INTERVIEW DU MINISTRE DE LA DEFENSE INDIEN Propos recueillis
par François Gautier à New Delhi (29/6/99)
Un avertissement du Ministre de la Défense indien à
la France
George Fernandes est un Ministre de la Défense pas comme les
autres. Il est né il y a 68 ans dans une famille catholique de la
bourgeoisie de Goa, l’ancienne colonie portugaise du sud-ouest de l’Inde.
Très tôt, il démontre des qualités de leader:
"j’étais Président de l’association des élèves
de mon école", se rappelle-t-il. Envoyé au petit séminaire,
il part en claquant la porte et devient athée, "parce que la réalité
ne collait pas avec l’idéal que j’en avais". Il quitte alors tout
: famille, sécurité, amis et va organiser les syndicats des
rickshaws (pousse-pousse) de Calcutta qu’il considère toujours "parmi
les plus défavorisés de
l’Inde". Il devient donc un marxiste acharné, puis émigre
à Bombay, où il organise les cheminots en un puissant syndicat,
qui mettra l’Inde à genoux en paralysant tout le pays pendant une
grève générale qui dure un mois. Madame Gandhi, alors
au pouvoir, le fait jeter en prison en 1974. C’est là qu’il apprend
que l’Inde a fait exploser son premier engin nucléaire, à
Pokhran, dans le désert du Rajasthan. Alors lui, le marxiste, le
gandhien, le non-violent, écrit une lettre, aujourd’hui célèbre,
où il accuse Indira Gandhi d’opportunisme. Mr Fernandes n’imaginait
pas qu’un jour il serait Ministre de la Défense et que l’Inde serait
à deux doigts d’un conflit nucléaire avec le Pakistan.
Q. Pensez-vous que le Pakistan bluffe lorsqu’il menace d’utiliser
l’arme nucléaire dans le conflit qui vous oppose au Cachemire ?
R. Pas du tout. Et je vais vous expliquer pourquoi. Nous avions
préparé nos explosions nucléaires de mai dernier dans
le plus grand secret - même les satellites américains n’y
ont vu que du feu - et à fortiori les Pakistanais, qui n’étaient
au courant de rien. Or, six jours après nos essais, les Pakistanais
ont été capables de nous répondre par leurs propres
tests. Ce qui veut dire, qu’ils en avaient la capacité. D’ailleurs,
bien avant cela, il s’étaient vantés de posséder plusieurs
bombes atomiques et nous les avons pris au mot.
Q. Mais de là à les utiliser…
R. Vous savez, ils ont perdu les trois guerres qu’ils ont initiées
contre nous et ils ont toujours refusé de signer avec nous un traité
de non utilisation en premier d'arme atomique. Ils savent que nous sommes
supérieurs conventionnellement - alors, en cas de quatrième
conflit, la tentation de d’appuyer sur le bouton nucléaire pourrait
facilement leur venir… Mais je vous le dis : s’ils sont les premiers à
utiliser l’arme nucléaire ce serait une TOTALE folie de leur part
et il n’y aura plus de Pakistan.
Q. Vous savez que la France s’apprête à livrer au
Pakistan huit Mirage et un sous-marin Agusta ?
R. Oui, d’ailleurs hier matin, notre gouvernement a fait remettre une
lettre de protestation auprès du vôtre. Nous avons une très
bonne relation avec votre pays - et nous lui sommes particulièrement
reconnaissants de la retenue dont il a fait part lors de nos essais nucléaires.
Nous partageons également avec vous la vision d’un monde multipolaire
avec les Etats Unis, l’Europe, la Russie, la Chine, le Japon et l’Inde.
Le Pakistan est un pays irresponsable, un pays agresseur, comme cela a
été prouvé lors du conflit actuel - d’ailleurs le
G-8 et même le Président Clinton ont demandé à
Islamabad de retirer ses troupes du côté indien du Cachemire.
Je vous avertis donc : l’Inde et la France ont des intérêts
de défense communs et en donnant des ames dangereuses au Pakistan
dans la conjoncture actuelle, vous commettriez une grave erreur.
R. Dans la logique de la partition, qui donnait au Pakistan les
régions limitrophes à forte majorité musulmane et
à l’Inde celles qui étaient hindoues, la vallée du
Cachemire qui a une forte population musulmane, n’aurait-elle pas dû
revenir au Pakistan ?
R. Je le dirai une fois pour toutes: nous revendiquons la TOTALITE
du Cachemire, car le maharaja de l’époque, Hari Singh, opta à
l’indépendance, comme il en avait le droit, de rattacher son état
à l’Inde. C’est pour cela que nous n’accepterons jamais la Ligne
de Contrôle actuelle (imposée par l’ONU lors du cessez-le-feu
du premier conflit indo-pakistanais e 1948).
Q. Cela veut-il dire que vous allez pénétrer au
delà de la Ligne de Contrôle pour y pourchasser les moudjahidin
?
R. le Pakistan continue de fournir aux militants infiltrés
du côté indien armes, munitions et vivres. Il faut absolument
que nous les coupions de leurs lignes arrières.
Q.Le Premier Ministre pakistanais Nawaz Sharif est en ce moment
à Beijing. Vous avez dit une fois que la Chine était l’ennemi
numéro un de l’Inde. Pourquoi ?
R.J’ai été mal cité, car l’Inde et la Chine partagent
beaucoup ensemble. Mais il n’empêche que la perception que nous avons
des menaces militaires et nucléaires pesant sur l’Inde, vient surtout
du Nord. D’ailleurs, la Chine nous attaqua en 1962 et revendique toujours
des morceaux de notre territoire. Mais nous continuons de tenter
d’améliorer nos relations et notre Ministre des Affaires Etrangères
était lui aussi récemment à Pékin. Nous espérons
cependant que la Chine va cesser d’armer le Pakistan, à qui elle
a même fourni par le biais de la Corée du Nord des missiles
capables de porter des têtes nucléaires.
Q. Alors finalement, quelle est la solution entre l’Inde et le
Pakistan ?
R. C’est une question de temps : les deux Allemagne ont résolu
leurs différends, les deux Vietnam, bientôt peut-être
les deux Corée. Alors pourquoi pas nous un jour ?
Avancées militaires indiennes au Cachemire
KARGIL (Inde), 29 juin (AFP) - L'Inde a affirmé mardi avoir
progressé dans son assaut contre des combattants pro-pakistanais
retranchés dans la haute montagne du Cachemire avec de violents
bombardements aériens nocturnes et la reprise de deux sommets. Au
51ème jour de conflit, les efforts diplomatiques pour tenter de
mettre fin aux combats semblaient au point mort, les Etats-Unis ayant affirmé
avoir eu des discussions productives avec le Pakistan tenu pour responsable
de la crise mais fait état d'aucun progrès tangible. Le Premier
ministre pakistanais Nawaz Sharif a conclu une visite en Chine - alliée
du Pakistan qui a cependant gardé une position neutre dans cette
crise - pour rentrer plus tôt que prévu à Islamabad
en raison du conflit, sans que l'on sache les raisons exactes de ce changement.
Des avions indiens ont bombardé dans la nuit de lundi à mardi
des positions ennemies dans tous les secteurs de combat, notamment sur
le sommet de Tiger Hills, qui domine à 4.590 m la route stratégique
Srinagar-Leh dans le nord du Cachemire indien, alors que l'armée
continuait son assaut au canon Bofors de 155mm. Un responsable de l'armée
de l'air a affirmé que ces opérations nocturnes se déroulaient
"avec succès", les avions, notamment des
Mirage-2000, pouvant lancer des bombes guidées au laser avec
une bonne visibilité avec moins de risque d'être touchés
par des
missiles ennemis. L'armée a annoncé la reprise de deux
nouvelles hauteurs dans le secteur de Drass, côté indien le
long de la "ligne de contrôle" séparant l'Inde du Pakistan,
permettant de sécuriser un peu plus l'axe stratégique Srinagar-Leh.
Selon un responsable de l'armée, des troupes indiennes ont encerclé
Tiger Hills de trois côtés mais un assaut total n'a pas encore
commencé, l'artillerie continuant d'affaiblir les positions
ennemies. L'armée indienne avait affirmé lundi avoir fait
échec à une tentative pakistanaise de capturer des crêtes
près du glacier du Siachen, tout au nord du Cachemire, faisant 15
morts chez les Pakistanais. L'Inde accuse le Pakistan d'avoir infiltré
les combattants islamistes et des soldats pakistanais dans le but justement
de tenter de s'emparer du glacier du Siachen disputé par les deux
pays, plus haut champ de bataille du monde à près de 7.000
m. Depuis le début de l'offensive indienne le 9 mai, les combats
ont fait 175 morts et 364 blessés indiens et 398 soldats pakistanais
et
123 militants islamistes tués, selon les chiffres officiels
indiens. Selon le Pakistan, au moins 400 soldats indiens et 76 pakistanais
ont été tués. Le Pakistan, sous forte pression
internationale pour un retrait de ces combattants infiltrés, dément
avoir des forces au Cachemire indien et soutenir les guérilleros.
On s'interrogeait à New Delhi sur les raisons du retour précipité
de M. Sharif à Islamabad, le journal Times of India affirmant qu'il
avait peur d'un coup de force de son armée refusant tout compromis
avec l'Inde, mais d'autres journaux estimant que c'était dû
aux pressions américaines. Les Etats-Unis, qui exigent un retrait
pakistanais du Cachemire indien, ont affirmé qu'une délégation
américaine avait eu la semaine dernière des entretiens "productifs"
à Islamabad dans ce but. Mais interrogé sur le point de savoir
si les autorités pakistanaises s'étaient engagées
sur un retrait, un porte-parole du département d'Etat a seulement
indiqué: "Je pense qu'on sait très bien ce dont on a besoin
pour résoudre cette crise". Bien qu'ayant fait état de contacts
avec le Pakistan, l'Inde a maintenu une position de fermeté: pas
de "marché en secret" avec Islamabad, pas de médiation d'une
tierce partie, pas de dialogue avant un retrait total des forces infiltrées.
L'Inde a protesté auprès de la France pour la livraison prévue
au Pakistan, en plein conflit, huit avions Mirage 5 et un sous-marin en
application d'un accord de 1996. New Delhi a également prostesté
auprès du Pakistan pour l'"enlèvement" et le passage à
tabac selon elle d'un responsable de son ambassade à Islamabad par
des agents du renseignement pakistanais. La veille, le Pakistan avait protesté
pour la "disparition mystérieuse" d'un responsable de son ambassade
à New Delhi. L'Inde avait ensuite annoncé avoir expulsé
ce responsable sous l'accusation d'espionnage.
France-Pakistan-Inde : Les contrats d'armements avec le Pakistan
"sont anciens", selon Paris
PARIS, 29 juin (AFP) - Les contrats d'armements entre la France et
le Pakistan "sont anciens", a indiqué mardi le ministère
français des Affaires étrangères, après les
accusations de l'Inde à l'encontre de Paris.
Le porte-parole français du Quai d'Orsay Anne Gazeau-Secret
a d'autre part invité Islamabad à "faire en sorte que soit
mis fin aux incursions armées au delà de la ligne de contrôle"
au Cachemire, tout en appelant les deux parties à mettre fin aux
combats.
Réagissant aux propos du ministre indien de la défense,
George Fernandes accusant Paris de "commettre une grave erreur" en livrant
au Pakistan huit avions Mirage et un sous-marin, le porte-parole français
a affirmé que ces contrats étaient "anciens", et avaient
été conclus en 1996.
Les contrats portent sur la livraison de trois sous-marins Agusta 90-B
et 40 appareils Mirage 3 "rétrofutés" (modernisés)
dont "huit ont ont été déjà livrés en
1998", a précisé le porte-parole.
"Le premier sous-marin Agusta 90-B et un nouveau lot de 8 Mirage doivent
faire l'objet d'une livraison dont la date n'est pas encore fixée",
a dit Mme Gazeau-Secret.
Dans une interview au quotidien Le Figaro, le ministre indien accuse
le Pakistan d'être "un pays irresponsable" et affirme qu'Islamabad
pourrait être tenté d'utiliser l'arme nucléaire dans
le conflit du Cachemire.
Ce conflit devrait être examiné en fin de semaine à
Paris où est attendu vendredi le ministre pakistanais des Affaires
étrangères Sartaj Aziz, selon l'ambassade du Pakistan à
Paris.
Depuis une cinquantaine de jours l'Inde et le Pakistan s'affrontent
militairement au Cachemire et en dépit des efforts diplomatiques
des Etats-Unis, les deux belligérants se montrent inflexibles.
Le Pakistan envoie des émissaires expliquer sa position sur
le Cachemire
Le monde mercredi 23 juin 1999
Critiqué par l'opposition, isolé sur la scène
internationale - où les dénonciations d'une infiltration
armée du côté indien de la ligne de contrôle
qui sépare l'Inde du Pakistan au Cachemire se multiplient -, le
gouvernement pakistanais a décidé d'envoyer des émissaires
dans différents pays pour expliquer sa position. S'exprimant
mardi 22 juin devant l'état-major de l'armée à Rawalpindi,
le premier ministre, Nawaz Sharif, a rappelé qu'à présent
que son pays avait offert à l'Inde de reprendre le dialogue
pour résoudre le conflit, c'était désormais à
New Delhi de répondre « positivement et avec maturité
». L'Inde refuse tout dialogue avant d'avoir repoussé les
infiltrés hors de son territoire. M. Sharif, qui doit se rendre
en Chine le 28 juin, a toutefois affirmé : « Notre désir
d'un règlement négocié ne doit pas être interprété
comme un signe de faiblesse. »
SÉCURISER L'AXE SRINAGAR-LEH
Le chef de l'armée pakistanaise, le général
Pervez Moucharraf, a pour sa part déclaré que « l'attitude
menaçante des forces armées indiennes a contribué
à l'amenuisement des chances de paix et l'Inde est totalement responsable
de l'escalade de la situation ». Le Pakistan qui, comme l'Inde, a
déployé ses troupes tout le long des 720 km de la ligne de
contrôle et, plus au Sud, le long de la frontière internationale,
a d'autre part installé, depuis le début de la semaine, des
batteries antiaériennes sur tous ses aéroports, y compris
Islamabad.
