Corée du Nord - actualités du mois archives 99
L'actualité de la Corée du Nord par  l'AFP | Presse internationale (Yahoo)
La famine en Corée : Libération | Presse internationale
Les principaux événements entre les deux Corées (AFP, 13/6/2000)
Social et culture | Politique intérieure | Défense | Economie, Industries et R&D | Relations internationales
Social, culture

Athlétisme/Marathon - Première pour la Corée du Nord (AFP, 29/8/99)
La marathonienne Sonk-Ok Jong a offert à la Corée du Nord la première médaille de son histoire lors des championnats du monde d'athlétisme en s'imposant dimanche à Séville.  Sous un soleil déjà brûlant, la Coréenne est entrée dans le stade à 11h30 pour l'emporter en 2h26'59", devant la Japonaise Ari Ichihashi (2h27'02") et la Roumaine Lidia Slavuteanu-Simon (2h27'41"). Moyennement placée dans les bilans de la saison, Jong n'avait réalisé avant Séville qu'un temps de 2h30'48", bien loin des favorites de l'épreuve telles que Slavuteanu-Simon, la Portugaise Manuela Machado ou l'Ethiopienne Fatuma Roba, qui pointaient autour des 2h23'. Dès les premiers kilomètres, un groupe d'une quinzaine de coureuses composé des principales favorites se détachait et comptait 15 secondes d'avance au premier tiers du parcours. L'écart se creusait encore après le 25e kilomètre pour atteindre 46 secondes. Avec quatre représentantes dans le peloton de tête, les Japonaises semblaient les mieux armées pour contrôler la course. Mais l'Ethiopienne  Roba prenait rapidement le commandement et semait ses rivales, à l'exception de Jong et Ichihashi qui, seules, parvenaient à tenir le rythme. A moins de cinq kilomètres de l'arrivée, les deux Asiatiques profitaient d'une baisse de régime de Roba pour passer en tête. La Coréenne, plus fraîche, entrait la première dans le Stadio Olimpico pour établir, en prime, un nouveau record personnel et national. Distancée, la favorite Ethiopienne ne pouvait même pas sauver une médaille de bronze et cédait devant le retour de Slavuteanu-Simon. Avancé au matin à la demande de la télévision japonaise qui entendait retransmettre en direct les exploits de ses athlètes, le marathon féminin n'a pas bénéficié du même engouement que la course masculine remportée par l'ESpagnol Abel Anton samedi soir. Au mieux, 10.000 personnes s'étaient donné rendez-vous dans le Stadio Olimpico qui vivra dimanche soir les dernières heures des
championnats du monde.

Marathon féminin: médaille d'or pour la Nord-Coréenne Song-ok (AP, 29/8/99)
La Nord-Coréenne Jong Song-ok a remporté dimanche le marathon féminin aux Championnats du monde d'athlétisme de Séville, offrant à son pays sa première médaille de tous les temps dans ces championnats. La Nord-Coréenne a effectué un temps de 2 heures 26 minutes 59 secondes, devançant la Japonaise Ari Ichihashi. La Roumaine Lidia Simon est troisième. 

Athlétisme - Jong Song-ok remporte le marathon féminin (Reuters, 29/8/99)
La Nord-Coréenne Jong Song-ok a remporté dimanche la médaille d'or du marathon féminin au neuvième et dernier jour des championnats du monde d'athlétisme. La Japonaise Ari Ichihashi a décroché l'argent et la Roumaine Lidia Slavuteanu-Simon le bronze.
 

Politique intérieure

Action contre la Faim décide de se retirer de Corée du Nord (AP, 9/3/2000)
Estimant être dans l'impossibilité de mettre en oeuvre un programme d'aide pour les populations nord-coréennes victimes de la famine, l'organisation humanitaire Action contre la Faim a annoncé jeudi qu'elle décidait de se retirer de Corée du Nord. L'ONG précise qu'elle avait proposé en octobre dernier aux autorités de Pyongyang de mettre en place dans la province de Nord
Hamgyong un programme de soupes populaires, dans l'espoir de fournir une assistance aux populations les plus démunies,
``comme ces enfants des rues que nos équipes ont souvent vus dans les rues de Chongjin, la capitale de cette province''. 
``Malheureusement, les modalités d'application d'un tel programme n'ont pas été acceptées par les autorités nord-coréennes'' et
Action contre la Faim, présente sur place depuis janvier 1998, a donc quitter le pays ``plutôt que de mettre en oeuvre un programme où auraient été bafouées les règles les plus élémentaires d'intervention humanitaire''. En raison de plusieurs sécheresses et d'une économie délabrée, la famine frappe depuis 1995 une bonne partie des 22 millions de Nord-Coréens. Selon Washington, deux millions de personnes en seraient mortes. Après plus de deux ans d'interruption, le Japon a repris mardi dernier son aide humanitaire en annonçant la livraison de plus de 100.000 tonnes de riz. 

La Corée du nord semble disposé à prendre un virage diplomatique (AFP, 9/2/2000)
La Corée du nord, dernier pays stalinien dans le monde, semble disposée à s'ouvrir à ses anciens ennemis de la guerre froide dans l'espoir de sauver son économie ravagée, selon analystes et diplomates. L'annonce mardi que Pyongyang était prêt à discuter favorablement des dernières propositions américaines visant à normaliser les relations de la Corée du nord avec l'Occident semble indiquer un réel virage diplomatique, inédit en cinquante ans d'histoire de ce pays, parmi les plus fermés du monde.
"La Corée du nord a adopté de nouvelles stratégies pour la première fois de son histoire sous la pression du monde extérieur", a
souligné Yu Suk-Ryul de l'Institut d'Etat pour les Affaires étrangères et la sécurité nationale.
Ce virage diplomatique a été entamé en septembre dernier après que la Corée du nord eût accepté de geler son programme très
controversé d'essais de missiles ballistiques. En échange, Pyongyang obtenait un assouplissement des sanctions américaines
décidées à son encontre à la fin de la guerre de Corée en 1953, qui a opposé les deux pays, toujours depuis théoriquement en
guerre en l'absence de traité de paix. Cet accord, conclu alors que le pays vit constamment sous la menace de la famine, marque le début d'un changement d'attitude de la Corée du nord vis-à-vis de l'Occident jusque là uniquement traité comme ennemi potentiel. "Ils ont franchi le Rubicon. L'argent est le facteur le plus important qui a contribué à ce revirement remarquable de la diplomatie nord-coréenne", a estimé à ce propos Kim Yong-Ho de l'Institut, privé, pour l'Unification nationale. Jusqu'à présent la diplomatie nord-coréenne se concentrait sur des relations avec des pays communistes ou non alignés, ignorant l'Occident et encore davantage Séoul, sa rivale du sud. Vis-à-vis de l'Occident, Pyongyang a toujours agité la menace d'armes de destruction massive pour obtenir des concessions économiques, alors que le pays subissait des sanctions américaines. Mais la politique américaine d'étranglement s'est assouplie, préparant le chemin pour une normalisation des relations de la Corée du nord avec le reste du monde, y compris avec sa voisine du sud, objectif essentiel de la diplomatie sud-coréenne. La Corée du sud s'est félicitée des derniers développements au Nord, qui renforcent sa "politique de clarté" destinée à mettre un terme à l'isolement de Pyongyang. "Une fois que l'élan est donné, il y aura des changements suivant une progression géométrique" dans les relations inter-coréennes, a assuré le ministre sud-coréen des Affaires étrangères Lee Joung-Binn, cité par le journal Munhwa. L'un des premiers signes du changement qui s'annonce a été l'ouverture début janvier de relations avec l'Italie, premier pays du
groupe des sept pays industrialisés (G7) à faire ce pas. Les Philippines ont également annoncé cette semaine leur volonté de
normaliser leurs relations avec la Corée du nord. D'autres pays comme l'Australie, le Japon et le Lesotho semblent également disposer à permettre à la Corée du nord de sortir de son isolement. La Russie joue aussi son rôle avec la visite mercredi et jeudi du ministre russe des Affaires étrangères Igor Ivanov, la première depuis dix ans. Mais le vrai défi viendra en mars à l'occasion d'une visite historique d'une délégation nord-coréenne de haut niveau à Washington.

