Politique
Kim Jong-Il: l'ombre de son père, le "leader suprême"
(AFP,
6/6/2000)
Kim Jong-Il, le "cher leader" nord-coréen qui participera la
semaine prochaine au sommet historique entre les deux Corées, vit
depuis des années dans l'ombre de son père, le "leader suprême"
Kim Il-Sung, mort mystérieusement en 1994.
Depuis, Kim Jong-Il a certes été élevé
au rang de "leader suprême" par la presse d'Etat nord-coréenne,
mais il a décliné le titre de président du pays préférant
gouverner avec le titre de président de la commission nationale
de défense.
Kim Jong-Il a effectué la semaine dernière un voyage
de trois jours à Pékin, sa première visite à
l'étranger depuis la mort de son père. Les médias
sud-coréens ont récemment affirmé qu'il se rendrait
à Séoul en août. Si c'était le cas, il s'agirait
d'un changement majeur pour l'image du leader nord-coréen, jusqu'ici
extrêmement discret.
La télévision chinoise a montré la semaine
dernière des images de Kim Il-Jong, âgé de 58 ans,
habillé d'un costume Mao de couleur grise et paraissant en excellente
forme.
Apparaissant rarement en public, le mystérieux leader
nord-coréen vit une existence confortable à la tête
d'un pays exsangue, menacé par la famine. Passionné de cinéma,
on le dit aussi amateur de belles voitures.
La télévision japonaise a diffusé la bande
son de sa rencontre la semaine dernière avec le président
chinois Jiang Zemin. A cette occasion il a simplement dit: "je suis content
de vous voir. Vous faites jeune". Sa dernière déclaration
remonte à 1982 lorsqu'il avait très brièvement félicité
l'armée de son pays. Cette manie du secret a contribué à
façonner un mythe autour de sa personnalité. On le dit ainsi
excentrique, incontrôlable et avide de luxe.
Il avait été nommé dès 1974 successeur
de son père, inaugurant ainsi la première dynastie communiste
dans le monde.
Au cours des années 70 et 80, il ne s'est guère
occupé de politique et avant son voyage à Pékin, il
n'avait voyagé à l'étranger que deux fois, en Chine
et en Allemagne de l'est en compagnie de son père.
La course de vitesse du Coréen Kim Dae-jung
(Le
Monde, 26/4/2000)
La "non-victoire" du Parti démocrate du millénaire
du président Kim Dae-jung, qui a progressé sans toutefois
atteindre la majorité à l'issue des élections du 13
avril, pourrait servir la jeune démocratie coréenne en contraignant
les forces politiques à chercher des compromis au lieu de se heurter
de front.
Dans un rare geste de conciliation, le président
Kim Dae-jung et le chef du Grand Parti de la nation (opposition), Lee Hoi-chang,
viennent de décider de coopérer pour la préparation
du sommet entre les deux Corées qui doit avoir lieu les 12 et 14
juin. C'était la troisième fois seulement que les deux hommes
se rencontraient depuis que Kim Dae-jung a été élu
en décembre 1997.
Le nouvel équilibre des forces à l'Assemblée,
où l'opposition frôle la majorité, ne devrait pas trop
gêner le président Kim dont le parti cherchera à rallier
les indépendants et à renouer avec l'Union libérale
démocrate (partenaire dans la précédente coalition).
Mais, derrière cette continuité apparente, quelque chose
a changé : le chef de l'Etat a « perdu la main ». Il
a perdu sinon l'initiative - la Constitution donnant des pouvoirs considérables
au chef de l'Etat -, du moins la force de conviction qui lui a permis au
cours des deux premières années de son mandat d'entamer une
transformation profonde de la Corée. M. Kim a senti le vent tourner.
Pragmatique, il change de cap : renonçant aux méthodes parfois
autoritaires dont il a fait preuve pour forcer les réformes, il
cherche des terrains d'entente avec l'opposition afin de donner un caractère
national à sa politique de main tendue en direction du Nord.
Lorsqu'il est arrivé au pouvoir, Kim Dae-jung
avait un énorme crédit. Le pays s'enfonçait dans une
crise financière dont on ne voyait pas l'issue. Et bien qu'une bonne
partie des électeurs ait voté contre lui, tout le monde souhaitait
qu'il réussisse à le dégager de l'ornière.C'est
ce qu'il a fait : il a recapitalisé le système bancaire,
enrayé la chute du won, reconstitué les réserves,
relancé la croissance et engagé des réformes structurelles.