Les troupes indiennes ont annoncé avoir repris plusieurs
hauteurs stratégiques sur le front de Dras, Kargil et Batalik, entre
4 000 et 5 000 mètres d'altitude. Elles poursuivent leurs efforts
pour sécuriser la route stratégique Srinagar-Leh par laquelle
viennent les renforts et par laquelle sont approvisionnés les 3
000 hommes déployés sur le glacier du Siatchen, à
7 000 mètres. Interrogé à Dras, le général
Amar Aul a reconnu que les combats étaient difficiles. « Il
nous a fallu presque un mois pour nettoyer le massif de Totoling face à
la route principale, les soldats ayant dû s'acclimater à un
environnement rude, à des altitudes allant de 3 000 à 5 100
mètres », a-t-il déclaré.
L'Inde a d'autre part accusé les services secrets pakistanais
d'être responsables de l'explosion, mardi, dans une gare du Bengale
occidental, d'une bombe qui a tué neuf personnes, dont deux soldats
en partance pour le Cachemire, en blessant 80 autres. Selon l'agence indienne
PTI, l'attentat a été revendiqué par un groupe de
guérilla séparatiste appartenant au Front uni de libération
de l'Assam (Nord-Est) qui aurait agi « sur les instructions
des services de renseignement pakistanais ». New Delhi accuse traditionnellement
Islamabad d'aider, à travers le Népal, les divers mouvements
séparatistes qui agissent dans plusieurs Etats du nord-est de l'Inde.
CACHEMIRE : LA GUERRE DES MOTS
FRANCOIS GAUTIER (envoyé à sources d'Asie le 24/6/99)
On se prépare de plus en plus en Inde à une éventuelle
guerre avec le Pakistan au sujet du Cachemire. Les journaux ne parlent
que de cela : "nous pouvons quand nous le voulons pénétrer
au Cachemire pakistanais " titrait hier le quotidien ‘Hindu’. Tous les
généraux à la retraite de l’armée indienne
y vont de leurs conseils : "une frappe nucléaire préventive
n’est pas exclue", déclarait avant hier le Général
Sharma, ancien Chef d’Etat Major de l’armée. Et une ferveur patriotique
s’est saisie du pays : la télévision retransmet en direct
les crémations des ‘héros’, morts au Front; l’armée
refuse des dizaines milliers de litres de sang donnés
par des volontaires; et des compagnies, telle Aiwa, font du marketing
intelligent en contribuant cent roupies à l’armée pour chaque
télévision vendue.
Rappelons que le mois dernier, des séparatistes, qui revendiquent
l’indépendance du Cachemire indien, dont la vallée est à
majorité musulmane, se saisissaient à la faveur de la fonte
des neiges, des hauteurs du côté indien qui surplombent la
route stratégique qui relie Srinagar à Leh, seul axe indien
pour approvisionner le front du glacier du Siachen plus au nord, le plus
haut champ de bataille du monde à près de 7.000 m,. Surpris
les Indiens déclenchaient une offensive à tout azimut, qui
n’a pas encore porté tous ses fruits.
Sur le front, l’armée indienne, semble cependant progresser après
plus de six semaines de combats : elle a repris plusieurs pics situés
à près de 5000 mètres d’altitude, où s’étaient
retranchés les militants; et les soldats indiens se rapprochent
de plus en plus de la Ligne de Contrôle, derrière laquelle
l’armée pakistanaise aurait, selon des sources russes, amassé
plus de 20.000 hommes. Mais c’est une guerre laborieuse et sanglante, qui
aurait fait officiellement 165 morts et 322 blessés du côté
indien (et le double officieusement); les soldats indiens doivent grimper
dans la neige sous le feu ennemi, qui s’est retranché dans des bunkers
et est extrêmement bien armé; les tirs d’artillerie sont souvent
aveugles et font plus de bruit que de mal; et après plus d’un mois
de bombardements des Mig indiens, les ‘terroristes’ n’ont pas tous été
délogés.
Mais en dehors de cette guerre très limitée, car elle
se passe à des milliers de kilomètres de Madras, par exemple,
la capitale du Sud, on se fait surtout la guerre des mots. Lors du
dernier sommet G-8, les deux frères ennemis ont rivalisé
d’effort pour démontrer qu’ils avaient reçu l’approbation
des Grands Sages Blancs : "l’Occident nous a donné raison, car il
a demandé aux militants de se retirer au delà de la Ligne
de Contrôle pakistanaise", a claironné l’Inde; ""nous avons
gagné, car le G-8 a exigé que l’Inde négocie avec
nous", a rétorqué le Pakistan ! Et pourtant il semble bien
que l’Inde soit en train de gagner cette guerre de l’Information.
En effet, New Delhi, qui n’a cessé d’affirmer depuis le début
des hostilités que la majorité des séparatistes étaient
des soldats pakistanais et des moudjahidin afghans… semblerait avoir raison.
Ceci a été confirmé par de nombreux services secrets
étrangers - dont celui des Américains - et c’est pourquoi
le Président Clinton, lors d’une conversation téléphonique
avec le Premier Ministre pakistanais, Nawaz Sharif, lui a spécifiquement
demandé d’ordonner le retrait des ‘infiltrés’ au Cachemire
indien. Du coup, New Delhi joue à fond la carte de l’intégrisme
musulman en Asie du Sud et la lutte contre une "extension du syndrome afghan"..
"Le Pakistan sponsorise le terrorisme international", accuse le Gouverneur
du cachemire (voir interview); et Le ministre indien de l'Intérieur
L.K. Advani a qualifié le Pakistan "d’Etat malfaisant et irresponsable",
affirmant ne pouvoir exclure une quatrième guerre indo-pakistanaise.
Ce qui inquiète de surcroît les Aémricains, c’est
que le Pakistan serait au bord de la faillite et ne disposerait plus que
d’un mois de réserves de devises. Le chef du Commandement central
américain, le général Anthony Zinni, et un haut responsable
du département d'Etat, Gibson Lanpher étaient hier à
Islamabad pour rencontrer les dirigeants pakistanais (et se rendront aujourd’hui
en Inde). On ne doute pas que des prêts du F.M.I. et une aide du
Fonds Monétaire International serviront de carotte pour tenter de
faire entendre raison aux Pakistanais. Mais Islamabad écoutera-t-il
? "Durant les 50 ans de son indépendance, tous les hommes politiques
du Pakistan ont fait du rattachement du Cachemire leur cheval de bataille
et le peuple ne pardonnerait pas à Nawaz Sharif de faire marche
arrière", estime un observateur politique. Reste alors la possibilité
d’une guerre. Mais un conflit conventionnel avec l’Inde ruinerait rapidement
le Pakistan. D’où la tentation d’une guerre nucléaire - le
ministre pakistanais des Affaires Etrangères
n’a-t-il pas averti "que nous utiliserons TOUTES les armes nécessaires
en cas de conflit avec l’Inde"...
UNE INTERVIEW DU GOUVERNEUR DU CACHEMIRE
PROPOS RECUEILLIS PAR FRANÇOIS GAUTIER A SRINAGAR (envoyé
à sources d'Asie le 24/6/99)
Dans son palais de Srinagar, qui surplombe le merveilleux lac Dal, Girish
Chandra Saxena, gouverneur du Cachemire, qui fut Chef des Services secrets
indiens (RAW), a reçu le Figaro pour une interview exclusive.
Q. Vous accusez le Pakistan d’avoir créé et nourri
l’intégrisme musulman au Cachemire…
R. C’est Markaz Dawat ul Irshad, un Pakistanais, qui a fondé
le mouvement Harkat ul Ansar, qui fut responsable de l’enlèvement
de cinq touristes étrangers au Cachemire, qui sont aujourd’hui présumés
morts. Depuis, les Etats Unis ont mis ce groupuscule sur la listes de organisation
terroristes, mais cela ne l’a pas empêché de renaître
sous le nom de Al Faran, qui a des liens étroits avec l’ISI, les
services secrets de l’armée pakistanaise, les Taliban, ainsi qu’avec
Bin Laden. D’ailleurs, lorsque les Américains bombardèrent
les camps de Bin Laden en Afghanistan, de nombreux militants d’Al Faran
y trouvèrent la mort. Les groupuscules pakistanais qui nous combattent
au Cachemire: le Hizb-ul Mujahideen, le Tehrik-ul Mujahideen, le
Tehrik-i-Jihad, le Lashkar-i-Tayyaba, l’Al-Badar, ou le Harkat-ul
Ansar, envoient également de nombreux mercenaires au Kosovo, en
Palestine, ou même aux Etats Unis, témoin l’attenat du World
Trade Center, pour des opérations terroristes. Ces groupuscules
sont non seulement soutenus par le Pakistan, mais ils reçoivent
aussi des fonds de l’Arabie Saoudite et des expatriés musulmans
de par le monde.
Q. Ne nous dites pas que le séparatisme kashmiri est uniquement
composé d’étrangers…
R. Non, mais les premiers mouvements séparatistes du Cachemire,
tel le Front de Libération du Cachemire (JKLF), ont été
complètement marginalisés par les groupuscules sponsorisés
par le Pakistan. Aujourd’hui, seulement 40% des militants séparatistes
sont kahmiris - et en plus, ils jouent des rôles secondaires: courriers,
ravitaillements etc. Par contre, ils sont
encadrés par des moudjahidin afghans et des soldats pakistanais,
pour qui le Cachemire constitue la dernière djihad. D’ailleurs,
les pertes ennemies confirment ces chiffres: sur les 1000 militants que
nous avons tués l’année dernière, 320 étaient
des étrangers.
Q. Vous dites que ces groupuscules sont antiaméricains.
Pourtant les Etats Unis ne soutiennent-ils pas le Pakistan ?
R. Les Américains font l’erreur de diviser le monde musulman
en deux : les états musulmans ‘durs’ - l’Irak, l’Iran, le Soudan
etc. Et les ‘bons’ états musulmans - le Pakistan, l’Egypte, l’Arabie
Saoudite… C’est une stratégie très simpliste, car dans des
pays comme le Pakistan ou l’Egypte, l’antiaméricanisme est à
fleur de peau et à la moindre étincelle, il éclate
! De plus, l’US se désintéresse du fondamentalisme musulman
quand il est loin : au Sinkiang ou au Cachemire, par exemple. Grossière
erreur : aujourd’hui les Stinger distribués par les Américains
aux Afghans pour se débarrasser des Soviétiques, sont utilisés
contre nous
au Cachemire et ont descendu trois de nos appareils.
Q. On accuse votre gouvernement d’être antimusulman…
R. L’Inde est un pays démocratique depuis 50 ans et il
y a 130 millions de musulmans ici -plus qu’au Pakistan - qui ont
choisi de rester à l’indépendance et qui vivent en paix.
On ne peut pas en dire autant de pays islamiques voisins, où les
Hindous sont toujours persécutés. Il y avait d’ailleurs un
million d’Hindous au Cachemire au début du siècle - et aujourd’hui
à peine quelques centaines - car comme en Algérie, des villages
entiers ont été massacrés par les intégristes.
Nous avons eu deux Présidents musulmans, un Chef de l’Armée
de l’Air musulman, un Secrétaire d’Etat musulman; et l’architecte
de notre programme nucléaire et balistique, Abdul Kalam, est un
musulman - c’est lui qui connaît tous nos secrets ! Pourquoi ne comprenez
vous donc pas que l’Inde est un rempart démocratique proccidental
en Asie, et que nous sommes entourés de nations islamiques hostiles
: l’Afghanistan, le Pakistan,
certaines ex républiques d’URSS, le Sinkiang chinois, un jour
peut-être. Voulez vous donc que le Cachemire se joigne à eux
? Nous sommes si seuls dans notre lutte !
Violentes attaques à l'artillerie et revers indiens au Cachemire
SRINAGAR (Inde), 17 juin (AFP) - Les forces indiennes ont mené
jeudi des attaques à l'artillerie contre des combattants islamistes
retranchés dans la haute montagne du Cachemire, mais ont reconnu
des revers après avoir fait état de plusieurs jours de progression.
"D'intenses tirs" d'artillerie avaient lieu dans les secteurs de Tiger
Hills et Drass dans la nord du Cachemire, côté indien de la
"ligne de contrôle" séparant l'Inde du Pakistan, a-t-on indiqué
de source militaire à Srinagar, capitale d'été du
Cachemire indien. "Nous tentons de reprendre le pic de Marpola. Nous avons
pu recapturer des sommets moins élevés, mais les massifs
plus haut nous échappent encore", a-t-on déclaré de
même source. Un responsable militaire a indiqué que le quartier-général
d'une division de montagne indienne à Matayan, près de Drass,
avait été détruit mercredi soir par des tirs d'artillerie
pakistanais. "Les obus venaient de Tiger Hills, que l'armée avait
affirmé avoir totalement encerclé, nous avons des raisons
de croire que les lignes
d'approvisionnement (ennemies) en provenance du Pakistan sont fondamentalement
intactes", a déclaré ce responsable. L'armée indienne
avait affirmé la veille que les zones tenues par les combattants
infiltrés se réduisaient et que l'ennemi était en
recul
de plus en plus près de la "ligne de contrôle" après
des mouvements de troupes indiens ayant coupé des voies d'approvisonnement.