Le "grand leader", défenseur de la frugalité et des tubercules (AFP, 23/8/99)
Loin de sa réputation de bon vivant, le dirigeant suprême de la Corée du Nord, Kim Jong-Il, se fait le champion de la frugalité alors que son pays connaît de graves problèmes alimentaires qu'il tente de résoudre en imposant la pomme de terre à la place du riz. Le "grand leader" du régime communiste mène "une vie très simple", comparable à celle des 23 millions d'habitants de son pays, a affirmé samedi l'agence officielle KCNA, reçue à Tokyo. Pour l'illustrer, l'organe de propagande a fait le récit de quelques heures de Kim, 57 ans, lors d'une visite dans la région du Jagang (nord) par un froid jour d'hiver 1998. Après avoir visité une centrale hydro-électrique, Kim partagea sur le pouce le repas de quelques responsables locaux du parti. Le menu était simple: des morceaux de pain de maïs agrémentés de légumes et d'un bol de soupe de soja, selon KCNA."Trop émus" par la présence du "grand leader", les officiels ne pouvaient rien avaler. Mais Kim leur dit: "Comme le peuple, nous devons nous nourrir de ce pain et de cette soupe". Les convives furent "vivement impressionnés par les nobles vertus du leader, dont le train de vie était simple comme celui du peuple", raconte l'agence. Et de conclure: "Kim Jong-Il, qui a toujours trouvé son bonheur dans celui du peuple, préfère refuser tout (avantage) et avoir un bol de riz ou quelques pommes de terre bouillies comme repas".
Ce récit officiel contraste fortement avec les rumeurs circulant sur la personnalité sulfureuse de Kim Jong-Il, présenté parfois à l'étranger comme un grand amateur d'alcool fort, de films hollywoodiens et de jolies filles. Kim a pris les rênes du dernier pays s'affirmant stalinien après la mort, en 1994, de son père, Kim Il-Sung, le fondateur du régime. Ce dernier avait promis, en 1993, de "réaliser le désir du peuple de manger du riz avec de la soupe de viande, de porter des vêtements de soie et de vivre dans des maisons à toit de tuiles".Mais le pays, apôtre de l'autarcie, est confronté à de sérieux problèmes agricoles, rendus plus aigus par une succession d'inondations et de sécheresses. Selon différentes sources internationales, la famine aurait provoqué la mort de 1,5 à 3 millions de personnes depuis 1995. La Corée du Nord dépend donc fortement de l'aide alimentaire, qui atteint en moyenne un million de tonnes par an, soit environ le 1/5ème de ses besoins estimés. La directrice exécutive du Programme Alimentaire Mondial (PAM), Catherine Bertini, a récemment appelé la communauté internationale à maintenir ce soutien en dépit de la menace d'un tir de missile balistique par Pyongyang. "Toute suspension de l'aide humanitaire serait dévastatrice pour des millions d'enfants nord-coréens", a-t-elle récemment affirmé à Tokyo. Grâce à cet apport, la situation sanitaire des enfants s'est nettement améliorée depuis deux ans même si 65% d'entre eux continuent à souffrir de malnutrition, selon Mme Bertini.
Comme solution nationale, Kim a lancé l'an dernier "la révolution de la pomme de terre", encourageant les paysans à planter des tubercules à la place du riz ou du maïs. La "patate" ne figure pourtant pas parmi les aliments de base des Nord-Coréens qui, comme tous les peuples d'Asie orientale, sont profondément attachés au riz. Pour changer les mentalités, la plante a été parée de toutes les vertus par le régime: facile à cultiver, résistante aux intempéries, offrant un rendement élevé et nourrissante.
 

Défense

Malaise après l'arrestation d'un Japonais accusé d'espionnage en Corée du Nord (AFP, 29/12/99)
La Corée du Nord a annoncé mercredi détenir un chercheur japonais accusé d'être un espion à la solde de son pays et de la Corée du sud, une affaire qui jette un froid alors que Pyongyang et Tokyo venaient de recommencer à discuter pour établir des relations diplomatiques. Takashi Sugishima, 60 ans, qui travaille pour un institut de recherche économique, a été arrêté le 4 décembre pour des actes d'espionnage commis le 30 novembre, a affirmé l'agence officielle nord-coréenne Korean Central News Agency (KCNA) reçue à Tokyo. C'est la première fois que la Corée du nord interpelle un citoyen japonais depuis 1983 lorsqu'un capitaine de bateau avait été détenu pour des raisons similaires. L'enquête a "prouvé qu'il a mené des activités d'espionnage en rassemblant des informations sur le parti, le gouvernement ainsi que des secrets militaires de la RPDC (République populaire démocratique de Corée)", a indiqué KCNA. Selon l'agence de presse du régime staliniste, M. Sugishima "a confessé qu'il avait, depuis longtemps, été chargé en échange d'argent d'espionner la RPDC" par les services de renseignements japonais et sud-coréens. Il aurait notamment transmis des informations sensibles sur les relations de la Corée du nord avec les Etats-Unis et avec le Japon et
d'"autres documents secrets" sur la politique extérieure de la Corée du Nord. Selon ses accusateurs, M. Sugishima collectait ces éléments grâce à un magnétophone portable, un appareil photo et d'autres équipements. Un responsable de l'Institut (privé) de l'Economie de marché pour lequel travaille M. Sugishima, a confirmé à l'agence de presse Jiji qu'il se trouve en Corée du nord comme chercheur invité, estimant qu'il pourrait avoir été arrêté. L'affaire tombe au plus mauvais moment alors que le dialogue entre Pyongyang et Tokyo venait de reprendre à petits pas après une brouille de sept ans. Un porte-parole du ministère des Affaires étrangères s'est borné à indiquer que ses services cherchait à vérifier ces informations et que "par conséquent, aucun commentaire ne pouvait être fait". Du 19 au 22 décembre, des rencontres ont eu lieu à Pékin entre des délégations des Croix Rouge japonaise et nord-coréenne ainsi qu'entre fonctionnaires des ministères des Affaires étrangères des deux pays. Les discussions ont un petit peu avancé et les deux parties ont décidé de se revoir début 2000 pour préparer le lancement de
négociations en bonne et due forme sur l'établissement de relations diplomatiques.
Depuis la fin de sa colonisation de la péninsule coréenne (1910-1945), le Japon n'a établi de relations diplomatiques qu'avec la Corée du Sud, en 1965.
"Je pense que la Corée du Nord va continuer les discussions pour la normalisation des relations diplomatiques sans évoquer le
problème (d'espionnage)", a estimé Masao Okonogi, professeur à l'Université Keio, spécialisé dans les questions internationales.
Il a douté que "cet homme ait pu collecter des informations utiles à propos de la Corée du Nord", soulignant combien les contrôles
sont stricts même pour le simple usage d'un camescope.

Le missile nord-coréen du 31 août 1998 a réveillé la défense du Japon (AFP, 31/8/99)
Le Japon s'estime aujourd'hui mieux préparé à faire face à la menace d'une attaque nord-coréenne, un an après le choc provoqué par le passage au-dessus de son territoire d'un missile balistique. Après un demi-siècle de relative tranquillité, l'archipel prenait brutalement conscience de sa vulnérabilité en apprenant, le 31 août 1998, qu'un engin considéré comme étant un missile de type Taepodong I l'avait survolé avant de s'abîmer dans le Pacifique. Cette date "marque une rupture dans l'histoire de la défense japonaise depuis la guerre", affirme Hideshi Takesada, professeur à l'Institut national des études de défense. Car "il a poussé le Japon à se réveiller et à renforcer drastiquement son organisation défensive". Les questions militaires ont en effet dominé, avec les dossiers économiques, les débats parlementaires des douze derniers mois. Avec, d'un côté, un renforcement de la coopération avec les Etats-Unis, porteurs du parapluie nucléaire au dessus du Japon. Et, de l'autre, des mesures pour rendre plus réactives les forces armées japonaises qui sont déjà, malgré la constitution pacifique héritée de la défaite de 1945, considérées comme les plus modernes d'Asie. Pour marquer l'anniversaire du 31 août, le secrétaire général du gouvernement Hiromu Nonaka a appelé Pyongyang "à se retenir de lancer un nouveau missile". "Car si ce scénario intervenait, nous avons pris toutes les mesures nécessaires", a-t-il averti. "Nous avons tiré les leçons du tir de l'année dernière", a renchéri Akitaka Saiki, porte-parole de M. Obuchi. Le Japon tente actuellement de dissuader, avec les Etats-Unis et la Corée du Sud, le régime stalinien de Pyongyang d'effectuer un tir expérimental de missile Taepodong II qui, avec une portée de 6.000 km, pourrait atteindre l'Alaska. La Corée du Nord a réaffirmé mardi qu'elle n'avait lancé l'an dernier qu'un satellite. Préoccupé par la multiplication des risques d'instabilité en Asie, les Etats-Unis ont poussé le Japon, où ils maintiennent près de 50.000 soldats, à lancer ce mois-ci un ambitieux programme de recherche conjointe sur un système de missiles anti-missiles, dit TMD. Ils ont également applaudi le vote, en mai, d'une loi controversée permettant aux forces nippones d'apporter un soutien logistique aux armées américaines en cas de crise régionale. La menace nord-coréenne a par ailleurs réussi à rapprocher le Japon et la Corée du Sud, après plusieurs décennies de méfiance née de la colonisation nippone jusqu'en 1945. Les marines des deux pays ont ainsi conduit leurs premières manoeuvres communes le 5 août. "Jusqu'à présent, la Corée du Sud et le Japon se contentaient de coopérer chacun de son côté avec les Etats-Unis, mais les gesticulations nord-coréennes ont poussé Tokyo et Séoul à se serrer directement la main", analyse M. Takesada. Conscient des limites potentielles du soutien américain, le Japon veut parallèlement devenir plus autonome. Il a ainsi annoncé en avril le développement de ses propres satellites espions d'ici 2002. De nouvelles mesures sont attendues car "il est important de faire évoluer les forces d'autodéfense pour qu'elles puissent agir d'une manière plus efficace", a déclaré M. Obuchi en juillet. Des lacunes étaient apparues en plein jour le 24 mars lorsque les garde-côtes nippons avaient été incapables d'intercepter deux navires, considérés comme des bâtiments espions nord-coréens, qui violaient les eaux territoriales. L'agence de défense (ministère), qui entend notamment accroître ses forces d'intervention navales, vient donc d'établir à 5.000 milliards de yens (42 milliards d'euros) son budget pour l'exercice débutant en avril 2000, en progression de 1,6%.