Impressionnant bilan. Mais la poursuite des scandales dans le monde politique
et la bureaucratie, l'écart qui s'est creusé entre les riches
et les laissés-pour-compte, conjugué aux désillusions
des dissidents d'autrefois qui ont combattu pour la démocratie avec
Kim Dae-jung et l'accusent de ne pas avoir tenu ses promesses en matière
de justice sociale, tout cela a entamé la crédibilité
du chef de l'Etat.
UNE ANNONCE TROP OPPORTUNE
Beaucoup ne croient plus ce qu'il promet. Le sommet
avec le Nord est un bon exemple. Annoncé trois jours avant les élections,
cette rencontre « historique » tombait si bien à propos
que tout le monde a cru à une grossière manoeuvre politique.
On ne connaît pas encore les dessous de l'accord entre Pyongyang
et Séoul. Mais personne n'a cru la version officielle : c'est
la Corée du Nord qui a inopinément décidé d'annoncer
le sommet avant les élections au Sud. La « potion magique
» du Nord n'a pas eu d'effet sur les électeurs sinon un effet
contraire : le caractère « historique » de ce sommet
est obscurci par le scepticisme provoqué par une annonce trop opportune
pour le parti gouvernemental. Et l'opinion n'a même pas donné
à M. Kim le bénéfice du doute.
Lorsqu'il a accédé au pouvoir, Kim
Dae-jung avait une force que même ses ennemis ne pouvaient lui nier
: l'ascendant du combattant pour la démocratie qui, à trois
reprises, avait failli payer cet engagement de sa vie. Mais cette image
est aujourd'hui plus prégnante à l'étranger qu'en
Corée. C'est le manoeuvrier de la politique plus que la figure historique
qui domine dans l'esprit des Coréens. Plus qu'un Nelson Mandela,
il est devenu une sorte de Mikhaïl Gorbatchev, encensé à
l'étranger mais peu apprécié dans son pays, écrit
la Far Easten Economic Review. Les mouvements de citoyens - qui
se sont avérés dans ces élections la grande force
de renouveau politique - ont servi le parti gouvernemental en lui évitant
la défaite pure et simple attendue, mais ils sont loin d'être
acquis au président.
Kim Dae-jung paraît quelque peu isolé
: il n'a plus le soutien de la dissidence d'hier ou des syndicats, sans
pour autant rallier les forces de renouveau de la démocratie ; une
partie de l'opinion n'a plus confiance en lui. Confronté à
une opposition « remontée » et clamant qu'il a été
désavoué par le pays, le président aura des difficultés
à « reprendre la main ». On ne doit pas s'attendre à
un revirement de la politique de réformes économiques qu'il
a entamée, mais le « tempo » de celles-ci risque de
se ralentir précisément au moment où la reprise de
la croissance, en diminuant le sentiment d'urgence, tend à démobiliser
les énergies réformistes. Bien que beaucoup reste à
faire pour remédier à l'endettement des banques et accélérer
la restructuration industrielle, des forces autonomes de renouveau (telles
que l'essor fulgurant d'Internet) sont cependant à l'oeuvre qui
témoignent du dynamisme économique du pays.
Le seul atout qui reste à Kim Dae-jung est
sa politique d'ouverture vis-à-vis de Pyongyang. La rencontre avec
le dirigeant du Nord, Kim Jong-il, pour la première fois depuis
la partition de la péninsule il y a plus d'un demi-siècle
et une guerre fratricide, lui redonnera assurément son vernis de
figure historique. Mais c'est aussi un jeu risqué. Même si
la rencontre a en soi une signification historique indéniable, revenir
de Pyongyang les mains vides pourrait déclencher le feu de l'opposition,
hostile à une politique de main tendue dans laquelle le Sud, plus
que le Nord, fait des concessions.
La politique de réconciliation que mène
avec constance Kim Dae-jung depuis deux ans a le mérite du réalisme
: nourrie d'une vision historique qui a fait défaut à ses
prédécesseurs, c'est la seule qui peut à terme désenclaver
la Corée du Nord et éviter ainsi le risque de chaos dans
la péninsule et de déstabilisation dans toute la région
qu'entraînerait la chute du régime. Les dirigeants de Pyongyang,
de leur côté, ont tout intérêt à soutenir
les efforts de Kim Dae-jung. C'est Séoul qui, derrière la
scène, contribue à dégager le « royaume ermite
» de son isolement diplomatique par des pressions sur les pays occidentaux
pour qu'ils normalisent leurs relations avec le dernier régime stalinien
de la planète et lui ménagent ainsi une survie qui dépend
de l'aide internationale. Du succès de sa politique à l'égard
du Nord dépend l'image que laissera un Kim Dae-jung, à l'aura
aujourd'hui écornée, dans l'histoire de la Corée.