Le journal Hindustan Times a fait état jeudi de communications
radio révèlant que des soldats pakistanais se retiraient
de certaines
zones encerclées par l'armée indienne, tout en renforçant
d'autres positions plus solides.L'infanterie indienne, appuyée par
l'artillerie et l'aviation, est à l'assaut de plusieurs hauteurs,
dont un pic de 5.140 m dans la région de Drass, après avoir
annoncé la reconquête de trois autres sommets depuis le week-end
dernier. Ces massifs sont stratégiques pour l'Inde car dominant
la route Srinagar-Leh utilisée par l'armée pour ravitailler
plus au nord le front du Siachen, glacier disputé par l'Inde et
le Pakistan et constituant le plus haut champ de bataille du monde à
quelque 7.000 m. Selon l'armée indienne, neuf sommets ont été
repris depuis le début de son offensive le 9 mai, sur un total de
29 capturés dans une zone s'étendant sur 150 km - quelques
kilomètres en territoire indien - le long de la "ligne de contrôle".
Quelque 600 combattants sur près de 1.500 infiltrés résistent
toujours après plus d'un mois de combats qui ont fait au moins 104
morts indiens et 297 pakistanais, selon les chiffres officiels indiens,
47 morts pakistanais et 300 indiens, selon le Pakistan. Les combats se
rapprochent dangereusement de la frontière de facto indo-pakistanaise,
avec tous les risques d'élargissement du conflit que cela comporte,
mais New Delhi a affirmé que les militaires avaient pour consigne
stricte de ne pas aller frapper côté pakistanais. Le conflit
a fait monter la tension au plus haut niveau depuis la troisième
guerre indo-pakistanaise en 1971. Le chef des forces navales a indiqué
au journal Times of India que la marine indienne avait été
mise en état d'alerte après un renforcement de son homologue
pakistanaise en mer d'Oman. Les forces terrestres des deux pays sont déjà
en état d'alerte avancé tout au long de leur frontière.
Le Pakistan a réaffirmé mercredi ne pas être impliqué,
en dépit d'un appel de Washington à un retrait de ses forces
du Cachemire indien, alors que l'Inde a répété qu'il
n'y aurait pas de nouveau dialogue de paix tant que toutes les forces infiltrées
n'auraient pas été retirées. On signalait mercredi
au Pakistan le départ de nouveaux renforts islamistes pour le Cachemire
indien.
Le Pakistan demande la médiation de l'Egypte au Cachemire
LE CAIRE (AP, 24/6/99) -- Le Pakistan a demandé à Hosni
Moubarak d'intervenir dans le dossier du Cachemire et le
président égyptien a accepté de tenter de faire
``cesser l'escalade'' des combats, a annoncé jeudi au Caire le
ministre pakistanais des Affaires religieuses Zafar-ul Haq. A l'issue
d'un entretien avec M. Moubarak, le ministre pakistanais a déclaré
que son pays se réjouissait de la prochaine médiation du
dirigeant égyptien qui entretient de bonnes relations avec l'Inde
comme le Pakistan. Le mois dernier, l'armée pakistanaise at été
placée en alerte quand les forces indiennes ont lancé une
offensive contre descombattants de la guérilla, qui seraient soutenus
par le Pakistan selon New Delhi, dans le secteur de Kargil en territoire
indien. Les combats durent depuis six semaines.
L'Inde attaque au Cachemire et dit y combattre un "syndrome afghan"
KARGIL (Inde), 24 juin (AFP) - L'Inde a poursuivi jeudi son assaut
contre des combattants islamistes retranchés
dans la montagne du Cachemire indien, où elle a affirmé
lutter contre une menace fondamentaliste et une
"extension du syndrome afghan".
D'intenses bombardements d'artillerie avaient lieu dans les massifs
de Batalik et de Tiger Hills, où les forces venues du Pakistan
résistaient toujours, après plus de six semaines de combats,
tout près de la "ligne de contrôle" séparant les deux
pays, selon des
sources militaires.
Ces sommets, à plus de 4.500 m d'altitude, sont les objectifs
principaux de l'armée indienne après la reconquête
d'autres hauteurs
d'où les guérilleros avaient sous leur feu la route Srinagar-Leh,
seul axe indien pour approvisionner le front du glacier du Siachen plus
au nord, plus haut champ de bataille du monde à près
de 7.000 m.
A Kargil, principale localité de la région par où
passe cette route, d'intenses tirs d'artillerie venant du Pakistan de l'autre
côté de la
montagne ont rythmé la nuit de mercredi à jeudi, mais
sans faire de dégâts importants, a constaté l'AFP.
Des avions de combat indiens continuaient des vols de reconnaissance
dans la région, mais sans bombarder, selon des
responsables militaires.
Les combats ont fait depuis le 9 mai 165 morts et 322 blessés
indiens et 339 Pakistanais tués, selon les chiffres indiens. Le
Pakistan a fait état de 400 soldats indiens et 76 pakistanais
tués.
Le Pakistan dément avoir des troupes au Cachemire indien et
assure ne pas être responsable de l'infiltration de forces qui sont
selon lui des "combattants de la liberté" cachamiris.
Mais le ministre indien de la Défense George Fernandes a affirmé
que 80% des combattants infiltrés étaient des soldats
pakistanais. "Nous combattons l'armée pakistanaise, il n'y a
pas de doute là-dessus", a-t-il dit dans une interview télévisée.
Reconnaissant que l'Inde n'avait pas su prévenir et détecter
les infiltrations en territoire indien, M. Fernandes a émis l'espoir
que ces
forces pourraient être entièrement délogées
avant fin septembre, tout en soulignant que cela n'était pas certain.
Le chef de l'armée indienne, le général V.P. Malik,
a laissé entendre avoir demandé de pouvoir aller frapper
au Pakistan, de l'autre
côté de la "ligne de contrôle", pour couper les
voies d'approvisionnement ennemies et en finir au plus vite. Il a souligné
que les
consignes politiques de ne pas franchir cette frontière de facto
étaient une "contrainte".
"Ce dont nous sommes témoins à Kargil n'est pas seulement
une trahison (pakistanaise), mais aussi une extension du syndrome
afghan", a déclaré le ministre indien des Affaires extérieures,
Jaswant Singh.
"Nous sommes tout à fait conscients du véritable défi
lancé à Kargil", non seulement à l'Inde mais aussi
au reste du monde, a-t-il dit
au Times of India. "Les soit-disant combattants de la liberté
sont le trop-plein des intégristes islamistes".
Ces "forces" devront être défaites tant sur le terrain
militaire que en tant que "concept", a-t-il dit.
Une guérilla séparatiste musulmane contre le régime
de New Delhi a fait quelque 25.000 morts au Cachemire indien depuis 1989.
Les autorités indiennes affirment qu'il s'agit surtout de mercenaires
islamistes, notamment afghans, soutenus par l'armée
pakistanaise.
Le ministre indien de l'Intérieur L.K. Advani a qualifié
mercredi le Pakistan d'"Etat malfaisant et irresponsable", affirmant ne
pouvoir
exclure une quatrième guerre indo-pakistanaise.
Le Pakistan, dont les forces armées comme celles de l'Inde sont
en état d'alerte, a indiqué avoir déployé des
armes anti-aériennes
pour protéger des installations sensibles à Karachi et
à l'aéroport de Lahore.
Un haut responsable militaire américain, le général
Anthony Zinni, avait jeudi à Islamabad des discussions sur le conflit
en cours.
Les Etats-Unis ont appelé le Pakistan à retirer ses forces
du Cachemire indien.
Lents progrès indiens dans la montagne du Cachemire, pas de
dialogue
SRINAGAR (Inde), 15 juin 99 (AFP) - Les forces indiennes ont continué
de progresser méthodiquement mardi dans la haute montagne du Cachemire
sous le feu de combattants islamistes infiltrés du Pakistan, alors
que l'Inde rejetait tout nouveau
dialogue de paix avec Islamabad."De violents combats" ont eu lieu dans
les secteurs de Batalik et Drass, dans le nord du Cachemire indien, où
les troupes indiennes ont réussi à couper des lignes d'approvisionnement
ennemies dans le secteur de Tiger Hills, à 5. 400 m d'altitude,
selon des sources militaires.L'aviation indienne n'a pas bombardé
dans cette région en raison de l'intensification des combats terrestres
qui se rapprochent de la "ligne de contrôle" séparant l'Inde
du Pakistan, l'armée de l'air affirmant avoir pour consigne de ne
pas survoler le territoire pakistanais.Des échanges d'artillerie
entre armées pakistanaise et indienne se poursuivaient sans relâche
le long de la frontière, selon l'Inde.L'armée indienne avait
annoncé lundi avoir repris deux pics à 4.600 m dans le secteur
de Drass, à quelques km en territoire indien, dans la plus importante
attaque terrestre depuis le début du conflit le 9 mai.Cette victoire
a cependant fait 17 morts côté indien, portant le bilan de
plus d'un mois de combats à 104 morts indiens et 297 pakistanais,
selon les chiffres officiels indiens. Le Pakistan a affirmé que
47 Pakistanais et 300 Indiens ont été tués.
Les forces indiennes avaient auparavant recapturé le pic proche
de Tololing, dominant de ses 4.500 m la route Srinagar-Leh utilisée
par l'armée indienne pour ravitailler plus au nord le front
du Siachen, glacier disputé par l'Inde et le Pakistan et qui constitue
le plus
haut champ de bataille du monde à 7.000 m."Le massif entier
pourra bientôt être nettoyé", a déclaré
un responsable militaire.
Selon l'Inde, quelque 600 combattants islamistes sur près de
1.500 infiltrés résistent toujours et les forces indiennes
ont pour but
maintenant de les encercler et les couper de quelque 2.000 porteurs
leur servant pour leur ravitaillement.Le ministre indien de la Défense
George Fernandes a expliqué que les forces infiltrées avaient
"seulement deux options: se rendre sans tarder ou se faire tuer".Un porte-parole
du ministère des Affaires extérieures a répété
que tout dialogue avec le Pakistan, accusé d'agression, avait comme
"pré-condition" un retrait de ces forces infiltrées.Des groupes
de guérilla cachemiris basés au Pakistan ont démenti
que les forces indiennes progressent, parlant de "propagande".Les experts
estiment qu'il faudra encore du temps à l'armée indienne,
peut-être jusqu'à l'hiver qui commence en octobre sur ces
contreforts himalayens, pour reprendre l'ensemble des zones capturées
qui s'étendent sur 150 km le long de la "ligne de contrôle".Les
analystes militaires estiment que l'Inde doit dépenser quatre millions
de dollars par jour pour ce conflit.Islamabad dément être
responsable, affirmant qu'il s'agit d'une opération de guérilla
strictement cachemirie.Ce conflit a fait monter la tension au plus haut
niveau depuis la troisième guerre indo-pakistanaise en 1971. Les
deux pays ont dit être prêts s'il le fallait à une quatrième
guerre.L'ensemble des forces indiennes ont été mises en état
d'alerte à toutes les frontières avec le Pakistan, dans un
but "défensif", à la suite d'importants mouvements de troupes
côté pakistanais, selon le journal Times of India, information
non démentie officiellement. Des responsables pakistanais ont fait
état d'un renforcement des troupes indiennes à la frontière
et indiqué qu'au moins 300 villages avaient dû être
évacués des zones frontalières au sud du cachemire
face aux Etats indiens du Pendjab et du Rajasthan. Côté indien
dans le sud du Cachemire, au moins 30.000 personnes ont fui des zones proches
de la "ligne de contrôle". Le Pakistan a accusé l'Inde d'"hystérie
guerrière" et d'avoir fermé toute porte à un dialogue
visant à faire baisser la tension. Un dialogue indo-pakistanais
avait échoué le week-end dernier, chacun réaffirmant
des positions totalement opposées. Le président Bill Clinton
a téléphoné lundi aux chefs des deux gouvernements
pour les exhorter à dialoguer. Selon New Delhi il a cependant fait
part au Premier ministre indien Atal Behari Vajpayee de son appréciation
pour la "retenue" de New Delhi qui se félicite du soutien de la
majeure partie de la communauté internationale.
Le conflit au Cachemire coûte à l'Inde 4 millions de
dollars
NEW DELHI, 15 juin (AFP) - Le conflit armé qui dure depuis plus
d'un mois au Cachemire coûte quatre millions de
dollars par jour à l'Inde, dont l'économie ne peut pourtant
guère se le permettre, notaient mardi les analystes à New
Delhi. Mais l'Inde, qui se dit victime d'une "agression" pakistanaise,
souligne que les territoires capturés par des combattants islamistes
au Cachemire indien doivent être récupérés quel
qu'en soit le coût, et note que l'économie pakistanaise est
beaucoup moins à même de résister."Des calculs détaillés
montrent que l'Inde dépense jusqu'à 170 millions de roupies
(3,935 millions de dollars) par jour dans cette bataille qui se prolonge",
a expliqué un expert militaire de l'Institut des études et
analyses de défense à New Delhi.Le coût monte vite
à 1.000 dollars l'obus d'artillerie dont des centaines sont tirés,
et cette somme globale n'inclut pas la perte de deux avions MIG et d'un
hélicoptère de combat MI-17 abattus par des missiles ennemis
à la fin du mois dernier. K.P Singh, président de l'Association
des chambres de commerce et d'industrie, a averti que de telles dépenses
pourraient dangereusement aggraver le déficit budgétaire
de l'Inde que le gouvernement aura du mal à contenir au niveau espéré
de 5,1% du produit intérieur brut pour l'année fiscale 1999-2000,
contre 5,4% l'année d'avant."Le malheureux conflit au Cachemire
pourrait aussi entraîner de fortes pressions inflationnistes, une
hausse des taux d'intérêt et une baisse des investissements
privés", a-t-il expliqué, soulignant que tout cela arrivait
alors que l'économie indienne commençait à montrer
des signes de reprise après plus de deux ans de ralentissement.
Le ministre des Finances Yashwant Sinha a reconnu que le conflit aurait
un impact sur le budget, tout en affirmant que "cela semble a priori gérable".
Les responsables indiens ont exclu des mesures à court terme visant
à accroître les recettes.