Missile nord-coréen: Séoul s'efforce de convaincre la Chine (AFP, 24/8/99)
Le ministre sud-coréen de la Défense Cho Sung-Tae tentait mardi à Pékin d'obtenir l'appui de la Chine pour dissuader la Corée du Nord de procéder à un tir de missile, mais les dirigeants chinois paraissaient peu disposés à faire pression sur leur allié nord-coréen.M. Cho a été reçu par le Premier ministre Zhu Rongji au lendemain de son arrivée en Chine pour la première visite d'un ministre sud-coréen de la Défense depuis l'établissement de relations diplomatiques entre les deux pays en 1992, a rapporté Chine nouvelle. "Les entretiens devaient porter sur la péninsule coréenne et sur des questions d'intérêt commun", a indiqué sans plus de précisions l'agence officielle. M. Cho avait été reçu lundi par son homologue Chi Haotian. Responsables chinois comme sud-coréens se montraient très discrets sur cette visite, alors que Pékin et Pyongyang restent liés par un traité d'alliance et de défense mutuelle. Séoul a lancé une offensive diplomatique lundi pour tenter de dissuader Pyongyang de procéder à un nouveau tir de missile en dépêchant M. Cho à Pékin et le ministre des Affaires étrangères et du Commerce Hong Soon-Young à Tokyo.La Corée du Nord a déjà effectué, le 31 août 1998, un tir de missile balistique qui s'est abîmé dans le Pacifique après un survol du Japon. Chine nouvelle n'a pas fait état de cet aspect de la visite, insistant en revanche sur une mise en garde voilée lancée par le ministre chinois aux Etats-Unis à propos du problème coréen."La multipolarisation est devenue une évolution mondiale. Il est mauvais de chercher à renforcer l'alignement militaire afin d'établir un monde unipolaire", a déclaré Chi Haotian, cité par l'agence officielle. Pyongyang a de son côté encore fait monter la pression mardi en menaçant de mettre fin à l'accord de non-prolifération nucléaire signé en 1994 avec Washington, en mettant en avant son non-respect par les Etats-Unis. La Chine, qui a combattu aux côtés du Nord communiste pendant la guerre de Corée (1950-53) reste considérée comme le seul pays ayant une certaine influence sur les dirigeants de Pyongyang.Mais les dirigeants chinois "ne veulent pas jouer le rôle de médiateur que les Occidentaux leur demandent", a noté un diplomate étranger en poste à Pékin. "La Chine a été mécontente du tir de missile effectué par la Corée du Nord l'an dernier parce qu'elle n'avait pas été prévenue à l'avance et que cela pousse le Japon à mettre au point un système de défense anti-missiles avec les Etats-Unis", reconnaît le diplomate.Mais Pékin a décidé d'être plus souple vis-à-vis de Pyongyang depuis l'intervention de l'OTAN en Yougoslavie "qui a démontré à ses yeux la nature agressive des Etats-Unis", a ajouté le diplomate qui a requis l'anonymat. "Les Chinois jugent normal que les Nord-Coréens cherchent à se défendre". "La génération actuelle des dirigeants chinois avait 18 ans pendant la guerre de Corée. Ils comprennent le complexe d'encerclement de la Corée du Nord et son attitude face au 'diable' américain", a-t-il poursuivi. Selon lui, les diplomates chinois expliquent en privé qu'ils n'ont de toute façon plus la même influence qu'auparavant sur le régime nord-coréen, même si les échanges sont fréquents entre les militaires des deux pays. Dans ce contexte, d'éventuels exercices militaires conjoints entre la Corée du Sud et la Chine, évoqués par la presse de Séoul, semblent très improbables, a-t-il souligné.

Missiles : l'ouverture de la Corée du Nord accueillie avec prudence (AFP, 19/8/99)
Séoul, Tokyo et Washington ont accueilli jeudi avec une satisfaction prudente le signal de détente lancé par la Corée du Nord, qui s'est déclarée ouverte à la négociation sur son programme de missiles de longue portée.Le régime de Pyongyang a fait un peu baisser la tension en annonçant, par l'intermédiaire d'un porte-parole du ministère des Affaires étrangères, qu'"en ce qui concerne la question des missiles, nous sommes toujours prêts à des négociations si les pays hostiles le demandent honnêtement".
Cette déclaration, publiée mercredi soir par l'agence officielle KCNA, fait reculer l'éventualité d'un lancement prochain d'un missile de longue portée de type Taepodong II, ont estimé des analystes à Tokyo et Séoul. "La Corée du Nord est peut être arrivée à la conclusion qu'elle pouvait remplacer la stratégie de la tension par celle de la négociation", avance Choi Jin-Wook, chercheur à l'Institut coréen pour la réunification.L'éventualité d'un tel test est redoutée par les voisins sud-coréens et japonais mais aussi par les Etats-Unis, dont une partie du territoire aurait été à portée de ce missile balistique. Les trois alliés avaient menacé de suspendre toute une série de mesures d'aide économique et humanitaire si le tir était effectué. Séoul a salué jeudi "la volonté apparente du +Nord+ à négocier le dossier des missiles". "Nous espérons que ce problème pourra être résolu par le dialogue", a ajouté le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Chang Chul-Kyoon. A Tokyo, où la classe politique est en vacances cette semaine, le même ministère indiquait simplement "étudier avec attention le développement de la situation". Les autorités japonaises font preuve d'une grande méfiance face aux déclarations du régime stalinien de Pyongyang, dont ils craignent l'imprévisibilité. Pour les Etats-Unis, l'annonce nord-coréenne représente "une possible occasion" d'améliorer les relations entre les deux pays. Les Etats-Unis espèrent "entamer bientôt de nouvelles négociations" avec la Corée du Nord, a déclaré le porte-parole du département d'Etat américain James Rubin. La question des missiles avait fortement pesé sur la sixième session de pourparlers de paix entre les deux Corées et leurs alliés américain et chinois les 9 et 10 août à Genève. Certains observateurs de la Corée du Nord attendaient un nouveau signal de détente après les propos apaisants tenus lundi par Kim Yong-Sun, secrétaire du parti des travailleurs de Corée du Nord, à la chaîne américaine CNN. "La nouvelle déclaration semble tomber à point pour indiquer que la Corée du Nord et les Etats-Unis sont disposés à discuter du dossier", remarque Hideshi Takesada, professeur à l'Institut national des Etudes de défense à Tokyo.
"La Corée du Nord a fait état à plusieurs reprises de son droit souverain à développer un système de missiles. Son intention est visiblement de s'appuyer sur des questions militaires pour obtenir une aide financière, comme elle l'a fait avec l'accord nucléaire de 1994", ajoute-t-il. Par cet accord, signé à Genève en octobre 1994, Pyongyang s'était engagé à geler son programme nucléaire en échange de la construction de réacteurs non proliférants et de la livraison de 500.000 tonnes de pétrole par an par un consortium (le KEDO) composé des Etats-Unis, de la Corée du Sud, du Japon et de l'Union européenne. Pyongyang demanderait environ 100 millions de dollars par an pour contrebalancer les pertes de revenus dues à la cessation de son programme de missiles et des ventes d'armes liées, selon la presse sud-coréenne.