Corée du Sud: l'opposition reste le premier groupe au Parlement
(AP,
13/4/2000)
Le président sud-coréen et son Parti démocrate
du Millénaire (PDM) espéraient tirer à l'occasion
des législatives de jeudi les bénéfices d'un rapprochement
annoncé avec la Corée du Nord. Espoir déçu.
Selon les derniers résultats portant sur le dépouillement
de près de 100% des bulletins de vote, les opposants du Grand parti
national (GPN) restent le premier groupe à l'Assemblée nationale
avec 133 des 273 sièges à pourvoir contre 115 au PDM.
Les deux partis font ainsi mieux qu'aux élections précédentes,
à la différence de l'Union des démocrates libéraux
(UDL), qui fait figure de grande perdante. La formation a seulement obtenu
17 sièges, soit moitié moins que dans l'Assemblée
nationale sortante. Les petits partis et les indépendants ont quant
à eux remporté huit sièges.
Pas moins de 1.040 candidats se disputaient les 227 sièges en
lice via le suffrage direct, alors que 46 autres sièges devaient
être répartis entre les formations à la proportionnelle
à l'occasion de ce scrutin.
L'annonce du sommet en juin prochain à Pyongyang entre M. Kim
et le dirigeant nord-coréen Kim Il Song n'a visiblement pas profité
au parti présidentiel toujours à la recherche d'une majorité.
Le taux de participation a péniblement atteint 57,2% en ce jour
ensoleillé, alors qu'il avait été de 63,9% en 1996.
La plupart des 33,5 millions d'électeurs inscrits ont sans doute
préféré voter en faveur de leurs candidats locaux,
plutôt que d'accorder une importance nationale au scrutin. ''L'influence
du sommet sur les électeurs sera limité'', confiait Kang
Young-shik, 29 ans, après avoir voté. ''Les jeunes comme
moi n'en font pas un facteur important dans leur prise de décision''.
Quelles que soient les raisons des électeurs, ce scrutin n'est
donc pas le coup de pouce populaire espéré par le président
Kim qui cherche à se relancer à mi-mandat. Alors qu'aucun
parti ne peut espérer remporter la majorité absolue au Parlement
monocaméral, M. Kim se retrouve dans la position d'avoir à
rechercher un nouveau partenaire de coalition.
On se souvient que l'Union des démocrates libéraux (UDL)
à laquelle appartient le Premier ministre conservateur Kim Jong-pil
a claqué la porte de la coalition en février dernier. Le
président mène actuellement une douloureuse restructuration
du secteur bancaire et des ''cheabols'', ces énormes conglomérats
industriels comme Daewoo -en faillite- ou Hyundai.
Une dizaine d'entre eux se sont effondrés sous le poids de dettes
colossales en 1997, contraignant la Corée à accepter les
drastiques conditions du FMI dans le cadre d'un plan de sauvetage de 58
milliards de dollars (394 millions de FF/60 milliards d'euros).
La liste noire des politiciens véreux secoue la vie politique
sud-coréenne (AFP, 25/1/2000)
La majorité au pouvoir depuis deux ans en Corée du sud
est sérieusement ébranlée par la publication lundi
d'une liste noire de 67 hommes politiques étiquetés "incompétents
et corrompus" par 470 associations et organisations de citoyens. Le président
de l'assemblée nationale, Park Jyun-Kyu qui figure sur cette liste
à d'ores et déjà annoncé qu'il se retirait
de la campagne électorale en vue des élections générales
d'avril prochain. C'est la seconde personnalité à prendre
une telle décision. Han Lee-Hun, un député indépendant,
avait retiré sa candidature dès la parution de cette liste
lundi qui contient un nombre à peu près égal de membres
de la majorité et de l'opposition. Cette liste a fait naître
une brouille dans l'alliance entre le Parti Démocratique du Millennium
(MDP) du président Kim Dae-Jung et celui des Démocrates libéraux
unis (ULD). Le chef de cette dernière formation, Kim Jong-Pil, premier
ministre jusqu'à la semaine dernière, est l'une des principales
figures politiques à être ainsi épinglée. Kim
Jong-Pil a annulé sa rencontre prévue avec le président
jeudi qui devait symboliser l'alliance entre leurs formations politiques
respectives. L'ULD est particulièrement ulcérée
par cette affaire car elle elle soupçonne ses partenaires de comploter
contre elle.