Les analystes indiens estiment que si le conflit devait se prolonger,
ou s'étendre à une guerre totale, l'économie pakistanaise,
qui
doit déjà être portée par les organisations
financières internationales, ne pourrait pas suivre. Le budget indien
de la défense est de 10,8 milliards de dollars, trois fois celui
du Pakistan (2,74 milliards de dollars). Mais ce budget militaire pakistanais
représente 5,8% du PIB, beaucoup plus lourd pour l'économie
que celui de l'Inde (3,3%). "Les fondamentaux de l'économie indienne
sont relativement solides et nous sommes dans une meilleure position pour
faire face au poids financier" du conflit, a souligné un responsable
du patronat indien. "Pour nous, la bataille sera une coupure au doigt,
mais le Pakistan se saignera totalement s'il ne se rend pas à la
raison", a affirmé le ministre des Affaires extérieures Jaswant
Singh.Une confiance tirée en partie du fait que les réserves
en devises étrangères de l'Inde sont à un niveau record
de 33,5 milliards de dollars, contre un peu plus de deux milliards pour
le Pakistan. Les experts notent aussi que l'Inde produit la plupart de
ses équipements militaires de base, comme les munitions, et devrait
donc
pouvoir éviter des importations coûteuses. L'armée
indienne est déjà sur le marché pour acheter 100.000
obus pour un montant de 47 millions de dollars pour refaire le plein après
plus d'un mois de conflit.
Pakistan
DRAS, Inde (15/6/99, AP) -- Le Premier ministre indien Atal Bihari
Vajpayee a annoncé lundi la suspension des discussions avec le Pakistan
tant que la guerilla musulmane ne se sera pas retirée du Cachemire.
Cette décision intervient alors que l'armée indienne a affirmé
avoir pris le contrôle dimanche d'un important sommet montagneux,
au-dessus de la principale voie routière du nord de l'Inde. Les
opérations de l'armée de l'air indienne ont repris mardi
peu après l'aube tandis que les tirs d'artillerie se sont poursuivis
toute la
nuit. ``Si le Pakistan veut résoudre la crise, il doit accepter
la ligne de démarcation'' a affirmé le Premier ministre indien,
faisant allusion à la frontière qui partage depuis 1972 le
territoire himalayen entre les deux pays. Dimanche le Premier ministre
pakistanais Nawaz Sharif avait appelé son homologue indien à
prévenir une ``descente dans le chaos''. Mais cet appel n'a, semble-t-il,
rien apporté de nouveau. Selon le conseiller pour les médias
d'Atal Bihari Vajpayee, le président Bill Clinton a téléphoné
au Premier ministre indien lundi pour discuter de la crise, et serait également
en contact avec son homologue pakistanais. Des combats opposent depuis
plus d'un mois l'Inde et le Pakistan au Nord du Cachemire. Les deux pays
se disputent le territoire himalayen qui a fait l'objet de deux guerres
entre les deux pays voisins depuis leur indépendance en 1947. L'Inde
contrôle les deux-tiers du territoire.
L'Inde exige le retrait de combattants infiltrés
NEW DELHI, 12 juin - L'Inde a demandé samedi au Pakistan de
retirer des centaines de combattants séparatistes infiltrés
au Cachemire. New Delhi, dans le même temps, a massé des troupes
dans le nord de cette région. Les ministres des Affaires étrangères
des deux pays se sont entretenus durant un peu plus d'une heure à
New Delhi pour tenter de désamorcer le conflit au Cachemire. Le
ministre indien, Jaswant Singh, "a signifié très clairement
à son homologue pakistanais (Sartaj Aziz) que l'intrusion et l'agression
armées à Kargal (Cachemire indien) devaient (cesser). Il
n'y a aucune alternative pour le Pakistan que de revenir au statut antérieur",
a déclaré à Reuters un responsable du ministère
des Affaires étrangères. Aucune poignée de main n'a
été échangée entre les deux hommes à
l'issue de l'entretien, qui s'est déroulé "dans une atmosphère
sérieuse et franche". Avant de regagner Islamabad samedi soir, Aziz
devait rencontrer le Premier ministre indien, Atal Behari Vajpayee. Au
moment où les deux ministres des Affaires étrangères
s'entretenaient, on signalait de source militaire indienne que l'Inde renforçait
ses troupes au Cachemire. Cent cinquante infiltrateurs, qui ont traversé
la frontière il y a trois jours, ont été renvoyés
au Pakistan, ont par ailleurs annoncé des responsables de la police
de la province. Des tirs d'artillerie ont été échangés
dans le secteur de Macchal, à 150 km au nord de Srinagar. L'armée
pakistanaise a annoncé que onze de ses soldats étaient morts
jeudi dans un accident d'hélicoptère, près de Skardu,
située dans la zone du Cachemire contrôlée par Islamabad.
L'Inde a lancé le mois dernier l'"opération Vijay" pour combattre
les séparatistes musulmans entraînés et armés,
selon les Indiens, par le Pakistan. Ce pays réfute ces accusations
et affirme qu'il s'agit de "combattants pour la liberté" du Cachemire.
Au cours des entretiens, Jaswant Singh a refusé de remettre en cause
la ligne de contrôle militaire qui sépare les parties indienne
et pakistanaise de la province himalayenne. "Mettre en doute (la ligne
de contrôle) est un prétexte pour justifier l'intrusion. C'est
inacceptable", a déclaré le ministre indien des Affaires
étrangères lors d'une conférence de presse. Cette
déclaration intervenait après celle de son homologue pakistanais
qui a affirmé que la frontière telle qu'elle était
dessinée sur les cartes n'était guère effective sur
le terrain. "Nous avons toujours respecté l'inviolabilité
de la ligne de contrôle. L'Inde l'a violée trois fois. Cette
ligne (...) n'est pas délimitée dans les zones montagneuses.
Actuellement nous sommes en pleine confusion", a affirmé le chef
de la diplomatie pakistanaise. Pendant ce temps-là, plusieurs rassemblements
ont eu lieu samedi dans la capitale indienne et un groupe de manifestants
a tenté de marcher sur l'ambassade pakistanaise. La foule, comprenant
des enfants, des enseignants et des hommes politiques, estime que l'Inde
"doit donner une leçon au Pakistan
pour avoir envoyé des infiltrateurs en Inde".
REPRISE DU CONFLIT ENTRE L'INDE ET LE PAKISTAN
Cachemire : l'ombre du nucléaire (Le
Monde Diplomatique, 4/6/99)
Presque rituellement, au printemps, des escarmouches éclatent
entre l'Inde et le Pakistan autour du Cachemire. Gesticulation toujours
dangereuse mais d'habitude contrôlée. Elle a pris cette année
une dimension explosive, avec l'infiltration au-delà de la
ligne de contrôle (lign of control) d'unités de séparatistes
musulmans fortement armés et soutenus par le Pakistan.
C'est en effet par centaines que se comptent déjà les
morts et blessés depuis que l'Inde a lancé, fin mai 1999,
des opérations aéro-terrestres de grande envergure
pour déloger ces unités de la zone stratégique surplombant
la route principale qui mène au glacier himalayien de Siachen et
relie les villes Srinagar et Leh. 20 000 soldats et des dizaines d'avions
(chasseurs et bombardiers) sont engagés par l'Inde sur une ligne
de front de 120 km. Ils font face à l'artillerie lourde pakistanaise
encastrée dans les hauteurs.
A l'évidence, le conflit, qui a pris l'allure d'une guerre conventionnelle,
comporte d'importants risques d'escalade entre les deux puissances nucléaires
déclarées de l'Asie du sud (1). De chaque côté
le gouvernement est contesté et ni l'un ni l'autre ne semblent avoir
les moyens ni la volonté de désamorcer la crise. Or, plus
le conflit durera, plus grande sera la tentation de faire déborder
les opérations hors du Cachemire.
Un double calcul semble avoir présidé au choix pakistanais
de déclencher cet affrontement à haut risque. Le gouvernement
de M. Nawaz Sharif cherchait tout d'abord à instrumentaliser la
crise à des fins de politique intérieure. La guerre lui sert
ostensiblement d'outil de remobilisation nationale alors que les mécontentements
grondent (2). Le moment semblait propice car l'Inde connaît une crise
politique depuis la chute du gouvernement nationaliste hindou (BJP) et
prévoit de nouvelles élections législatives en automne.
S'ajoute à cela un calcul géopolitique et diplomatique.
Le Pakistan a toujours eu pour but d'internationaliser le conflit. Le précédent
du Kosovo aurait incité Islamabad à allumer un feu qu'il
espère voir déboucher sur une médiation internationale
et sur un référendum portant sur l'auto-détermination
(3).
Mais ce pari pourrait se révéler désastreux. L'Inde
n'a jamais accepté l'idée d'une internationalisation. Et
la nouvelle donne stratégique née au Kosovo joue dans les
deux sens : pourquoi l'Inde accepterait-elle aujourd'hui une médiation
de l'Oganisation des Nations Unies (ONU) alors que cette dernière
a été tenue à l'écart dans le conflit
des Balkans ? Au contraire, l'Inde, comme d'autres puissances régionales,
peut se sentir libre d'agir unilatéralement dès lors que
l'ONU perd sa prééminence dans la régulation des conflits
internationaux.
Sauf retrait pakistanais - plutôt improbable -, on voit mal dans
ces conditions comment sera mis un terme aux opérations. Or, l'ombre
des armes nucléaires plane sur ce conflit hautement passionnel.
Mettra-t-on à l'épreuve l'équilibre de la terreur
en Asie du Sud ? Nous n'en sommes pas encore là. Mais c'est bien
ce que redoutent les chancelleries occidentales devant ce conflit qui s'emballe
de jour en jour.
1. L'Inde et le Pakistan ont procédé
à des essais nucléaires l'année dernière. Les
deux pays disposent aussi de missiles de moyenne portée.
2. Voir Bruno Philip, « Pakistan, la
dérive autoritaire », Le Monde, 2 juin, 1999.
3. Le gouvernement pakistanais a fait appel
au secrétaire-général de l'ONU, M. Kofi Annan, le
26 mai. La médiation offerte par ce dernier fut immédiatement
rejetée par l'Inde. Selon des sources indiennes, l'utilisation,
inhabituelle, de l'aviation s'explique aussi par le précédent
créé dans les Balkans.
PHILIP S. GOLUB. PGolub@compuserve.com
Le Pakistan annonce avoir repoussé trois attaques indiennes
au Cachemire
ISLAMABAD, 1er juin 99 (AFP) - L'armée pakistanaise
a affirmé mardi avoir infligé de "lourdes pertes" à
l'armée indienne qui avait lancé trois attaques le long de
la "Ligne de Contrôle" qui partage le Cachemire. "Au
cours des dernières 24 heures, l'armée pakistanaise a repoussé
avec succès trois attaques indiennes le long de la Ligne de Contrôle
en infligeant de lourdes pertes à l'ennemi", a déclaré
la Direction des relations publiques inter-armes. Le communiqué,
qui ne donne pas d'autres précisions sur les pertes indiennes, ajoute
que l'armée pakistanaise a eu un officier et deux soldats tués
aux cours des affrontements. Selon le service des relations
publiques des armées pakistanaises,les attaques indiennes ont eu
lieu dans les secteurs de Marpola et
Charbat La, dans le nord du Cachemire. Les forces indiennes
"ont été repoussées avec un grand nombre d'ennemis
tués ou blessés", a ajouté le communiqué.
New Delhi affirme que 600 guérilleros - dont des taliban afghans
et des soldats pakistanais - ont été infiltrés dans
cette région à partir du Pakistan ces dernièrers semaines.
Islamabad a démenti que des soldats pakistanais participaient aux
combats et à rejeté l'accusation d'avoir inflitré
des combattants. L'armée de l'air indienne a annoncé
mardi qu'elle poursuivait des raids massifs contre des guérilleros
islamistes pro-pakistanais retranchés dans la montagne du nord du
Cachemire. New Delhi a d'autre part affirmé mardi que les forces
pakistanaises avaient intensifié leurs tirs d'artillerie le long
de la "ligne de contrôle" dans le nord mais aussi le sud du Cachemire.
Accord proche entre le Pakistan et l'Inde sur une rencontre
ISLAMABAD, 1er juin 99 (AFP) - Le Pakistan et l'Inde
sont proches d'un accord sur une date pour entamer les discussions visant
à réduire la tension au Cachemire, a annoncé le ministre
pakistanais des Affaires étrangères Sartaj Aziz mardi à
Islamabad.
"J'espère recevoir aujourd'hui (mardi) la réponse
de l'Inde" à la proposition d'entamer les discussions cette semaine,
a dit M. Aziz à l'AFP. Le Premier ministre pakistanais
Nawaz Sharif avait proposé vendredi dernier d'envoyer M. Aziz à
New Delhi pour discuter de la situation au Cachemire, une région
himalayenne dont les deux pays se disputent la souveraineté et où
règne selon New Delhi une situation de guerre. Le ministre
pakistanais des Affaires étrangères a précisé
que les discussions avec son homologue indien Jaswant Singh porteraient
sur la situation le long de la "Ligne de Contrôle" qui sépare
le Cachemire sous
contrôle indien de celui sous contrôle pakistanais.
Depuis près d'une semaine, l'aviation et l'armée de terre
indiennes
mènent une vaste opération contre plusieurs centaines
de combattants islamistes dans la région de Kargil et Drass dans
la montagne du nord du Cachemire. "Une fois que la situation
à Kargil sera réglée, le reste suivra", a déclaré
M. Aziz.
New Delhi affirme que 600 guérilleros - dont des
taliban afghans et des soldats pakistanais - ont été infiltrés
dans cette région à partir du Pakistan ces dernièrers
semaines. Islamabad a démenti que des soldats pakistanais
participaient aux
combats et à rejeté l'accusation d'avoir inflitré
des combattants.