Bataille navale en mer Jaune: un navire nord-coréen coulé (AP,  15/6/99)
 Touché, coulé. La Corée du Nord a annoncé qu'un de ses navires de guerre avait été envoyé par le fond mardi par la marine sud-coréenne dans une zone de la mer Jaune que se disputent Pyongyang et Séoul. Un autre bâtiment nord-coréen a été sérieusement endommagé et deux vaisseaux sud-coréens touchés. La bataille a éclaté après qu'un patrouilleur sud-coréen eut éperonné un bâtiment ennemi pour tenter de l'empêcher de pénétrer dans la zone contestée, qui chevauche les eaux territoriales des deux pays à 12 milles des côtes à l'ouest de la péninsule. Les bateaux des deux pays ont échangé des tirs pendant dix minutes. Les deux camps se sont rejetés la responsabilité de cet incident, nouvel accroc au fragile armistice signé par les deux frères ennemis il y a 46 ans. La Corée du Sud a invoqué la légitime défense, affirmant que les Nord-Coréens avaient tiré les premiers. ``Toute la responsabilité incombe à la partie nord-coréenne'', a déclaré le général Cha Young-koo, porte-parole du ministère sud-coréen de la défense. De son côté, l'agence officielle nord-coréenne (KCNA) a qualifié l'incident de provocation ``délibérée et planifiée (...) destinée à conduire la péninsule coréenne au bord de la guerre''. Elle a demandé à Séoul des excuses officielles immédiates. Selon le ministère nord-coréen de la Défense, le navire coulé était un petit torpilleur P6 de 80 tonnes de conception soviétique. Un patrouilleur Taechong 2 de 400 tonnes a par ailleurs été gravement endommagé et semblait sur le point de sombrer. Cinq autres bâtiments de guerre nord-coréens se sont repliés dans leurs eaux territoriales après la bataille. Aucun bilan de victimes n'a été communiqué. Côté sud-coréen deux navires, une frégate et un patrouilleur ont essuyé des tirs qui ont fait sept blessés. Les deux bateaux restaient toutefois en état de naviguer. L'incident s'est produit après l'arrivée tôt dans la matinée dans la zone de quatre patrouilleurs nord-coréens, escortant une vingtaine de bateaux de pêche, selon le ministère sud-coréen de la Défense. Ils ont ensuite été rejoints par trois torpilleurs. L'accrochage marque le point culminant d'une semaine de tensions dans cette zone maritime riche en crabes, revendiquée par les deux Etats. Il est survenu 40 minutes avant la tenue d'une réunion de conciliation dans le village frontalier de Panmunjon, dans la zone démilitarisée qui sépare les deux pays. Vendredi, quatre bateaux nord-coréens avaient déjà été éperonnés par la marine sud-coréenne. Les tensions sont récurrentes dans la zone litigieuse, où Pyongyang envoie des bateaux de pêche et de guerre 20 à 30 fois par an.Habituellement, les navires du nord battent en retraite devant les sommations sud-coréennes. Mais cette fois, le face-à-face a tourné à l'affrontement. L'administration Clinton s'est dite ``très préoccupée'' par la situation. La canonnade n'a toutefois pas troublé outre-mesure les Sud-Coréens, rompus aux escarmouches avec le Nord. ``Le Nord n'a pas d'argent pour faire la guerre'' déclare Chun, 40 ans, employé de bureau à Séoul. 

Echange de tirs entre navires nord et sud-coréens* (Reuters, 15/6/99)
Des bateaux nord et sud-coréens ont échangé des tirs mardi en mer Jaune et plusieurs bâtiments ont été endommagés de part et d'autre, a annoncé le ministère sud-coréen de la Défense. Sept bâtiments nord-coréens, quatre patrouilleurs et trois vedettes lance-torpilles, ont pénétré mardi matin dans les eaux sud-coréennes, ont déclaré des porte-parole du Sud. Selon le colonel Hwang Dong-kyu, porte-parole de l'état-major interarmes, les trois vedettes lance-torpilles nord-coréennes ont tiré à 9h25 (00h25 GMT) sur un patrouilleur sud-coréen dans les eaux territoriales du Sud et la Corée du Sud a riposté en tirant une centaine de rafales. Un patrouilleur nord-coréen a été coulé et une vedette lance-torpilles dérive dans les eaux sud-coréennes, ont dit des porte-parole du Sud. Trois autres bâtiments ont été fortement endommagés et ont regagné les eaux du Nord. Deux bateaux sont repartis vers le Nord sans avoir été endommagés par les tirs. Sept militaires sud-coréens ont été légèrement blessés dans l'affontement et deux bateaux sud-coréens ont été endommagés, a dit le colonel Hwang. L'agence centrale de presse nord-coréenne a confirmé qu'un bâtiment nord-coréen avait été coulé par des navires de guerre sud-coréens et elle a réclamé des excuses immédiates de Séoul. Selon l'agence, l'incident s'est produit dans les eaux territoriales du Nord et il s'agit d'une "provocation délibérée et planifiée des dirigeants du Sud destinée à mettre la péninsule coréenne au bord de la guerre". La Corée du Nord a dit avoir placé son armée en "alerte trois", définie par le ministère comme "une situation grave (...) qui pourrait conduire au déploiement de forces militaires nord-coréennes". Une réunion d'urgence des ministères sud-coréens concernés par les questions de sécurité était prévue mardi. Parmi les questions abordées pourraient figurer des discussions entre vice-ministres des deux Corées prévues lundi à Pékin, a dit un responsable du Ministère de l'Unification. 
Pêche au crabe
Il s'agit de l'incident le plus grave entre les deux Corées depuis que la marine et l'aviation sud-coréennes ont coulé un bateau espion nord-coréen à l'extrémité sud de la péninsule coréenne, en décembre dernier, tuant l'équipage du bâtiment nord-coréen.  Mais c'est le premier incident en mer Jaune depuis la guerre de Corée (1950-53) et le premier incident depuis longtemps impliquant des navires de guerre des deux pays. 
* Des généraux de Corée du Nord et du Commandement des Nations unies (UNC) soutenu par Washington ont eu des entretiensd'une heure et demie mardi matin au village frontière de Panmunjom au sujet de la confrontation navale, qui en est à son neuvième jour. Mais l'UNC a rapporté qu'aucun accord n'était intervenu. 
* Les généraux de l'UNC ont recommandé aux deux Corées de retirer leurs forces navales de la zone frontalière maritime et de les
maintenir dans leurs eaux respectives. 
L'agence centrale nord-coréenne rapporte qu'une ferme protestation contre des intrusions du Sud dans les eaux du Nord a été
formulée lors des discussions.  Des patrouilleurs du Nord et du Sud jouent au chat et à la souris depuis plus d'une semaine le long de la limite des eaux territoriales. La confrontation avait connu vendredi une escalade, des navires du Sud ayant éperonné à plusieurs reprises des bâtiments du Nord, les repoussant de l'autre côté du partage des eaux. Le président sud-coréen Kim Dae-Jung avait déclaré lundi en conseil des ministres qu'il ne fallait pas laisser la confrontation navale dégénérer en affrontement armé. Mardi matin, le porte-parole de l'état-major interarmes avait dit que, pour le neuvième jour consécutif, des bateaux nord-coréens avaient franchi la Ligne de limite Nord - frontière maritime délimitée par les Nations unies après la guerre de Corée de 1950-53. Il ajoutait qu'une vingtaine de chalutiers nord-coréens avaient été observés pêchant le crabe à deux kilomètres au sud de la ligne.  En pleine saison de pêche au crabe, le Nord, confronté à une grave famine, semble soucieux de protéger ses chalutiers dont la pêche, exportée par Pyongyang, fournit de précieuses devises. 
 

Economie, Industrie, R&D

Liste des sanctions américaines contre la Corée du Nord (AFP, 17/9/99)
Les Etats-Unis ont annoncé vendredi un assouplissement des sanctions pesant depuis 50 ans sur la Corée du Nord. Seules certaines d'entre elles vont être atténuées tandis que d'autres restent en vigueur.Voici la liste des sanctions que le département américain du Commerce va commencer à assouplir dans les prochains mois:
- l'importation de la plupart des marchandises et des matières premières nord-coréennes
- l'exportation et la réexportation de la plupart des marchandises non-sensibles et des services de sociétés américaines et de leurs filiales étrangères (biens de consommation, services financiers, investissements dans des secteurs industriels non-sensibles)
- investissement dans des secteurs comme l'agriculture, le secteur minier, le pétrole, le bois, les transports, les infrastructures
(routes, ports, aéroports), voyage/tourisme
- envoi de fonds de ressortissants américains à des ressortissants nord-coréens
- transport de marchandises non-sensibles vers et depuis la Corée du Nord par des avions ou navires américains
- vols commerciaux entre les Etats-Unis et la Corée du Nord
Mais les sanctions imposées à la Corée du Nord du fait que ce pays est considéré comme un Etat terroriste par Washington restent en vigueur:
- l'exportation sans autorisation spéciale de marchandises ou de technologies sensibles figurant sur une liste spéciale établie par la loi
- l'assistance au développement
- le soutien aux prêts demandés par Pyongyang aux institutions financières internationales
- l'absence de droits de douane pour les exportations vers les Etats-Unis
- transactions financières entre des ressortissants américains et le gouvernement nord-coréen sauf autorisation du secrétaire au
Trésor
- les demandes de crédit d'impôts pour des revenus perçus en Corée du Nord
- les restrictions concernant la technologie des missiles restent aussi en vigueur, comme les mesures concernant la
non-prolifération des armements.