"Nous avons discerné une conspiration par une série de
tentatives récentes visant à abattre les forces conservatrices
et le parti" a
déclaré le porte-parole de l'ULD Lee Yang-Hee à
l'issue d'une réunion des dirigeants du parti. M. Kim Jong-Pil a
fait équipe avec le président Kim Dae-Jung en février
1998 pour accéder au pouvoir à la tête d'un gouvernement
réformiste avec l'ambition de faire des réformes touchant
aussi bien la vie politique du pays que ses secteurs financiers et industriels.
Mais le fait qu'il se retrouve aujourd'hui sur cette liste d'infamie suscite
la colère de son parti, l'ULD, qui est persuadé qu'elle vise
à ruiner son avenir électoral.
Le secrétaire général de l'ULD Kim Huyn-Uck soutient
que deux responsables de la présidence et le MDP sont au centre
de ce
complot qui, selon lui, utilise les groupes et les associations civiques
comme des "couvertures", écrit le journal Munhwa.
"Ce genre de conspiration est tout simplement inimaginable et impossible",
a assuré mercredi le président Kim.
Un sondage national effectué auprès de 800 personnes
a montré que 84,5% des électeurs ne voteraient pas en faveur
d'une
personnalité figurant sur la liste lors des élections
générales qui auront lieu le 13 avril prochain. Ces associations
ont annoncé qu'elles allaient publier cette semaine une nouvelle
liste d'hommes politiques incapables. "Il est très dommage que le
monde politique n'ait pas été capable de se réformer
lui-même et que des associations de citoyens aient du s'engager de
la sorte", a encore reconnu le président sud-coréen.
Economie, Industries
et R&D
Corée: Kim promet de poursuivre les réformes économiques
(Reuters,
17/4/2000)
Le président sud-coréen, Kim Dae-jung, déclare
qu'il maintiendra son programme de restructurations financières
et économiques et qu'il tenterait d'obtenir le soutien de l'opposition
avant le sommet historique de Pyongyang en juin prochain. Dans un discours
à la nation retransmis à la télévision, le
président s'est engagé à boucler les réformes
économiques d'ici la fin de l'année."Le gouvernement procédera
à des restructurations incessantes, non seulement dans la finance
et dans le secteur des entreprises, mais aussi dans le secteur public",
a-t-il dit.Kim Dae-jung a précisé que la privatisation des
entreprises publiques se poursuivrait et s'est fixé comme objectif
de faire de la Corée du Sud "le pays numéro un" pour les
investisseurs étrangers. Il a ajouté que le gouvernement
s'efforcerait de maintenir la stabilité des prix à la consommation,
des taux d'intérêt et des marchés financiers sud-coréens.
Le programme de privatisation avait été la cible privilégiée
du Grand Parti national (GNP) lors de la campagne des élections
législatives, avec un certain succès puisque la formation
d'opposition est devenue, avec 133 élus sur 273, le premier groupe
au Parlement. Les dirigeants du GNP accusaient notamment le gouvernement
de brader les actifs publics de la Corée du Sud. Lors de son allocution,
le président Kim a proposé la tenue d'une réunion
avec le dirigeant du GNP, Lee Hoi-chang, pour tenter de définir
un consensus sur les questions politiques et nationales."Il est temps pour
nous tous de promouvoir une harmonie nationale et de nous préparer
à faire du sommet historique (à Pyongyang) un succès",
a-t-il dit. Le président sud-coréen doit rencontrer en juin
prochain à Pyongyang le dirigeant nord-coréen Kim Jong-il.
Corée du Sud : la croissance a fait un bond de 10,7% en 1999
(Reuters,
22/3/2000)
La Corée du Sud annonce une croissance économique de
10,7% en 1999, son rythme le plus élevé en plus de dix ans,
après la rude récession qui a suivi la pire crise financière
du pays. La croissance du PIB, dont le chiffre est encore provisoire, a
dépassé la prévision de 10,2% de la Banque de Corée
et alimente les craintes d'une surchauffe économique et d'une spirale
inflationniste. En 1998, le PIB s'était contracté de 6,7%.
Au dernier trimestre de l'an dernier, le PIB sud-coréen a enregistré
une progression de 13,0% contre une baisse de 5,9% pendant la même
période de 1998, a précisé la Banque de Corée
dans un communiqué. Elle a attribué ce bon résultat
à une reprise rapide de la consommation intérieure, y compris
au niveau des dépenses d'investissements des entreprises, et à
une croissance soutenue des exportations.
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