Raids massifs de l'aviation indienne au Cachemire
NEW DELHI, 1er juin 99 (AFP) - L'aviation indienne a conduit
mardi des raids aériens massifs contre des guérilleros islamistes
pro-pakistanais retranchés dans la montagne du Cachemire alors que
l'Inde et le Pakistan n'étaient toujours pas d'accord sur les dates
de discussions de paix. Des escadrilles de MiG-21, MiG-23 et
MiG-27 indiens ont effectué au moins six sorties dans la région
de Kargil, dans le nord du Cachemire indien, près de la "ligne de
contrôle" séparant l'Inde du Pakistan, a-t-on indiqué
de sources militaires. Des Mirage-2000 chargés de brouiller
les radars adverses étaient également en action pour prévenir
toute intrusion en provenance du Pakistan, a-t-on ajouté de source
militaire. Des combats, parfois au corps à corps, se
poursuivaient dans la haute montagne de la région de Kargil, où
les forces indiennes ont indiqué avoir repoussé pendant la
nuit une tentative de percée ennemie. Selon l'armée
indienne, les forces pakistanaises ont intensifié leurs tirs d'artillerie
le long de la "ligne de contrôle", dans le nord mais aussi le sud
du Cachemire. "Le Pakistan amène des pièces d'artillerie
et des armes lourdes sur
presque toute la ligne de contrôle, mais nous sommes prêts",
a déclaré un porte-parole. "Ils concentrent (leurs tirs)
non seulement (dans le Nord) mais attaquent aussi nos positions dans les
secteurs de Poonch and Rajouri" dans le Sud, a-t-il ajouté.
"Les Pakistanais ont l'impression que nous avons redéployé
des troupes de la zone frontalière vers Kargil et Drass" dans le
Nord pour combattre les guérilleros, a-t-il dit. "Ce n'est pas exact.
Nous avons les troupes et les armes nécessaires". Le
Premier ministre indien Atal Behari Vajpayee avait estimé lundi
que l'Inde faisait face au Cachemire à une situation "comparable
à la
guerre" et accusé le Pakistan de vouloir modifier la frontière
au Cachemire et conquérir des territoires indiens. Selon
le ministre de la Défense George Fernandes, les forces indiennes
ont tué 150 soldats pakistanais et 320 guérilleros depuis
le début, le 9 mai, des opérations militaires contre ces
combattants qui ont fait 33 morts côté indien.
Bien qu'ayant accepté de discuter de paix, l'Inde et le Pakistan
n'avaient toujours pas annoncé les dates d'une visite prévue
à New Delhi du chef de la diplomatie pakistanaise pour des discussions
sur la vive tension qui règne au Cachemire. Le ministre
pakistanais des Affaires étrangères Sartaj Aziz a déclaré
à l'AFP à Islamabad que les deux pays étaient proches
d'annoncer les dates de cette visite prévue pour cette semaine et
qu'il espérait recevoir "aujourd'hui (mardi) la réponse de
l'Inde". Mais à New Delhi, un responsable du ministère
des Affaires extérieures a affirmé que la "balle est dans
le camp" du Pakistan. "Dans tous les cas, l'organisation prendra du temps,
ces choses-là ne peuvent être réglées en un
jour", a-t-il dit. M. Aziz a précisé que ses
discussions prévues avec avec son homologue indien Jaswant Singh
porteraient sur la situation le long de la "ligne de contrôle". L'Inde
a clairement fait savoir qu'il n'était pas question de négocier
sur le fond du problème cachemiri. Les deux pays, puissances
nucléaires depuis leurs tests atomiques de l'an dernier, se disputent
depuis un demi-siècle la souveraineté sur le Cachemire, région
à majorité musulmane dont les deux tiers sud sont sous contrôle
indien et tiers nord sous celui du Pakistan. Inde et Pakistan
se sont livré trois guerres depuis leur indépendance en 1947
dont deux à propos du Cachemire. Une guérilla musulmane a
fait quelque 25.000 morts depuis 1989 au Cachemire indien.
Cachemire : Sept enfants tués par des obus indiens, selon
Islamabad
ISLAMABAD, 1er juin (AFP) - Au moins sept enfants ont
été tués mardi dans leur école touchée
par des tirs d'obus indiens sur le Cachemire pakistanais, ont affirmé
des sources militaires pakistanaises à Islamabad. Selon
ces sources, un nombre non precisé d'enfants ont été
blessés au cours des bombardements intenses qui ont frappé
la localité de Kiran, dans la vallée de la Neelum, à
l'est de Muzaffarabad, le chef-lieu du Cachemire sous contrôle pakistanais.
Le bilan pourrait s'alourdir dans les heures qui viennent, ont estimé
ces sources qui attendaient de nouvelles informations du secteur.
Depuis le 9 mai, les artilleries indienne et pakistanaise se livrent à
d'intenses duels de part et d'autre de la "Ligne de Contrôle" qui
sépare le Cachemire sous contrôle pakistanais de celui sous
contrôle indien. A cet égard, l'armée pakistanaise
a affirmé mardi avoir infligé de "lourdes pertes" à
l'armée indienne qui avait lancé trois attaques le long de
la "Ligne de Contrôle" depuis lundi. Le communiqué,
qui ne donne pas d'autres précisions sur les pertes indiennes, a
ajouté que l'armée pakistanaise avait eu un offcier et deux
soldats tués aux cours des affrontements. Le service
des relations publiques des armées a precisé que des attaques
indiennes avaient eu lieu dans les secteurs de Marpola et Charbat La, dans
le nord du Cachemire. Les forces indiennes "ont été
repoussées avec un grand nombre
d'ennemis tués ou blessés", a ajouté le communiqué.
L'aviation indienne a conduit mardi des raids aériens massifs contre
des guérilleros islamistes pro-pakistanais retranchés
dans la montagne du Cachemire, selon New Delhi, qui affirmait d'autre part
que les forces pakistanaises avaient intensifié leurs tirs d'artillerie
le long de la "ligne de contrôle", dans le nord mais aussi le sud
du Cachemire.
L'Inde rejette "fermement" une offre de médiation de l'ONU
NEW DELHI, 30 mai (1FP) - Le Premier ministre indien Atal
Behari Vajpayee a indiqué dimanche avoir "fermement" rejeté
une offre de médiation de l'ONU pour réduire la tension indo-pakistanaise
à propos du Cachemire. M. Vajpayee a indiqué
que le secrétaire général de l'ONU Kofi Annan l'avait
contacté samedi pour lui proposer l'envoi en Inde et au Pakistan
d'un émissaire de l'ONU. "Mais je lui ai fermement dit
que si un émissaire devait être envoyé quelque part,
il devrait aller au Pakistan et non en Inde", a dit M.Vajpayee lors d'une
réunion publique à sa résidence. "C'est
le Pakistan qui nous a attaqués et a violé notre territoire
pour capturer notre terre", a-t-il ajouté. L'Inde
s'est toujours opposée à l'intervention d'une tierce partie
dans son conflit vieux d'un demi-siècle avec le Pakistan, estimant
qu'il s'agit d'une question strictement bilatérale. Le Pakistan
au contraire appelle une intervention de l'ONU de ses voeux.
M. Vajpayee a expliqué que l'offensive militaire lancée par
les forces armées indiennes contre plusieurs centaines de guérilleros
islamistes pro-pakistanais infiltrés au Cachemire indien se poursuivrait,
soulignant que l'Inde ne pouvait "tolérer" leur présence
sur son territoire. "Nous n'avons pas peur de discuter (avec
le Pakistan) mais nous ne le
ferons pas sous la menace", a déclaré M. Vajpayee en
référence à une proposition d'Islamabad pour une visite
du chef de la diplomatie pakistanaise à New Delhi pour aider à
réduire la tension. Un porte-parole du ministère
indien des Affaires extérieures a semblé lier l'acceptation
de cette visite par l'Inde à un retrait préalable des guérilleros
islamistes au Cachemire indien. "La question est à l'étude,
mais il faut que l'on prenne en compte notre point de vue qui est qu'une
intrusion armée s'est produite et doit
être d'abord retirée", a dit le porte-parole.
Il a précisé que les chefs de la diplomatie américaine
Madeleine Albright et britannique Robin Cook avaient contacté leur
homologue indien Jaswant Singh au cours du week-end. "Cook
a exprimé sa préoccupation mais Singh lui a dit que l'Inde
n'avait pas d'autre choix que d'évincer" les guérilleros,
a ajouté le porte-parole, estimant que la communauté internationale
reconnaissait ce fait.
Inde/Pakistan: "l'Amérique pousse à la confrontation
militaire" (Saddam)
BAGDAD, 30 mai (AFP) - Le président irakien Saddam Hussein a
accusé dimanche les Etats-Unis de "pousser l'Inde et le Pakistan
à la confrontation militaire", en recevant à Bagdad le ministre
indien du Pétrole, V.K. Ramamurthy. "L'Amérique
essaye, et continuera à essayer, d'envenimer les relations entre
l'Inde et le Pakistan et de les pousser à la confrontation militaire",
a déclaré le président irakien, cité par l'agence
officielle INA. "L'Amérique dira ensuite aux autres
pays du monde: +Voyez comment
l'Inde et le Pakistan se sont causés des catastrophes pour avoir
essayé de posséder des capacités nucléaires!",
a ajouté le président irakien. "C'est pourquoi
nous avons encore confiance en la sagesse des dirigeants indiens", a-t-il
dit. Selon INA, "le ministre indien a exprimé sa considération
à la position claire de l'Irak concernant la situation dans le sous-continent
indien", affirmant que son pays "est entièrement conscient qu'une
escalade entre l'Inde et le Pakistan entraînera une intervention
des
Etats-Unis et une aggravation de la situation". Washington
avait appelé jeudi l'Inde et le Pakistan à la retenue au
Cachemire, après une résurgence des tensions dans la région.
M. Saddam Hussein avait présidé samedi une réunion
du Conseil des ministres qui avait recommandé à l'Inde et
au Pakistan, opposés par un conflit au Cachemire, de "ne pas tomber
dans les pièges tramés par les
Etats-Unis". Le Conseil avait également estimé
que les Etats-Unis voulaient se "venger" de l'Inde et du Pakistan pour
avoir développé des armes nucléaires.
En juin dernier, M. Saddam Hussein avait estimé que les essais nucléaires
menés par l'Inde et le Pakistan étaient un "droit à
la souveraineté" et rejeté "la politique adoptée par
les grandes puissances, dont les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, qui
s'arrogent le droit de posséder seuls des armes nucléaires".
L'Inde a lancé une opération militaire le 9 mai après
l'occupation, par des centaines des guérilléros musulmans
appuyés par le Pakistan, du secteur montagneux de Kargil dans le
Cachemire indien. M. Ramamurthy, qui effectue depuis vendredi
une visite de cinq jours en Irak, a remis à M. Saddam Hussein un
message du Premier ministre indien Atal Behari Vajpayee, portant sur "les
possibilités de coopération bilatérale, en particulier
dans les domaines pétrolier, sanitaire et agricole", selon INA.
Des Mirage dans les deux camps
PARIS, 31 (AFP) - Les forces armées indiennes et
pakistanaises, qui s'affrontent depuis plusieurs jours au Cachemire, détiennent
des Mirage de fabrication française, de défense aérienne
pour l'Inde et de bombardement pour le Pakistan. L'aviation
indienne mène des raids contre des guérilleros pro-pakistanais,
retranchés dans la montagne du Cachemire indien, en utilisant notamment
des Mirage 2000 H pour brouiller les radars pakistanais. L'Inde possède
une quarantaine de Mirage 2000 de première génération,
livrés à partir de 1984, conçus pour des opérations
de défense aérienne (interdiction de zone contre des avions
hostiles, guerre électronique avec brouillage de radars).
A ce jour, plus de 540 Mirage 2000 de tous types, ont été
commandés par huit forces aériennes (France, Egypte, Inde,
Pérou, Emirats arabes unis, Grèce, Taïwan, Qatar), dont
plus de 500 ont déja été livrés. Le Mirage
2000 est utilisé par la France pour les opérations de l'OTAN
contre la RFY : Mirage 2000 D (bombardements avec armements à guidage
laser), Mirage 2000 C (défense aérienne).
De son côté, le Pakistan possède 120 Mirage III et
5, la génération précédant le Mirage 2000.
Ces appareils, qui ont été rachetés par Islambad à
des armées de l'air étrangères, ont été
modernisés par l'industrie pakistanaise. Ces Mirage
sont conçus pour mener des missions d'attaque au sol (bombardements).
Pakistan-Inde-Cachemire:M. Sharif rejette les accusations indiennes
sur des guerilleros infiltrés
ISLAMABAD, 31 mai (AFP) - Le Premier ministre Nawaz Sharif
a rejeté lundi les accusations indiennes sur des infiltrations pakistanaises
au Cachemire et a affirmé que la lutte séparatiste était
une lutte de libération intérieure. Le peuple
du Cachemire se bat pour son droit inaliénable à l'autodétermination
qui est d'ailleurs prévu par les résolutions des Nations
unies, a affirmé M. Sharif en réponse à des accusations
indiennes d'ingérences pakistanaises. Son homologue
indien Atal Behari Vajpayee a déclaré lundi que son pays
faisait face à une "situation comparable à la guerre" au
Cachemire où elle combat des guérilleros inflitrés
par le Pakistan. "C'est une sorte d'invasion, une agression,
une tentative de modifier la frontière et de saisir des territoires",
a-t-il ajouté en demandant au Pakistan de retirer les infiltrés.
"Les gens de la vallée ne sont ni des militants ni des infiltrés.