Clinton assouplirait les sanctions contre Pyongyang sous peu (Reuters, 15/9/99)
Le président Bill Clinton pourrait assouplir dès cette semaine les sanctions économiques affectant la Corée du Nord depuis près d'un demi-siècle, a déclaré mercredi un responsable américain. "Il est très possible que le président annonce quelque chose cette semaine", a dit le responsable à Reuters. Il a précisé que cette initiative autoriserait les virements bancaires entre les deux pays, débloquerait les échanges commerciaux et permettrait les escales de navires marchands, mais en soulignant que les Etats-Unis restaient défavorables aux prêts internationaux au régime staliniste nord-coréen ainsi qu'aux transferts de technologie ou à l'assistance extérieure. La secrétaire d'Etat Madeleine Albright et le conseiller américain à la sécurité nationale, Sandy Berger, ont recommandé un assouplissement des sanctions après que la Corée du Nord eut pris l'engagement de geler ses essais de missiles balistiques à longue portée, ceci lors de pourparlers bilatéraux visant à améliorer les relations entre Washington et Pyongyang.

La Corée du Nord rejette les appels à la coopération (AFP, 1/6/99)
La Corée du Nord a rejeté mardi les appels internationaux à la coopération, jugeant vital de mettre en place "une moustiquaire" sociale capable de protéger la survie de l'Etat socialiste.   Dans un long article publié par le journal nord-coréen Rodong Sinmun et le magazine Kulloja, intitulé "Rejetons l'empoisonnement impérialiste idéologique et culturel", les autorités de Pyongyang estiment que l'impérialisme tente de diffuser "ses idées corrompues pour dominer le monde".   "Notre peuple entend empêcher le capitalisme de trouver son chemin dans notre saine société", indique l'article, diffusé par l'agence de presse nord-coréenne (KCNA).   "Il est impératif d'installer une moustiquaire dans tous les départements de la vie sociale. Il est important d'obstruer par dessus tout les canaux par lesquels le poison impérialiste idéologique et culturel peut s'infiltrer", poursuit l'article.

Relations internationales

La Corée du Nord s'ouvre à l'Américaine Madeleine Albright. (Libération, 24Oct2000)
 La secrétaire d'Etat et Kim Jong-il abordent le dossier missiles.

 Washington de notre correspondant La Corée du Nord sort de plus en plus de son isolement. Hier, Madeleine Albright a entamé la première visite d'un secrétaire d'Etat américain dans cette redoute communiste quelques jours après que plusieurs pays européens, dont la Grande-Bretagne et la Belgique, eurent annoncé qu'ils ouvraient des ambassades à Pyongyang. La mission de la secrétaire d'Etat, qualifiée d'«historique» par son porte-parole est d'autant plus importante qu'elle pourrait annoncer une visite de Bill Clinton en Corée du Nord dès la fin novembre. Autant de signes qui confirment que le régime de Pyongyang, longtemps enfermé dans le plus rigide des despotismes, rejoint à grand pas la communauté internationale après avoir entamé un processus de réconciliation avec Séoul. Il reste, selon les Américains, que « beaucoup de questions doivent être discutées,
 beaucoup de problèmes doivent être évoqués». Dès son arrivée hier, Mme Albright a ainsi rencontré pendant trois heures Kim Jong-il, le leader nord-coréen, fils du légendaire Kim Il-sung. Les deux parties ont refusé de donner la moindre indication sur leurs discussions qui se prolongeront aujourd'hui, mais la question du programme nord-coréen de construction de missiles intercontinentaux a été au centre des négociations. Washington redoute que la Corée du Nord ait la capacité de frapper le sanctuaire américain ainsi que ses alliés en Asie. Les Etats-Unis se sont plusieurs fois élevés contre les ventes de missiles nord-coréens notamment à l'Iran et à la Syrie et ont placé, depuis 1988, la Corée du Nord sur la liste des Etats «terroristes» après que des agents de Kim Il-sung eurent fait exploser un Boeing des lignes sud-coréennes. Malgré ce lourd passif, les relations entre Washington et Pyongyang se sont progressivement améliorées. Avec la bénédiction de Washington, les leaders des deux Corées se sont rencontrés cette année, et la Corée du Nord, confrontée à une terrible crise alimentaire, a jeté du lest. Elle s'est ainsi engagée à suspendre ses essais de missiles.

Kim Il-sung franchit le 38e parallèle (Le Monde, 16/6/2000)

Il y a cinquante ans, la Corée du Nord envahissait la Corée du Sud dont les Américains venaient de se retirer. Revenus en force sous la bannière de l'ONU, les Etats-Unis envisagèrent de recourir à l'arme atomique après l'entrée en guerre de la Chine.
Mis à jour le mardi 13 juin 2000

