre dans les relations entre
les deux frères ennemis, séparés par un demi-siècle
de guerre froide.
"En venant chercher le soutien de Pékin, Kim Jong-Il renforce
sa position avant le sommet inter-coréen" souligné un diplomate
occidental, tandis que la Corée du sud s'est aussitôt félicitée
de la visite, estimant qu'elle aurait un impact positif sur le sommet à
venir.
A Tokyo, la visite a été saluée comme un
signe de l'ouverture de la Corée du nord, l'un des pays les plus
isolés du monde, dont l'économie est exsangue et qui compte
sur le sommet pour obtenir des concessions économiques.
La Chine s'est elle aussi félicitée de la visite,
jugée comme "un signe positif" juste avant le sommet coréen,
même si selon un officiel chinois ayant requis l'anonymat, des difficultés
importantes sont encore à prévoir sur le chemin de la réunification.
Signe de l'importance accordée à sa visite, M.
Kim a été reçu par toute la haute direction chinoise
au grand complet, en tête desquels le président chinois Jiang
Zemin, le président du parlement chinois Li Peng et le premier ministre
Zhu Rongji.
Le président Jiang, avec qui M. Kim s'est entretenu pendant
la visite, a selon l'agence Chine nouvelle, réitéré
le soutien de Pékin à la réunification coréenne
et rappelé qu'en temps que "voisin proche", la Chine est "prête
à aider au maintien de la paix et de la stabilité dans la
péninsule" coréenne.
M. Kim a de son coté remercié la Chine de l'aide
alimentaire apportée à la Corée du nord ces dernières
années, tout en saluant les réalisations économiques
et le statut international grandissant de la Chine.
"Tout cela montre que la politique de réforme et d'ouverture
au monde extérieur, lancée par (le patriarche chinois) Deng
Xiaoping est correcte et le parti et le gouvernement coréens soutiennent
cette politique" a-t-il ajouté, cité par Chine nouvelle.
Kim Jong-Il, l'un des dirigeants les plus secrets du monde, rencontre
rarement des responsables étrangers, mais la Corée du Nord
a commencé ces derniers mois à sortir quelque peu de son
isolement en établissant des relations avec l'Italie, les Philippines
et l'Australie.
Kim Jong-Il aurait effectué sa dernière visite
en Chine en 1983, tandis que le dernier sommet sino-nord-coréen
remontait à 1991, lorsque l'ancien "président éternel"
nord coréen Kim Il-Sung s'était rendu à Pékin.
L'établissement de relations diplomatiques entre la Chine et
la Corée du Sud en 1992 avait quelque peu refroidi les relations
bilatérales, tandis que l'évolution de la Chine vers l'économie
de marché avait pris de court Pyongyang.
Un réchauffement très net était intervenu
en juin dernier lorsque le président de l'Assemblée populaire
suprême nord coréenne Kim Yong Nam, le "numéro deux"
du régime avait effectué une visite en Chine de quatre jours,
la première d'un haut dirigeant du régime de Pyongyang en
Chine depuis 1991.
L'homme fort de Corée du Nord en visite discrète à
Pékin (AP, 1/6/2000)
Pour son premier voyage à l'étranger dont on ait eu connaissance
en 17 ans, le dirigeant nord-coréen Kim Jong Il s'est fort discrètement
rendu en Chine, visitant la ''Silicon Valley'' chinoise et discutant avec
les responsables chinois du prochain sommet avec la Corée du Sud,
a-t-on fait savoir de sources officielles à Pékin jeudi.
Cette visite secrète de trois jours du dirigeant le plus discret
de la planète est la rencontre à plus haut niveau en six
ans entre les
deux anciens alliés, et marque le réchauffement des relations
après plus d'une décennie de froid.
Arrivé lundi par train spécial, Kim est reparti mercredi,
a fait savoir l'agence gouvernementale Chine nouvelle, qui qualifiait la
visite de non-officielle.
Il a rencontré le président Jiang Zemin, le Premier ministre
Zhu Rongji et le président de l'Assemblée Li Peng, ont fait
savoir par
ailleurs des responsables sud-coréens à Pékin
et Séoul, s'exprimant sous le couvert de l'anonymat. Au cours de
ces rencontres, il
aurait salué le succès des réformes et de l'ouverture
économique chinoise.
Le président Jiang s'est lui réjoui du sommet qui doit
réunir du 12 au 14 juin Kim Jong Il et son homologue sud-coréen
Kim Dae-Jung, premier sommet entre les deux frères ennemis coréens.
Selon l'agence sud-coréenne Yonhap, Jiang a prôné
le resserrement des liens entre les deux pays communistes et annoncé
qu'il se rendrait à Pyongyang dans l'année.
Kim, arrivé au pouvoir en 1994 après la mort de son père
Kim Il Sung, a également visité Zhongguancun, la zone ''high-tech''
de
Pékin, où sont installées les entreprises liées
à l'informatique et à Internet, rapportent les Sud-Coréens.
Alliées pendant la guerre de Corée (1950-53), Pékin
et Pyongyang se sont éloignées lorsque la Chine noua des
relations
diplomatiques avec la Corée du Sud en 1992 et se lança
dans les réformes capitalistes, tandis que le régime de Pyongyang
s'enfonçait dans l'isolement. Les rapports ont connu un net
réchauffement au cours de l'année passée, avec plusieurs
visites de haut niveau.
Quant à la discrétion affichée par Kim pour cette
visite chinoise, certains analystes avançaient la crainte d'un coup
d'Etat en son
absence, d'autres estimant qu'il voulait éviter de laisser penser
qu'il allait chercher la bénédiction de Pékin avant
son sommet avec la Corée du Sud.
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