Ce
ne sont que des combattants de la liberté qui se battent pour
la libération de leur patrie", a répliqué M. Nawaz
Sharif cité par l'agence officielle Associated Press of Pakistan
(APP). Durant les dix dernières années, "des
milliers de Cachemiris sont
morts en martyrs" alors qu'on tentait de "supprimer leur mouvement
de libération", a-t-il dit. Selon les sources indiennes,
environ 25.000 personnes ont été tuées depuis le début
de la guerilla sépratiste musulmane en 1989. Le Premier
ministre pakistanais a en outre demandé à l'Inde de respecter
l'esprit de la "déclaration de Lahore" signé par les deux
chefs de gouvernement au cours de la visite historique effectuée
par M.Vajpayee dans la capitale du Penjab pakistanais en février
dernier. Dans cette déclaration, les deux parties
sont convenues de résoudre tous leurs différends -- y compris
celui du Cachemire, leur principale pomme de discorde -- par des négociations.
L'Inde et le Pakistan se sont livrés trois guerres depuis l'indépendance
de 1947, dont deux à propos du Cachemire contrôlé pour
les deux tiers par l'Inde, le tiers nord étant sous celui du Pakistan.
Le Pakistan peut "utiliser toutes ses armes" pour se défendre
ISLAMABAD, 31 mai (AFP) - Le Pakistan, puissance nucléaire
déclarée, a affirmé lundi qu'il utiliserait tout son
arsenal pour sa défense et a rejeté les accusations indiennes
sur des infiltrations de combattants au Cachemire où les combats
se poursuivent sans relâche. "Nous n'hésiterons
pas à utiliser toutes les armes de notre arsenal pour défendre
notre intégrité territoriale", a affirmé le secrétaire
général du ministère des Affaires étrangères,
Shamshad Ahmed, dans une déclaration publiée lundi par des
quotidiens pakistanais. Islamabad veut résoudre les
différends "pacifiquement", mais ce désir de paix ne doit
pas être considéré comme un "aveu de faiblesse", a
ajouté M. Ahmed. Il y a un an, l'Inde et le Pakistan
sont ouvertement devenus des puissances atomiques en effectuant des essais
nucléaires qui ont donné une tournure plus dangereuse encore
à la course aux armements entre les
deux pays ennemis qui revendiquent la souveraineté entière
sur le Cachemire. Une région où, selon un porte-parole
du ministère pakistanais des Affaires étrangères,
la situation militaire est désormais "grave". M. Tariq
Altaf a aussi accusé l'Inde, au cours d'un point de presse lundi,
de provoquer une "escalade" de la tension par ses opérations militaires
le long de la "Ligne de Contrôle" qui sépare les Cachemire
indien et pakistanais. L'aviation et l'armée de terre
indiennes ont poursuivi lundi une vaste opération de ratissage contre
plusieurs centaines de combattants séparatistes dans la région
de Kargil et Drass (nord). Pour réduire la tension,
Islamabad a proposé d'envoyer le ministre des Affaires étrangères
Sartaj Aziz à New Delhi cette semaine. Cette offre a été
acceptée par l'Inde, selon un porte-parole du ministère indien
des Affaires étrangères. Mais Islamabad a affirmé
lundi soir ne pas avoir encore reçu de notification officielle de
cet
accord. De son côté, le Premier ministre Nawaz
Sharif a démenti que le Pakistan envoyait des combattants au Cachemire
indien et a affirmé que la lutte séparatiste était
une lutte de libération intérieure. Le peuple
du Cachemire se bat pour son droit "inaliénable" à l'autodétermination
qui est d'ailleurs prévu par les résolutions des Nations
unies, a affirmé M. Sharif en réponse aux accusations indiennes
d'ingérences. Le Premier ministre indien a déclaré
lundi que son pays faisait face à une "situation comparable à
la guerre" au Cachemire où elle combat des guérilleros infiltrés,
selon lui, par le Pakistan.
"C'est une sorte d'invasion, une agression, une tentative
de modifier la frontière et de saisir des territoires", a déclaré
M. Atal Behari Vajpayee, selon l'agence PTI. "Les gens de la
vallée ne sont ni des militants ni des infiltrés. Ce ne sont
que des combattants de la liberté qui se battent pour la libération
de leur patrie", a répliqué M. Nawaz Sharif cité par
l'agence officielle Associated Press of Pakistan (APP). Durant
les dix dernières années, "des milliers de Cachemiris sont
morts en martyrs" alors qu'on tentait de "supprimer leur mouvement de libération",
a-t-il dit. Selon les sources indiennes, environ 25.000 personnes
ont été tuées depuis le début de la guérilla
séparatiste musulmane en 1989. New Delhi affirme que
jusqu'à 600 guérilleros - dont des taliban afghans et des
soldats pakistanais - ont été infiltrés.
M. Nawaz Sharif a estimé que pour sortir de la tension actuelle
il
fallait que l'Inde revienne à l'esprit de la "déclaration
de Lahore"signé par les deux chefs de gouvernement au cours de la
visite
historique effectuée par M. Vajpayee dans la capitale du Penjab
pakistanais en février dernier. Dans cette déclaration,
les deux parties sont convenues de résoudre tous leurs différends
-- y compris celui du Cachemire, leur principale pomme de discorde -- par
des négociations. L'Inde et le Pakistan se sont livrés
trois guerres depuis l'indépendance de 1947, dont deux à
propos du Cachemire contrôlé pour les deux tiers par l'Inde,
le tiers nord étant sous celui du Pakistan.
Golfe-Inde-Pakistan: Ryad et Abou Dhabi appellent l'Inde et le Pakistan
à la "retenue"
DUBAI, 31 mai (AFP) - L'Arabie Saoudite et les Emirats
Arabes Unis ont appelé lundi l'Inde et le Pakistan à la "retenue"
au Cachemire et à ouvrir un "dialogue" pour désamorcer la
crise. Le cabinet saoudien, présidé par le ministre
saoudien de la Défense
Sultan Ben Abdel Aziz, "appelle l'Inde et le Pakistan à faire
preuve de sagesse et de retenue et à poursuivre le dialogue pour
trouver un règlement politique à la crise", selon un communiqué
officiel reproduit par l'agence saoudienne SPA. Le Conseil
des ministres saoudiens a souligné à ce propos "le droit
du peuple musulman du Cachemire à l'autodétermination (..)
conformément aux résolutions du Conseil de sécurité
de l'ONU". Pour sa part, le cabinet émirati a exhorté
New Delhi et Islamabad à
"intensifier les négociations et répondre (positivement)
aux initiatives diplomatiques (..) pour désamorcer la crise et restaurer
la sécurité dans la région". Selon un
communiqué reproduit par l'agence émiratie WAM, "les Emirats
suivent avec une profonde inquiétude l'escalade de la tension dans
la région du Cachemire (...)". Les troupes indiennes
ont intensifié lundi leurs raids aériens contre des positions
de guérilléros musulmans appuyés par le Pakistan qui
occupent, selon New Delhi, le secteur montagneux de Kargil dans le Cachemire
indien.
Inde-Pakistan: des forces armées inégales
LONDRES, 27 mai (AFP) - L'Inde et le Pakistan, frères
ennemis qui depuis la partition en 1947 se sont déjà livrés
trois guerres, disposent de capacités de défense très
inégales, le déséquilibre se faisant au détriment
d'Islamabad. L'Inde (environ 980 millions d'habitants), qui
a procédé en mai 1998 à cinq essais nucléaires,
et a fait état de son intention de s'équiper de missiles
à tête nucléaire "dès que la situation l'exigera",
a des capacités nettement supérieures à celles de
son voisin, dans l'armement
nucléaire et conventionnel. Depuis son premier essai
en 1974, les spécialistes prêtent à New Delhi la capacité
à disposer de quelque 30 à 60 bombes de la puissance de celle
d'Hiroshima. Au début des années 80, l'Inde a
également développé une panoplie de missiles balistiques:
le missile Agni (le feu), dont la version récente (Agni II) expérimentée
en avril dernier a une portée de 2.000 à 2.500 km, et le
missile sol-sol Prithvi (la terre) d'une portée de 250 km. Elle
a également testé avec succès le mois dernier un missile
sol-air (Trident) de courte portée. Le Pakistan (130
millions d'habitants), qui a procédé à six essais
nucléaires en mai 1998 en réponse aux testes indiens, est
censé disposer d'une dizaine de charges nucléaires, selon
les estimations des services
occidentaux de renseignement. Il a cependant toujours nié avoir
reçu l'assistance de spécialistes chinois pour mettre au
point des missiles susceptibles de transporter des charges nucléaires.
A l'instar de New Delhi, Islamabad a annoncé avoir testé
avec succès
en avril dernier une version améliorée de son missile
sol-sol "Ghauri" (Ghauri II) d'une portée de 2.300 km. La première
version du Ghauri, d'un rayon d'action de 1.500 km, avait été
lancée en avril 1998. Il a également effectué un tir
réussi d'un missile sol-sol de moyenne portée (600 km).
Selon l'Institut international des études stratégiques (IISS,
Londres), 1.175.000 soldats indiens d'active font face à 587.000
soldats pakistanais. L'Inde peut compter en outre sur 528.400 réservistes
et le Pakistan sur 513.000. L'armée de terre indienne
dispose de 980.000 hommes, trois divisions blindées, 3.414 chars
de combat et quelque 4.175 pièces d'artillerie,
celle du Pakistan de 520.000 hommes, deux divisions blindées,
2.120 chars de combat et 1.590 pièces d'artillerie.
L'armée de l'air indienne (140.000 hommes), qui possède 772
avions de combat et 190 hélicoptères dont 32 armés,
est équipée surtout de
matériel russe (Sukhoi, Mig-21,23, 27, 29), mais aussi de matériel
français (Mirage 2000 HT/H), britannique (Sea Harrier) ou
franco-britannique (Jaguar). Celle du Pakistan (45.000
hommes) a 410 avions de combat (français --des Mirage III non adaptés
à l'emport de bombes ou de missiles nucléaires-- et américains
--F-16), 34 hélicoptères, mais aucun hélicoptère
armé. La marine indienne dispose de 55.000 hommes contre
22.000 pour le Pakistan. Elle compte à son actif un porte-avions
(le Pakistan n'en
dispose pas), 19 sous-marins contre 9 pour la marine pakistanaise,
25 bâtiments de surface contre 10 pour le Pakistan.
Escalade au Cachemire: l'aviation indienne entre en
action
SRINAGAR (Inde), 26 mai 99 (AFP) - L'aviation indienne
est entrée en action pour la première fois au Cachemire mercredi
pour déloger des guérilleros musulmans, ce qui marque une
escalade dans le conflit indo-pakistanais sur cette région himalayenne
disputée depuis un demi-siècle. L'Inde a mis
en garde contre toute intervention pakistanaise dans cette opération
qui doit se poursuivre. Le Pakistan a répliqué en plaçant
ses forces armées en état d'alerte. Des avions
MiG 23 et Jaguar indiens, soutenus par des hélicoptères MI-17,
ont attaqué à l'aube, puis dans l'après-midi, des
"mercenaires" musulmans infiltrés dans la montagne du Cachemire
indien sous le couvert de tirs d'artillerie pakistanais depuis le 9 mai,
selon New Delhi. Ces raids aériens menés à
haute altitude, autour de 5.000 mètres, sur les régions de
Kargil, Drass, Batalik et Moshka, à environ 100 km au nord-est de
Srinagar, ont été "très efficaces", a-t-on indiqué
de source militaire, sans faire état de bilan précis.
Ils se poursuivront "jusqu'à ce que nos forces reprennent le contrôle
de notre territoire", a indiqué un communiqué officiel indien,
mettant en garde contre des représailles appropriées" si
le Pakistan intervenait dans l'opération aérienne indienne.
L'armée indienne a indiqué qu'elle avait tué depuis
deux semaines 160 guérilleros d'un groupe de 400 - dont des taliban
d'Afghanistan et des soldats pakistanais - infiltrés au Cachemire
indien. 17 soldats indiens ont été tués et 80 blessés,
selon l'armée. De nouveaux renforts de troupes et d'artillerie
lourde ont été
envoyés à la frontière, selon des témoins.
A Srinagar, capitale d'été du Cachemire indien, où
tous les vols civils ont été annulés, des habitants
ont fait état de panique dans la ville survolée par les avions
indiens, où l'on craignait une nouvelle guerre indo-pakistanaise.
Plusieurs centaines de touristes indiens et étrangers quittaient
la région. Le Premier ministre indien Atal Behari Vajpayee
avait indiqué mardi avoir averti son homologue pakistanais Nawaz
Sharif que l'Inde utiliserait tous les moyens nécessaires pour repousser
les intrusions. "Cette fois-ci, le but (des Pakistanais)
est d'occuper des zones de notre territoire et d'y rester (...) Cette situation
est totalement inacceptable", avait dit M. Vajpayee. Le ministre
pakistanais des Affaires étrangères Sartaj Aziz a répliqué
mercredi que l'Inde était responsable de l'"escalade".
"L'armée pakistanaise est en état d'alerte élevé.
Nous suivons la
situation de très près sur la ligne de contrôle"
de 720 km qui sépare les deux pays au Cachemire, a dit un porte-parole
militaire pakistanais. Les chefs militaires des deux pays se
sont cependant parlé au téléphone pour réduire
la tension, alors que l'Inde déclarait que les frappes avaient eu
lieu nettement en territoire indien. Forces indiennes et pakistanaises
se livrent à des duels d'artillerie depuis le 9 mai dans la région
de Kargil, où New Delhi avait déjà envoyé quelque
15.000 soldats en renfort et d'où plusieurs dizaines de milliers
d'habitants ont fui. L'armée indienne estime que les
guérilleros infiltrés voulaient couper une importante route
entre Srinagar et Leh au Ladakh, plus au nord. New Delhi a
aussi accusé le Pakistan d'avoir abattu un avion de
reconnaissance indien avec un missile SAM lundi.
Ces affrontements entre deux pays devenus puissances nucléaires
après
leurs essais atomiques de l'an dernier ont fait voler en éclats
un fragile climat de détente né d'une visite historique au
Pakistan de M.