LE 25 juin 1950 commence, sans qu'on s'en doute, le plus violent des conflits de la guerre froide. Résultat d'erreurs de calcul en série, la guerre de Corée fut le premier des grands affrontements armés à caractère foncièrement idéologique entre l'Est et l'Ouest, même si la motivation profonde d'un de ses principaux protagonistes, la Chine, relevait au moins autant de l'intérêt stratégique que du parti pris politique.
L'affaire remonte à ce chantier en ruine qu'est l'Extrême-Orient au jour de la capitulation, le 15 août 1945, du Japon terrassé par les bombes atomiques américaines. En février 1945, à Yalta, les « Trois » (Roosevelt, Churchill, Staline) s'étaient mis d'accord, dans le partage du monde auquel ils s'étaient livrés en prévision de l'après-guerre, sur le fait qu'une fois l'empire du Soleil-Levant vaincu, la Corée serait provisoirement partagée entre deux forces d'occupation chargées de désarmer ses troupes, l'une américaine, l'autre soviétique, respectivement au Sud et au Nord du 38e parallèle à travers la péninsule. Puis viendrait la constitution d'un gouvernement coréen unique dans cette colonie annexée par le Japon en 1910. La concorde de façade entre vainqueurs de la deuxième guerre mondiale ne laissait pas présager de nouveaux drames aux Coréens. Au contraire, eux qui venaient de subir la dure loi nippone pendant un demi-siècle pouvaient espérer bénéficier d'un arrangement international les restaurant dans une souveraineté contestée depuis la fin du XVIe siècle (la Corée était devenue un royaume tributaire de l'empire de Chine).
C'était sans compter avec l'affrontement naissant dans le camp des vainqueurs de la guerre et l'obstination de Staline à dessiner une carte du monde à son avantage au nom de la « libération des peuples ». Le 12 août 1945, sans attendre la capitulation nippone, les troupes soviétiques ont fait leur entrée dans le nord de la péninsule. Les troupes américaines les imitent, au sud, à partir du 8 septembre. Jusqu'en décembre, Moscou donne l'impression de jouer le jeu. Une commission russo-américaine est formée pour mettre en place un régime élu en Corée. Mais, au printemps de 1947, les Etats-Unis tirent le bilan négatif de ses travaux : là, comme en Europe, Staline semble décidé à faire pièce aux volontés occidentales en matière de reconstruction dans la démocratie. Déjà, Moscou avait interdit à la Pologne et à la Tchécoslovaquie de se joindre à la mise au point avec l'Amérique du plan Marshall de reconstruction de l'Europe, inspirant à Raymond Aron, dans Le Figaro, cette remarque amère et encore bien optimiste : « Pour quelques mois ou quelques années, le rideau de fer séparera deux univers. »
En Asie comme en Europe, les démocraties rétablies allaient échouer à mettre en oeuvre l'injonction lancée à titre privé par un Churchill à la retraite politique, dans son discours de Fulton (Missouri) un an plus tôt, le 5 mars 1946 : il faut, disait-il, établir « dans tous les pays, aussi rapidement que possible, les prémices de la liberté et de la démocratie ». Churchill avait ajouté : « J'ai appris, pendant la guerre, à connaître nos amis et alliés russes ; je suis convaincu qu'il n'y a rien au monde qu'ils admirent autant que la force, et rien qu'ils respectent moins que la faiblesse militaire. » C'est bien la faiblesse militaire du camp américain que Moscou allait exploiter à fond en Corée.
L'URSS boycotte les Nations unies. L'Assemblée générale, saisie du dossier coréen, crée, le 14 novembre, une commission chargée d'organiser les élections dans la péninsule. Jamais celle-ci ne pourra mettre pied dans le Nord. Au Sud, Washington va de l'avant. Un scrutin douteux (mais validé par l'ONU), en mai 1948, donne la victoire à Syngman Rhee, ancien agitateur antijaponais et antimonarchiste, exilé depuis 1912 à Hawaï, devenu conservateur nationaliste. Celui-ci, le 19 juillet, proclame la fondation de la République de Corée à Séoul, et en devient le président. Entre-temps, le 25 juin, en Europe, a commencé le blocus de Berlin par l'Union soviétique, suivi de la riposte occidentale, le pont aérien de ravitaillement de l'ex-capitale occupée. L'heure est désormais à l'affrontement.
En Mandchourie, ce Nord-Est de la Chine voisin de la Corée que le Japon avait autrefois incorporé à son empire, le nationaliste chinois Tchang Kaï-chek perd bataille sur bataille devant les forces communistes d'un des brillants stratèges de Mao, Lin Biao. Consternés, les Américains voient l'armement qu'ils avaient fourni à des divisions nationalistes entières passer dans le camp communiste. Le 9 septembre, au simulacre électoral opéré par les Américains dans le sud, l'Union soviétique répond, dans le nord de la Corée, par une farce à sa manière : des élections portent au pouvoir un certain « général Kim Il-sung », un ancien résistant communiste replié en URSS au début des années 40, peut-être usurpateur du nom d'un authentique combattant coréen. Dans le dos des résistants antijaponais authentiques de Corée (nationalistes et communistes), Staline impose un homme qui lui doit tout et qui devient le maître absolu d'une « République populaire démocratique » comme Moscou en a le secret.
Dans la foulée, l'URSS annonce qu'elle retirera ses troupes de Corée à échéance du 1er janvier 1949. Washington n'y croit guère, mais les « colombes » américaines dictent encore sa politique ; le 1er janvier, les Etats-Unis entament leur propre retrait de Corée du Sud. Que l'Amérique, qui savait la jeune armée sud-coréenne incapable de se défendre, ait pu par ce départ miser sur une bonne foi moscovite semble, de nos jours, ahurissant. Mais la tendance du moment est à un désengagement américain des conflits sur le théâtre asiatique. La débâcle en cours en Chine pour le généralissime mégalomane Tchang Kaï-chek n'incite pas Capitol Hill à beaucoup de clairvoyance. Pour Washington, la paix mondiale est à construire à partir de l'Europe : le 4 avril 1949, onze pays se sont joints aux Etats-Unis dans le pacte atlantique garantissant leur défense mutuelle en cas d'agression. La fermeté face à l'URSS sur des théâtres lointains de l'Europe a d'autant moins bonne presse que surgit sur la scène internationale le spectre de la destruction mondiale. Le 23 septembre 1949, Truman annonce que Moscou a fait exploser sa première bombe atomique le 14 juillet. Le mouvement pacifiste, en Europe de l'Ouest, pétitionne à qui mieux mieux contre la diabolique trouvaille de la dissuasion nucléaire.
En Asie, les choses vont en se précipitant : Tchang Kaï-chek perd sa guerre contre Mao, se replie, en décembre 1949, à Taïwan. A Pékin, cinq ans après Ho Chi Minh au Vietnam, Mao proclame à son tour l'avènement d'un régime marxiste. La nouvelle Chine rouge conquiert son « far West » d'Asie centrale, envahit le Tibet. Aucune capitale occidentale ne bronche, à la déception de l'Inde, indépendante depuis seulement trois ans.
En Corée, Kim Il-sung force-t-il alors la main de Staline, ou bien celui-ci envoie-t-il son protégé coréen à l'aventure ? Toujours est-il que les forces nord-coréennes franchissent, le 25 juin 1950, le 38e parallèle en direction de Séoul, qu'elles prendront trois jours plus tard. L'armée sudiste s'effondre. En quelques jours, elle est repoussée jusqu'à Pusan, à l'extrême sud de la péninsule.
LA stupéfaction frappe Washington. Dès le 27 juin, Truman ordonne aux forces américaines de soutenir la Corée du Sud et de protéger Taïwan. Le 3 juillet, Washington obtient de l'ONU un habillage juridique permettant la composition d'une force internationale, essentiellement composée des alliés occidentaux des Etats-Unis, qui est placée sous le commandement du général Douglas MacArthur, chef des troupes américaines d'occupation du Japon, lequel réclamait depuis quatre ans qu'on se soucie des tentatives de poussées militaires communistes en Asie.
Un débarquement américain risqué à Inchon, le port de Séoul, sauvera la situation en septembre, permettant aux forces de l'ONU de reprendre pied sur la péninsule, de reconquérir le Nord. Une guerre d'une intensité rare menace de provoquer un nouveau conflit mondial : quand la Chine ­ qui en avait prévenu ­ se jette, en novembre 1950, dans la bataille, Truman envisage l'emploi de la bombe atomique. En trois ans, le conflit entre communisme et anticommunisme en Corée va faire 2,5 millions de morts, des millions de sans-abri, de personnes déplacées, d'orphelins... Le bilan le plus lourd est pour la Chine : près d'un million de morts parmi ses « volontaires » envoyés en vagues humaines sous le déluge des batteries d'artillerie. 
Pourquoi Mao s'est-il lancé dans ce conflit, à peine un an après avoir conquis son pays ? Les échanges qu'il eut avec Staline, rendus publics après l'effondrement de l'URSS, permettent de comprendre que le chef soviétique avait promis aux troupes chinoises une couverture aérienne qui ne se matérialisa pas. Ainsi le Géorgien, méfiant envers Mao, pensait ancrer définitivement la Chine dans son camp idéologique anti-américain. Mais pour le Chinois, la question coréenne prenait une autre signification : la péninsule, ancien vassal du trône chinois, ne pouvait être laissée sous la domination exclusive de la puissance occidentale.

Les deux Kim et les deux Corées se rencontrent à Pyongyang (Reuters, 13/6/2000)
Le numéro un nord-coréen Kim Jong-il est venu en personne accueillir à l'aéroport de Pyongyang le président sud- coréen Kim Dae-jung où les deux hommes ont ensuite entamé leur sommet, première rencontre à un tel niveau depuis la partition de la péninsule coréenne après la Seconde Guerre mondiale.
Vêtu d'une tenue beige martiale et prolétarienne, Kim Jong-il s'est avancé sur le tapis rouge de l'aéroport et les deux chefs d'Etat ont échangé une poignée de mains avant d'inspecter une garde d'honneur. Le "grand dirigeant" nord-coréen, fils de Kim Il-sung, faisait là l'une de ses rares apparitions en public.
Il s'agit d'ailleurs, pense-t-on, de la première visite d'un chef d'Etat à Pyongyang depuis que Kim Jong-il a succédé à son père en 1994.
Le chef de l'Etat sud-coréen est accompagné de son épouse et d'une délégation de 130 responsables et hommes d'affaires et de cinquante journalistes, tous sud-coréens, les correspondants étrangers n'ayant pas été admis.
Les deux chefs d'Etat ont ensuite quitté l'aéroport Sunan de Pyongyang à destination de la résidence d'Etat de Baekhwawon dans la capitale. Le cortège a suivi les boulevards sous les vivats de la foule.
"Le temps radieux à Pyongyang et à Séoul semble bien augurer du succès du sommet", a déclaré Kim Dae-jung lors d'une conversation avec son hôte, devant les caméras, avant d'avoir un entretien avec lui à huis clos. "Une fois de plus, j'aimerais vous remercier de m'avoir invité. Je suis sans mot, comblé de joie et de bonheur", a-t-il ajouté.
L'entretien n'a duré que 27 minutes, mais, comme l'avait dit Kim Dae-jung avant de quitter Séoul, l'importance de ce sommet tient avant tout au fait qu'il a lieu.
"Le fait que Kim Jong-il était venu à l'aéroport a été une surprise", a déclaré à Reuters à Séoul Sung Chang-kee, directeur général du service presse étrangère de l'Agence gouvernementale d'information.
"Et il était vraiment inattendu qu'il monte à bord de la même voiture que le président Kim Dae-jung", a-t-il ajouté.
La télévision a montré des dizaines de milliers de personnes le long des rues, applaudissant avec enthousiasme et agitant des azalées - en plastique -, la fleur symbole de la Corée du Nord.

"Ecarter les menaces de guerre"

A un moment, Kim Dae-jung a enchanté la foule en descendant de sa limousine - une Lincoln Continental qui aurait appartenu à Kim Il-sung - et en acceptant un bouquet de fleurs d'une femme habillée en tenue traditionnelle "hanbok".
Le président sud-coréen a dit avoir réalisé, par sa visite à Pyongyang, le rêve de toute une vie.
"Plus d'une fois, j'ai été désespéré à l'idée que je ne pourrais jamais mettre le pied sur le sol du Nord de mon vivant", a déclaré Kim dans un texte lu en son nom à Pyongyang par son porte-parole. "Mais maintenant j'ai réalisé le souhait de ma vie. Les 70 millions de Coréens du Sud et du Nord espèrent ardemment réaliser leur souhait dès que possible", ajoute-t-il.
Le sommet doit durer trois jours. Les deux pays sont toujours, depuis l'armistice de 1953, techniquement en guerre. Le cinquantenaire du déclenchement des hostilités par le Nord tombe le 25 juin.
Avant de quitter Séoul, Kim Dae-jung a déclaré espérer que cette réunion historique permettrait "d'écarter les menaces de guerre et de mettre un terme à la guerre froide sur la péninsule coréenne afin que les 70 millions d'habitants du Sud et du Nord puissent vivre en paix".
Les habitants de Corée du Sud espèrent notamment que les discussions permettront d'avancer sur le dossier des familles divisées. Avant de partir, le président sud-coréen a serré les mains de Coréens dont les familles sont séparées par la guerre depuis 50 ans.
Le sommet devrait permettre d'aborder la coopération dans tous les domaines, politique, économique, culturel ou encore touristique, a ajouté Kim, qui a dit espérer que Kim Jong-il viendrait à son tour un jour à Séoul.
La Corée du Nord, sans doute le pays le plus fermé au monde, a hérité du surnom de "royaume ermite" attribué pendant des siècles à l'ancienne Corée unifiée.
Confronté à la pénurie et à la famine, le pays de 22 millions d'habitants dépend en grande partie de l'aide internationale.
Pyongyang a besoin d'investissements étrangers et semble prêt à expérimenter une certaine ouverture. Lors de sa récente visite de Kim Jong-il en Chine, sa première visite à l'étranger en 17 ans, le numéro un nord-coréen a semblé prudemment approuver la politique d'ouverture économique pratiquée depuis plus de 20 ans par les autorités de Pékin.
D'autres signes indiquent que le "Paradis des ouvriers" pourrait s'ouvrir peu à peu au monde extérieur, comme l'établissement récent de liens diplomatiques avec plusieurs pays dont l'Italie et l'Australie.

Poutine en Corée du nord: Moscou signe avec éclat son retour en Asie (AFP, 9/6/2000)
La visite de Vladimir Poutine en Corée du nord va signer avec éclat le retour de la Russie sur la scène mondiale, en particulier en Asie où elle était devenue un acteur marginal face aux Etats-Unis, à la Chine et au Japon, estimaient vendredi les analystes.
Lors de cette première visite d'un dirigeant russe, Moscou "va faire tout son possible" pour que la péninsule de Corée soit une "région de stabilité et de sécurité", a déclaré le ministre russe des Affaires étrangères Igor Ivanov.
Le président Poutine devrait se rendre en Corée du nord entre le 10 et le 20 juillet, juste avant le sommet du G8 d'Okinawa et il
pourra ainsi livrer la primeur de ses entretiens avec Kim Jong Il aux leaders des pays les plus industrialisés.
Sur le chemin du G8, Poutine devrait également aller en Chine, selon un projet que le Kremlin n'a pas encore confirmé.
Igor Ivanov avait effectué une visite remarquée à Pyongyang en février dernier, la première d'un haut responsable russe depuis dix
ans. La Russie et la Corée du nord, qui avait été l'alliée de l'ex-URSS, avaient signé à cette occasion un nouveau pacte.
Ce traité d'amitié vise à enrayer le déclin qu'ont connu les relations entre les deux pays ces dernières années, selon Moscou.
"La Russie a été marginalisée du processus en cours dans la péninsule de Corée en raison de la détérioration de ses relations avec la Corée du nord. Elle a réalisé qu'elle avait fait une erreur en mettant l'accent sur ses relations avec la Corée du sud", estime un expert des relations russo-asiatiques, le directeur de l'agence japonaise Kyodo à Moscou, Shigeyuki Yoshida.
"Avec cette visite, Moscou entend clairement démontrer que la Russie veut être l'un des principaux acteurs du processus de
normalisation amorcé dans la péninsule" face aux Etats-Unis, à la Chine et au Japon, souligne le journaliste.
Les Etats-Unis ont réagi positivement à l'annonce de cette visite.
Celle-ci prend d'autant plus d'importance qu'elle a été annoncée à la veille du sommet historique entre les deux Corées des 12 et 14 juin à Pyongyang.
"Il y a dans cette région une partie un peu compliquée qui va commencer, personne ne veut en être absent", résume Pierre Rigoulot,rédacteur en chef du bulletin spécialisé La Lettre de Corée.
L'annonce de cette visite par le Kremlin, un mois après la prestation de serment du nouveau président, s'inscrit également dans le
cadre plus large de l'objectif affiché par Vladimir Poutine avant même son élection: redonner à la Russie toute sa place sur la scène internationale.
Avant son voyage en Asie, Vladimir Poutine, qui vient de recevoir Bill Clinton à Moscou et rentre d'Italie, se rendra la semaine
prochaine en Espagne puis en Allemagne.
Le sommet avec Bill Clinton a justement achoppé sur le NMD, le système anti-missiles que les Américains veulent mettre en place
pour se protéger des Etats "parias" comme la Corée du nord ou l'Iran. Ce système supposerait des modifications du traité
anti-missiles de 1972, dont les Russes refusent d'entendre parler.
"Les Russes pensent qu'ils doivent dialoguer avec les Etats parias afin que ces Etats soient justement moins isolés et plus
prévisibles (...). Je pense qu'ils vont s'efforcer lors de cette visite de calmer les peurs des Occidentaux, en particulier des Américains vis à vis de la Corée du nord", estime Dmitri Trenin de l'antenne russe du centre d'études américain Carnegie.
Même si Moscou assure que ce sujet ne sera pas abordé officiellement, "il est possible que cette visite démontre l'absence de
menace et donc l'inutilité du NMD", conclut Shigeyuki Yoshida.

Les deux Corées se retrouvent pour un sommet historique (AFP, 6/6/2000)
Les leaders des deux Corées doivent se rencontrer la semaine prochaine à Pyongyang à l'occasion de leur premier sommet après un demi-siècle de guerre froide dans la péninsule coréenne, mais à Séoul, la prudence reste de mise.
 Les Sud-Coréens ont placé de gros espoirs dans ce sommet entre le leader nord-coréen Kim Jong-Il et le président sud-coréen Kim Dae-Jung, dont ils attendent une nouvelle ère de détente, voire une réconciliation avec leur frère ennemi du nord.
 Les deux côtés se sont mis d'accord sur un agenda assez général, mais le président sud-coréen s'est dit prêt à discuter "de n'importe quoi sans aucune contrainte".
 Tout est donc théoriquement possible, mais les analystes estiment que ce sommet devrait aboutir tout au plus à un accord de coopération économique et permettre une réunion de familles séparées depuis la division de la péninsule en deux Corées distinctes en 1945.
 Cette rencontre, qui aura lieu lors de la visite de Kim Dae-Sung à Pyongyang du 12 au 14 juin, permettra aussi à l'"autre" Kim, devenu leader nord-coréen à la mort de son père en 1994, d'acquérir une nouvelle stature, selon le professeur Yu Suk-Ryul de l'Institut d'Etat des Affaires étrangères et de la sécurité nationale à Séoul.
 La Corée du nord, dont l'économie est exsangue, vit constamment sous la menace de la famine. Or, Pyongyang semble avoir réalisé que seule sa rivale du sud pouvait aujourd'hui lui apporter aide et assistance financière, selon ce professeur.
 Le sud doit néanmoins se montrer prudent, estiment ces analystes, qui soulignent que la crainte de disparaître au nord, en cas d'ouverture de la boite de Pandore des réformes, reste vive.
 "La Corée du nord peut accepter un compromis sur des sujets pratiques comme la réunion des familles ou des échanges économiques", souligne l'un d'entre eux Lee Jong-Seok de l'Institut Sejong.
 "Mais le danger existe que le sommet se termine par une confirmation du fossé qui existe entre les deux côtés d'un point de vue politique et militaire", ajoute cet expert, qui accompagnera à Pyongyang le président sud-coréen.
 Ce dernier a entamé dès son élection en 1998 une politique d'ouverture vers la Corée du nord destinée à mettre un terme à cinquante ans de conflit larvé. Les deux Corées sont toujours théoriquement en guerre depuis la fin de la guerre de Corée en 1950, en l'absence de traité de paix. Ce sommet marquera aussi un changement significatif dans les rapports entre les deux pays.
 Jusqu'à présent, la Corée du nord avait toujours ignoré sa voisine du sud, préférant s'adresser directement aux Etats-Unis dans ses tentatives d'ouverture.
 La décision nord-coréenne, annoncée le 10 avril dernier, a néanmoins surpris. Beaucoup soupçonnent le leader nord-coréen de chercher par ce sommet à maintenir son pays à flot sans chercher réellement une issue à la guerre froide, toujours en vigueur dans cette partie du monde.
 Tout accord ambitieux de ce type devra aussi recevoir l'aval des alliés des deux Corées, Chine et Etats-Unis. La présence de 37.000 soldats américains au sud, dont le retrait est constamment réclamé par Pyongyang, est un des problèmes les plus sensibles entre les deux Corées.
 La Chine n'est pas non plus indifférente à ce qui se passe dans la péninsule coréenne comme l'a prouvé le voyage la semaine dernière à Pékin de Kim Jong-Il.