Vajpayee en février dernier. Les deux pays s'étaient
engagés lors de ce premier sommet en dix ans à oeuvrer à
une résolution de leurs pommes de discorde, dont le Cachemire.
Mais la chute en avril du gouvernement indien dirigé par les nationalistes
hindous de M. Vajpayee a mis le dialogue indo-pakistanais entre parenthèses.
Des élections auront lieu en Inde en septembre et le
nouveau gouvernement n'entrera en fonction qu'en octobre.
L'ambassadeur américain en Inde Richard Celeste a exprimé
l'inquiétude des Etats-Unis, tout en soulignant que ces derniers
n'entendaient pas intervenir dans le conflit. Le secrétaire
général de l'ONU Kofi Annan avait appelé mardi l'Inde
et le Pakistan "à montrer de la retenue et à cesser les combats".
Les deux pays se sont livré deux de leurs trois guerres depuis leur
indépendance en 1947 à propos du Cachemire, dont deux tiers
sont sous le
contrôle de l'Inde et le tiers nord sous celui du Pakistan. Une
guérilla musulmane a fait quelque 25.000 morts au Cachemire indien
depuis 1989.
Test d'un missile indien sol-air Trishul
NEW DELHI, 26 mai 99 (AFP) - L'Inde a procédé
mercredi au test d'une version navale de son missile sol-air Trishul qui
a été lancé à partir d'une base située
à Cochin (sud), a annoncé à New Delhi un porte-parole
du ministère de la Défense.
Inde-Pakistan-taliban : Les miliciens taliban soutiennent le Pakistan
au Cachemire
KYBER PASS (Afghanistan) 28 mai (AFP) - Les taliban intégristes
afghans soutiennent sans réserve les soldats pakistanais dans leur
confrontation avec l'Inde au Cachemire et sont prêts à leur
venir en aide, selon des réactions recueillies vendredi par l'AFP.
"Les Pakistanais nous ont beaucoup aidé dans notre
combat tandis que les Indiens soutiennent l'opposition, alors nous espérons
que le Pakistan va réussir", a ainsi estimé au poste-frontière
du col de Kyber Mohammed Abdullah, un milicien des "étudiants en
théologie" au pouvoir à Kaboul. Le Pakistan a
toujours été considéré comme le principal soutien
de la
milice intégriste et est l'un des rares pays à avoir
reconnu son régime. Un autre combattant taleb,
à Sarobi, une ville à mi-chemin de Kaboul et de la frontière
afghano-pakistanaise, est plus catégorique encore: Si les Pakistanais
"ont besoin d'aide, alors nous devons la leur fournir", assure-t-il.
New Delhi a souvent accusé les taliban afghans d'envoyer de nombreux
miliciens se battre avec la guerilla séparatiste musulmane qui
lutte au Cachemire indien. Estimant que l'Inde est responsable
de la tension actuelle, ce combattant pense que les "Pakistanais sont de
bons soldats". "Ce sont nos frères et je suis sûr qu'ils peuvent
affronter toutes les attaques indiennes". Les taliban bénéficient
du soutien sans faille de mouvements extrémistes religieux pakistanais
comme le Jamiat Ulema Islam (JUI) qui parraine par ailleurs l'un des principaux
mouvements séparatistes
cachemiri Harkat-ul Mujahideen. Pour un autre taleb, l'armée
de l'air pakistanaise avait le droit d'abattre les deux avions indiens
qu'Islamabad affirme avoir détruit jeudi. "Tout autre pays aurait
fait la même chose", a-t-il dit à Jalabad.
Pakistan-Inde-Cachemire : Avertissement des militaires pakistanais
à l'Inde
ISLAMABAD, 20 mai 99(AFP) - Le chef de l'armée
de terre pakistanaise, le général Pervez Musharraf, a mis
en garde l'Inde contre toute violation de la ligne de partage du Cachemire
où s'affrontent les artilleries des deux pays depuis plus de dix
jours, a annoncé la presse jeudi. Selon le quotidien
Dawn, le général Musharraf a affirmé que toute violation
par l'Inde de la "ligne de contrôle", la frontière de fait
qui partage le Cachemire sur 720 km, aurait de "sérieuses conséquences".
Le général Rashid Qureshi, le chef du département
des relations publiques de l'armée, a affirmé que "toute
violation de la ligne de contrôle par l'armée ou l'aviation
indiennes signifierait une violation du Pakistan qui serait prise très,
très au serieux". "Nous sommes prêts à
faire face à toutes éventualitées", a-t-il ajouté.
Depuis plus de dix jours, les deux armées se livrent à de
violents et meurtriers duels d'artillerie qui ont notamment embrasé
la région de Kargil et Daras, des zones montagneuses du nord.
Le général Qureshi a affirmé que 70 soldats indiens
avaient été tués lors de ces échanges de tir.
Dans le même temps, les forces indiennes ont entamé une opération
de ratissage contre quelques centaines de guérilleros musulmans
infiltrés, selon New Delhi, par le Pakistan au Cachemire indien,
en profitant des tirs d'artillerie. Des sources militaires
indiennes ont affirmé que cette opération
avait fait depuis dimanche 52 morts chez les guérilleros et
neuf dans les rangs de l'armée indienne dans la région de
Kargil.
Les tirs d'artillerie ont forcé les deux-tiers
des 80.000 habitants du secteur de Kargil à fuir la région,
où des villages entiers se sont vidés. Ces affrontements
indo-pakistanais sont les premiers depuis la visite historique au Pakistan
du Premier ministre indien Atal Behari Vajpayee le 20 février dernier
au cours de laquelle les deux pays s'étaient engagés à
réduire la tension bilatérale. L'Inde et
le Pakistan, qui ont procédé à des essais nucléaires
il y a tout juste un an, se sont affrontés lors de trois guerres
depuis l'indépendance du sous-continent en 1947, dont deux à
propos du Cachemire, leur principale pomme de discorde.
New Delhi affirme que la guérilla musulmane au
Cachemire indien a fait quelque 25.000 morts depuis 1989.
USA-Inde-Pakistan : Les ambassadeurs d'Inde et du Pakistan pour le
droit à la sécurité
WASHINGTON, 20 mai (AFP) - Les ambassadeurs pakistanais
et indien à Washington ont affirmé jeudi la volonté
de leurs pays respectifs de restreindre le risque de conflit nucléaire
tout en plaidant pour le droit à la sécurité.
Les deux ambassadeurs ont accepté de participer pour la première
fois ensemble à une discussion organisée par un centre d'études,
le PEC (Public Education Center) de Washington, à l'occasion du
premier anniversaire des essais nucléaires effectués par
les deux pays en mai 1998.
Riaz Khokhar, ambassadeur du Pakistan, a indiqué
que "le maintien d'une dissuasion nucléaire crédible au plus
bas niveau possible constitue un élement indispensable de la politique
de défense du Pakistan". Il a indiqué que les tests conduits
par le Pakistan avaient "restauré un nouvel équilibre stratégique".
Concernant la signature du Traité d'interdiction totale des essais
nucléaires (CTBT, selon son acronyme anglais), il a indiqué
que le Pakistan "avait l'intension d'y adhérer dans des conditions
libres de toute pression".
Pour sa part l'ambassadeur d'Inde, Naresh Chandra, tout
en s'affirmant "en faveur du désarmement" a indiqué qu'en
raison de ses conflits frontaliers, l'Inde "a besoin d'une défense".
Il a déploré que "les problèmes de sécurité
de l'Inde étaient souvent
discutés dans un contexte très étroit" et "ne
sont pas centrés seulement sur le Pakistan" a-t-il dit.
"Notre plus grande préoccupation est de convaincre le Pakistan que
nous ne lui voulons pas de mal", a-t-il ajouté. "L'intérêt
de l'Inde a
relevé l'ambassadeur, est d'avoir un voisin fort et prospère".
Pour sa part Stephen Cohen, de l'institut Brookings a estimé que
"le
risque de guerre n'est pas plus grand maintenant qu'il ne l'était
avant". Mais il a indiqué que les célébrations prévues
par les deux pays "ne constituaient pas le signe d'un système politique
sain". Le département d'Etat avait dénoncé
la veille les célébrations
prévues en Inde et au Pakistan pour le premier anniversaire
des essais nucléaires. "Nous ne pensons pas qu'il y ait quoi que
ce soit à fêter concernant des essais nucléaires",
avait notamment déclaré le porte-parole du département
d'Etat, James Rubin. L'Inde a célébré
la semaine dernière le premier anniversaire de ses essais nucléaires
du 11 et 13 mai et le Pakistan s'apprête à faire de même
à partir de samedi et jusqu'au 28 mai, le jour où Islamabad
a effectué ses propres tests en réponse à New Delhi.
L'Inde teste un missile sol-air (AP, 18/4/99)
Cinq jours après avoir testé un missile de portée
intermédiaire à capacité nucléaire, l'Inde
a procédé vendredi à deux tirs expérimentaux
d'un missile sol-air, a rapporté l'agence United News of India.
Selon l'agence de presse indienne, deux missiles Trishul ont été
tirés dans l'Etat d'Orissa (est). Les deux essais ont été
couronnés de succès. Les deux missiles ont touché
leurs cibles. Les scientifiques indiens développent trois versions
de ce missile qui sera utilisé à la fois par la l'armée
de terre, la marine et l'armée de l'air. L'armée indienne
avait testé dimanche la deuxième génération
du missile Agni. Cette arme peut emporter une charge d'une tonne dans un
rayon de 2.000 kilomètres, soit une portée suffisante pour
attaquer le Pakistan ou la Chine. Le Pakistan a réagi en testant
deux missiles similaires. Ces tirs interviennent onze mois après
que l'Inde eut procédé à une séries d'explosions
nucléaires souterraines, forçant le Pakistan à en
faire de même un peu plus tard. Cette escalade avait conduit les
Etats-Unis à faire pression sur les deux pays pour qu'ils signent
un traité international d'interdiction des tests nucléaires
et résolvent leurs différends, à l'origine de trois
guerres.
L'Inde teste un missile sol-air sur un avion de reconnaissance
sans pilote (AFP, 16/4/99)
L'Inde a procédé vendredi un nouveau test de missile
sol-air, dans l'Etat d'Orissa, à l'est du pays, selon le ministère
de la Défense. Selon l'agence United News of India (UNI), deux missiles
ont été envoyés entre 09H45 (03H15 GMT) et 10H10 locales
(04H40 GMT). Le ministère de la Défense n'a pas confirmé.
New Delhi avait déjà procédé, dimanche dernier,
à l'essai d'un nouveau missile balistique Agni-II à capacité
nucléaire d'une portée de 2.000 à 2.500 km, onze mois
après avoir effectué cinq essais nucléaires. Vendredi,
c'est un missile Trident, de portée courte, qui a touché
un avion espion sans pilote, lancé exprès comme cible, selon
le ministère. Un vol d'essai de cet avion automatique, prévu
pour des missions de reconnaissance, avait été effectué
depuis le site de lancement de Balamore trois jours avant les tests de
missile. Le Trident, testé sept fois depuis 1983, est un missile
à multiples objectifs, capable de raser l'eau, d'après de
experts. L'Inde a l'ambition depuis seize ans de fabriquer
cinq types distincts d'engins guidés. Cette semaine, en l'espace
de 24 heures, le Pakistan voisin a effectué deux tirs de missiles
balistiques de moyenne portée, en réplique à l'Inde
qui avait testé un missile Agni-II de moyenne portée, le
week-end dernier. En mai et juin 1998, le Pakistan avait également
répliqué aux cinq essais nucléaires indiens en procédant
lui-même à six essais nucléaires.
Le Pakistan effectue un deuxième test de missile à
capacité nucléaire (AP 15/4/99)
Le Pakistan a effectué un deuxième test de missile à
capacité nucléaire, jeudi, ont confirmé des sources
officielles. La portée de ce nouveau missile est encore inconnu,
mais on estime qu'il s'agissait du ``Shaheen I'', le premier d'une nouvelle
série de missiles qui aurait une portée de 750km, considérablement
moins que le missile balistique ``Ghauri II'' lancé mercredi qui
est d'une portée de 2.000km. Le tir pakistanais de mercredi était
survenu trois jours après le test par l'Inde de la nouvelle génération
du missile ``Agni''.
Pakistan To 'Respond' To India's Nuclear Missile Test (By Sanjeev
Miglani, Reuters, Washington Post, April 13, 1999
Pakistan vowed today to respond to rival India's test of a new nuclear-capable
missile after a trial launch by New Delhi that raised the specter of a
further South Asian arms race.
Indian newspapers hailed Sunday's test flight of the Agni II ballistic
missile, whose range of at least 1,250 miles could reach deep into China
or Pakistan. The country's politicians briefly put aside their bickering
to applaud.
Pakistan's army chief said today that Islamabad would respond, but
he did not say when and how. "No Indian should have a doubt that we can
respond. We have all the capability; we have everything," Gen. Pervez Musharraf
said to the local English Speaking Union. He later told reporters, "We
can react very soon."
India's government shrugged off criticism of its first ballistic missile
trial in five years and said it would press ahead with its security objectives.
"India will be doing everything necessary flowing from its policy of a
credible minimum deterrent," a Foreign Ministry official said.
He said the missile launch should not have come as a surprise because
it was part of a security policy that evolved after India conducted a series
of underground nuclear tests 11 months ago. Since India's blasts in May,
which Pakistan matched two weeks later. Washington has led Western efforts
to draw the regional rivals into the global regime for nuclear arms control
and has urged restraint on missile development.
The Agni II missile is seen as a deterrent to nuclear-armed China,
which today joined the United States, Britain, Japan and Thailand in expressing
regret over the Agni launch.
"It could trigger a new round of arms race in South Asia," China's
Foreign Ministry said in a statement. "The Chinese side expresses regret
and concern."
Pakistan was under pressure at home to answer India's missile test,
fueling concern that recent efforts by the rival nations to mend fences
would be wasted.