Le leader nord-coréen Kim Jong-Il en Chine avant le sommet coréen (AFP, 1/6/2000)
Le dirigeant nord-coréen Kim Jong-Il a fait une visite non officielle de trois jours en Chine, la première visite à l'étranger d'un numéro un nord-coréen depuis le début des années 1990, destinée à renforcer sa position à quelques jours d'un sommet coréen historique.
 La visite, qui s'est déroulée du 29 au 31 mai mais avait été gardée secrète à la demande de Pyongyang, a finalement été rendue publique par Pékin, le dernier allié de Pyongyang après l'effondrement du bloc soviétique, après le retour de M. Kim en Corée du nord.
 Elle survient quinze jours avant la tenu d'un sommet historique à Pyongygang entre M. Kim Jong-Il, l'un des dirigeants les plus secrets du monde, et le président sud-coréen Kim Dae-Jung, une première entre leaders coréens.
 Prévu du 12 au 14 juin, le sommet devrait, de l'avis de tous les analystes, ouvrir un nouveau chapitre dans les relations entre les deux frères ennemis, séparés par un demi-siècle de guerre froide.
 "En venant chercher le soutien de Pékin, Kim Jong-Il renforce sa position avant le sommet inter-coréen" souligné un diplomate occidental, tandis que la Corée du sud s'est aussitôt félicitée de la visite, estimant qu'elle aurait un impact positif sur le sommet à venir.
 A Tokyo, la visite a été saluée comme un signe de l'ouverture de la Corée du nord, l'un des pays les plus isolés du monde, dont l'économie est exsangue et qui compte sur le sommet pour obtenir des concessions économiques.
 La Chine s'est elle aussi félicitée de la visite, jugée comme "un signe positif" juste avant le sommet coréen, même si selon un officiel chinois ayant requis l'anonymat, des difficultés importantes sont encore à prévoir sur le chemin de la réunification.
 Signe de l'importance accordée à sa visite, M. Kim a été reçu par toute la haute direction chinoise au grand complet, en tête desquels le président chinois Jiang Zemin, le président du parlement chinois Li Peng et le premier ministre Zhu Rongji.
 Le président Jiang, avec qui M. Kim s'est entretenu pendant la visite, a selon l'agence Chine nouvelle, réitéré le soutien de Pékin à la réunification coréenne et rappelé qu'en temps que "voisin proche", la Chine est "prête à aider au maintien de la paix et de la stabilité dans la péninsule" coréenne.
 M. Kim a de son coté remercié la Chine de l'aide alimentaire apportée à la Corée du nord ces dernières années, tout en saluant les réalisations économiques et le statut international grandissant de la Chine.
 "Tout cela montre que la politique de réforme et d'ouverture au monde extérieur, lancée par (le patriarche chinois) Deng Xiaoping est correcte et le parti et le gouvernement coréens soutiennent cette politique" a-t-il ajouté, cité par Chine nouvelle.
 Kim Jong-Il, l'un des dirigeants les plus secrets du monde, rencontre rarement des responsables étrangers, mais la Corée du Nord a commencé ces derniers mois à sortir quelque peu de son isolement en établissant des relations avec l'Italie, les Philippines et l'Australie.
 Kim Jong-Il aurait effectué sa dernière visite en Chine en 1983, tandis que le dernier sommet sino-nord-coréen remontait à 1991, lorsque l'ancien "président éternel" nord coréen Kim Il-Sung s'était rendu à Pékin. 
L'établissement de relations diplomatiques entre la Chine et la Corée du Sud en 1992 avait quelque peu refroidi les relations bilatérales, tandis que l'évolution de la Chine vers l'économie de marché avait pris de court Pyongyang.
 Un réchauffement très net était intervenu en juin dernier lorsque le président de l'Assemblée populaire suprême nord coréenne Kim Yong Nam, le "numéro deux" du régime avait effectué une visite en Chine de quatre jours, la première d'un haut dirigeant du régime de Pyongyang en Chine depuis 1991.

L'homme fort de Corée du Nord en visite discrète à Pékin (AP, 1/6/2000)
Pour son premier voyage à l'étranger dont on ait eu connaissance en 17 ans, le dirigeant nord-coréen Kim Jong Il s'est fort discrètement rendu en Chine, visitant la ''Silicon Valley'' chinoise et discutant avec les responsables chinois du prochain sommet avec la Corée du Sud, a-t-on fait savoir de sources officielles à Pékin jeudi. 
Cette visite secrète de trois jours du dirigeant le plus discret de la planète est la rencontre à plus haut niveau en six ans entre les
deux anciens alliés, et marque le réchauffement des relations après plus d'une décennie de froid. 
Arrivé lundi par train spécial, Kim est reparti mercredi, a fait savoir l'agence gouvernementale Chine nouvelle, qui qualifiait la visite de non-officielle. 
Il a rencontré le président Jiang Zemin, le Premier ministre Zhu Rongji et le président de l'Assemblée Li Peng, ont fait savoir par
ailleurs des responsables sud-coréens à Pékin et Séoul, s'exprimant sous le couvert de l'anonymat. Au cours de ces rencontres, il
aurait salué le succès des réformes et de l'ouverture économique chinoise. 
Le président Jiang s'est lui réjoui du sommet qui doit réunir du 12 au 14 juin Kim Jong Il et son homologue sud-coréen Kim Dae-Jung, premier sommet entre les deux frères ennemis coréens. 
Selon l'agence sud-coréenne Yonhap, Jiang a prôné le resserrement des liens entre les deux pays communistes et annoncé qu'il se rendrait à Pyongyang dans l'année. 
Kim, arrivé au pouvoir en 1994 après la mort de son père Kim Il Sung, a également visité Zhongguancun, la zone ''high-tech'' de
Pékin, où sont installées les entreprises liées à l'informatique et à Internet, rapportent les Sud-Coréens. 
Alliées pendant la guerre de Corée (1950-53), Pékin et Pyongyang se sont éloignées lorsque la Chine noua des relations
diplomatiques avec la Corée du Sud en 1992 et se lança dans les réformes capitalistes, tandis que le régime de Pyongyang
s'enfonçait dans l'isolement. Les rapports ont connu un net réchauffement au cours de l'année passée, avec plusieurs visites de haut niveau. 
Quant à la discrétion affichée par Kim pour cette visite chinoise, certains analystes avançaient la crainte d'un coup d'Etat en son
absence, d'autres estimant qu'il voulait éviter de laisser penser qu'il allait chercher la bénédiction de Pékin avant son sommet avec la Corée du Sud. 

 


 
Les principaux événements entre les deux Corées (AFP, 13/6/2000)
chronologie des principaux événements intervenus entre les deux Corées depuis la division de la péninsule en 1945:

Août 1945: La péninsule coréenne est divisée entre le Nord communiste et le Sud capitaliste à la fin de la Seconde Guerre mondiale.
 Août 1948: Syngman Rhee est nommé premier président de la république de Corée du Sud, soutenue par les Etats-Unis.
 Sept 1948: La République populaire et démocratique de Corée, la Corée du Nord, soutenue par l'Union soviétique, est officiellement fondée avec Kim Il-Sung à sa tête.
 Juin 1950: Les troupes nord-coréennes envahissent le Sud, déclenchant la guerre de Corée.
 Juil 1953: La Corée du Nord signe un cessez-le-feu avec les Etats-Unis, qui met fin techniquement à la guerre de Corée. Celle-ci a fait quelque trois millions de morts ou de disparus. Aucun traité de paix n'est signé.
 Jan 1968: Un commando de 31 Nord-Coréens gagne Séoul dans une tentative -- ratée -- d'assassiner le président Park Chung-Hee.
 Juil 1972: Les deux Corées annoncent un accord pour parvenir à la réunification par le biais d'un processus pacifique.
 1973-1975: Les deux Corées tiennent 10 sessions de négociations au niveau ministèriel au village frontière de Panmunjom.
 Oct 1983: Quatre ministre sud-coréens meurent dans un attentat à la bombe, attribuée à la Corée du Nord, à l'occasion d'une visite en Birmanie.
 Mai 1985: Deux envoyés nord-coréens se rendent à Séoul pour y rencontrer le président Chun Doo-Hwan.
 Sept 1985: Des familles divisées depuis la guerre de Corée se rendent à Séoul et à Pyongyang.
 Nov 1987: Attentat à la bombe nord-coréen contre un avion sud-coréen au-dessus de la Birmanie.
 Sept 1990: Les Premiers ministres des deux Corées se rencontrent pour la première fois à Séoul.
 Juin 1993: La Corée du Nord mène des essais de missiles au-dessus de la mer du Japon.
 Juil 1994: Mort de Kim Il-Sung avant la tenue prévue d'un sommet inter-coréen.
 Oct 1994: La Corée du Nord signe un accord à Genève avec les Etats-Unis dans lequel Pyongyang accepte de gêler son programme nucléaire.
 Sept 1996: Un sous-marin nord-coréen pénêtre les eaux sud-coréennes. 22 Nord-Coréens sont tués.
 Déc 1997: Premiers pourparlers de paix à Genève.
 Juin 1998: Le groupe sud-coréen Hyundai et la Corée du Nord se mettent d'accord pour un projet touristique commun sur le mont Kumgang.
 Août 1998: La Corée du Nord procède aux essais d'un missile balistique à longue portée, Taepo-dong 1, qui survole le Japon, provoquant l'inquiétude de la communauté internationale.
 Juin 1999: Bataille navale entre navires nord-coréens et sud-coréens.
 Avr 2000: Annonce de la tenue d'un sommet inter-coréen
 13 juin 2000: Premier sommet historique entre les leaders des deux Corées à Pyongyang.

 

Mise à jour : février 2001
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