"It is necessary that the government should respond immediately, so
that they can boost the morale of the people," said Liaqat Baluch, the
deputy chief of Pakistan's main Islamist party, Jamaat-i-Islami.
The Karachi Stock Exchange fell by almost 3 percent on uncertainty
on how Pakistan would respond.
Here in New Delhi, where Prime Minister Atal Bihari Vajpayee's coalition
government is teetering on collapse, politicians of all hues closed ranks
to praise the country's defense scientists.
"We are not seeing the launch of Agni II from a political angle," Ajit
Jogi, spokesman for the opposition Congress party, told a news conference.
"We congratulate our scientists, engineers and soldiers related to defense."
But Jyoti Basu, chief minister of West Bengal state and a leader of
the Communist Party of India-Marxist, dubbed the move a "political stunt"
by Vajpayee's Bharatiya Janata Party and said it had "nothing to do with
defense."
Le Pakistan a procédé à un essai de missile
balistique (AFP, 14/4/99)
Le Pakistan a procédé mercredi à un essai réussi
de son missile balistique de moyenne portée Ghauri en réplique
au test de l'Agni-II effectué par l'Inde dimanche, a affirmé
un communiqué du ministère des Affaires étrangères.L'essai
indien et la réponse pakistanaise pourraient relancer la course
aux armements entre les deux pays ennemis de cette région qui constitue
déjà l'un des points chauds du monde, estiment les observateurs.Dans
le communiqué, le ministère a souligné que ce test
constituait le "2ème essai" du missile Ghauri, qui avait été
lancé pour la première fois avec succès le 6 avril
1998. Le communiqué du ministère rappelle que le Ghauri a
une portée de 1.500 km et qu'il peut être équipé
de tous les types de bombes, en clair aussi bien conventionnelles que nucléaires.
Cependant, selon des sources scientifiques pakistanaises liées au
programme balistique, le missile lancé mercredi -- le Ghauri-II
-- serait une version améliorée du premier projectile et
aurait une portée de 2.000 km. L'Agni-II indien testé dimanche
a une portée de 2.000 à 2.500 km."Ces essais, poursuit le
communiqué, font partie d'un programme de recherche et de développement
de missiles entièrement pakistanais qui est un élément
essentiel de notre politique de dissuasion dans les intérêts
de notre sécurité".Sans accuser l'Inde nommément,
le communiqué affirme que le "Pakistan ne veut pas une course aux
armements nucléaires et balistiques en Asie du sud". Il ajoute toutefois
qu'Islamabad a fait "des propositions concrètes" à l'Inde
pour observer de la "retenue stratégique" et pour une "stabilisation"
des armements nucléaires et conventionnels dans la région.
Ce communiqué, notent les observateurs, est en outre d'une forme
modérée dans la mesure où il fait référence
à un "2ème essai" du Ghauri et non à l'essai d'une
nouvelle version améliorée. La déclaration officielle
souligne que le nouvel essai du Ghauri "démontre la détermination
du Pakistan à se défendre, à renforcer sa sécurité
nationale et consolider l'équilibre stratégique qui avait
été rétabli le 28 mai 1998". Ce jour-là, le
Pakistan avait procédé à des essais nucléaires
souterrains dans le désert du Baloutchistan (sud-ouest du pays)
pour répondre à ceux effectués par l'Inde quelques
jours auparavant. Ces essais avaient fortement accru la tension dans cette
région, déjà l'un des points chauds de la planète,
et avaient conduit à des sanctions économiques internationales,
notamment de la part des Etats-Unis, qui avaient entraîné
le Pakistan dans une grave crise économique. Le communiqué
précise qu'Islamabad avait informé l'Inde de son intention
de procéder au lancement du Ghauri II, ainsi que les autres pays
voisins du Pakistan. Les deux pays avaient décidé de s'avertir
mutuellement de ce genre d'essais, au cours de la visite historique effectuée
par le Premier ministre indien Atal Behari Vajpayee à Lahore (centre
du Pakistan) en février dernier. M. Vajpayee et son homologue pakistanais
Nawaz Sharif avaient convenu lors de leurs entretiens l'adoption de mesures
ponctuelles destinées à "bâtir la confiance entre les
deux pays". Mais après l'essai indien de dimanche M. Sharif avait
indiqué mardi que le Pakistan donnerait une réponse "nécessaire"
au tir du missile indien. "Nous ne voulons pas entrer dans une course aux
armements avec l'Inde, mais nous n'oublions pas nos responsabilités",
avait toutefois déjà précisé M. Sharif, qui
était l'objet de fortes pressions politiques et militaires intérieures
pour répondre au "défi" indien. En revanche, des pays comme
le Japon et surtout les Etats Unis ont exercé de fortes pressions
pour qu'Islamabad s'abstienne de répondre à l'essai balistique
indien. L'Inde et le Pakistan se sont livrés trois guerre depuis
la partition et l'indépendance du sous-continent en 1947. La dispute
porte essentiellement sur le Cachemire, une région himalayenne à
majorité musulmane principalement contrôlée par l'Inde
et dont les deux pays se disputent toujours la souveraineté.
Le Pakistan effectue un test de missile à capacité
nucléaire (AP, 13/4/99)
Le Pakistan a effectué mercredi un test de missile à
portée intermédiaire capable de porter une charge nucléaire
et de toucher des cibles très à l'intérieur de l'Inde
voisine. Les observateurs et spécialistes s'attendaient à
un tel destiné pour le Pakistan à répondre au test
de missile effectué par l'Inde dimanche. Le ``Ghauri II'', est une
version modernisée d'un ancien missile balistique d'une portée
de 2.000km, en faisant le missile de plmus longue portée de l'arsenal
pakistanais. Selon plusieurs médias pakistanais, l'Inde avait été
avertie par Islamabad mardi que le Pakistan envisageait d'effectuer un
test réel. Cette notification a été faite conformément
à l'accord signé en février dernier par le Premier
ministre pakistanais Nawaz Sharif avec
son homologue indien Atal Vihari Vajpayee prévoyant d'avertir
l'autre pays en cas de test de missile. Cet accord visait à réduire
les tensions entre les deux pays du sud-est asiatique qui ont effectué
des tests nucléaires souterrains en 1998. Depuis ces tests, l'Inde
et le Pakistan se sont déclarés puissances nucléaires,
suscitant ainsi des craintes que les deux pays passent à l'étape
suivant qui consiste à mettre au point un arsenal nucléaire.
Le Pakistan a affirmé qu'il ne tenait pas à s'engager dans
une course à l'armement nucléaire mais a averti qu'il ne
se laisserait pas distancer par l'Inde si ce pays décidait de s'y
lancer. Les deux pays se sont fait trois guerres au cours des 51 dernières
années et leur nouveau statut nucléaire a amené de
nombreux
dirigeants mondiaux à exprimer leur crainte qu'une nouvelle
confrontation entre le Pakistan et l'Inde ne débouche sur un conflit
nucléaire.
Test d'un missile indien à capacité nucléaire
: un message à la Chine (AFP, 12/4/99)
En testant avec succès un missile balistique à capacité
nucléaire d'une portée de 2.500 km, l'Inde a adressé,
un an tout juste après ses essais atomiques, un message clair à
la Chine, estimaient les analystes lundi à New Delhi. Nous avons
atteint un stade où personne, où qu'il se trouve, ne pourra
plus nous menacer", a proclamé le ministre indien de la Défense
George Fernandes après avoir annoncé que l'Inde avait testé
pour la première fois, dimanche, l'Agni-II ("le Feu"). Ce missile
de 20 m de haut et de 16 tonnes, à carburant solide, successeur
de l'Agni-I (1.500 km de portée), peut transporter une charge nucléaire
d'une tonne et atteindre n'importe quel point du territoire pakistanais
et une bonne partie de la Chine. Le test a été effectué
le jour du premier anniversaire d'essais nucléaires que l'Inde avait
justifiés en partie par la "menace" de son voisin chinois au nord.
Il montre que l'Inde est sérieuse dans sa volonté affichée
de se doter d'une dissuasion crédible. "En gros, l'Agni-II est une
politique d'assurance contre tout revers majeur dans les relations indo-chinoises",
a expliqué Jasjit Singh, directeur de l'Institut des études
et analyses de défense à New Delhi. "Le gouvernement estime
à l'évidence qu'un missile d'une portée de 2.500 km
lui donnera plus de confiance dans ses rapports avec la Chine". Pékin
n'avait pas encore réagi lundi, alors que le Pakistan avait fait
part de son inquiétude et de sa volonté de répliquer,
et que les Etats-Unis, le Japon et l'Australie avaient exprimé leurs
regrets. Les relations entre l'Inde et la Chine, qui s'étaient opposées
lors d'une brève guerre frontalière en 1962, commençaient
tout juste à
repartir de l'avant après un froid dû aux essais indiens
et à des déclarations indiennes présentant Pékin
comme la principale
menace. Dans un commentaire lundi, le journal Hindustan Times a affirmé
que la Chine récoltait ce qu'elle semait : "le test de l'Agni-II
est un nouvel exemple montrant l'effet boomerang de la politique chinoise
visant à endiguer l'Inde : son encerclement stratégique provoque
ce que Pékin a toujours voulu éviter : la création
d'une force de dissuasion" indienne. Le Premier ministre indien Atal Behari
Vajpayee a assuré que l'Inde avait pris une mesure "purement défensive"
et n'entendait agresser personne. "L'Agni est la preuve de notre détermination
à renforcer notre sécurité nationale pour pouvoir
nous défendre", a-t-il dit. Le test de l'Agni-II était prévu
et avait été reporté deux fois depuis début
mars, en partie, selon les analystes, du fait de pressions américaines
et pour qu'il n'intervienne pas trop tôt après le sommet et
le dégel indo-pakistanais de février à Lahore, le
chef-lieu de
la province pakistanaise du Pendjab. "La Chine ne peut prétendre
être surprise. L'Agni-II était au programme depuis cinq ans",
a expliqué un attaché militaire occidental à New Delhi.Il
a cependant souligné que l'Inde n'en était pas encore au
stade du déploiement. "Le programme indien de missiles a toujours
été ralenti par des problèmes techniques et il reste
beaucoup à faire techniquement et financièrement", a-t-il
dit. Des partis d'opposition ont accusé M. Vajpayee d'avoir tenté
de détourner l'attention d'une nouvelle crise politique qui menace
son gouvernement. Mais selon Jasjit Singh, là n'était pas
la raison de ce test. "Il fallait qu'il soit fait avant la fin avril et
l'arrivée de la mousson", a-t-il estimé. Cet analyste s'est
dit persuadé que l'Inde n'en resterait pas là et qu'un Agni-III
était envisagé : "il ne sert à rien d'investir tant
d'argent, si ce n'est pour développer un missile intercontinental
de 5.000 km de portée".
L'Inde et le Pakistan se mettent d'accord pour libérer certains
de leurs prisonniers (AP, 7/3/99)
L'Inde et le Pakistan se sont mis d'accord samedi pour libérer
61 prisonniers non-politiques dans les trois prochaines semaines, un geste
qui confirme le désir des deux frères ennemis d'améliorer
leurs rapports. Le Pakistan libérera 18 Indiens actuellement détenus
dans ses prisons tandis que l'Inde fera libérer 43 Pakistanais,
selon un communiqué officiel du Ministère de l'intérieur
pakistanais. L'accord a été trouvé au Pakistan lors
des discussions bilatérales qui se sont achevées samedi.
Cette annonce fait suite au voyage au Pakistan qu'avait effectué
le Premier ministre indien Atal Bihari Vajpayee le mois dernier. La communauté
internationale tente depuis les explosions nucléaires souterraines
expérimentées par les deux pays de faire pression sur l'Inde
et le Pakistan pour qu'ils améliorent leurs relations. Depuis leur
indépendance en 1947, les deux pays se sont déjà affrontés
trois fois.
Inde-Pakistan : la glace est brisée, reste le Cachemire noeud
du conflit (AFP, 22/2/99)
L'Inde et le Pakistan ont "brisé la glace" lors d'un sommet
"historique" à Lahore (Pakistan) mais doivent maintenant s'atteler
au noeud de leur conflit vieux d'un demi-siècle, le Cachemire divisé,
ont souligné lundi les analystes à New Delhi. Les Premiers
ministres indien Atal Behari Vajpayee et pakistanais Nawaz Sharif n'ont
certes pas annoncé de résultats spectaculaires dimanche à
l'issue de la première visite, chargée de symboles et de
bonne volonté, d'un chef de gouvernement indien au Pakistan depuis
dix ans. Mais les deux pays frères ennemis, nouvelles puissances
nucléaires que la communauté internationale inquiète
poussaient à dialoguer, ont pris un nouveau départ et se
sont donnés les moyens de travailler sur de meilleures bases de
confiance, ont estimé diplomates, analystes et éditorialistes
dans la capitale indienne. "La glace est finalement rompue", s'est exclamé
l'influent quotidien Times of India, en écho à M. Sharif,
alors que l'Indian Express estimait que "Deux premiers ministres ont donné
une chance à la paix". "Cela va plus loin, je l'espère, que
briser la glace", a expliqué S.K. Singh, un ancien ambassadeur indien
à Islamabad, pour qui les deux rivaux, en discutant au plus haut
niveau, ont entamé un "changement de direction" et effectué
"un premier pas sur une nouvelle voie". Opinion partagée par un
diplomate occidental en poste à New Delhi pour qui il y a désormais
une "nouvelle méthode" de travail, au delà des pourparlers
infructueux et acrimonieux, et un message direct aux opinions publiques
des deux côtés de la frontière désireuses de
paix. Reste que "le dialogue doit continuer au niveau politique" pour ne
pas retomber dans l'ornière, a-t-il dit. Car si le sommet de Lahore
a marqué un "tournant", "le chemin de la paix est semé d'embûches",
a souligné le quotidien Hindustan Times. Le ton a été
donné par M. Vajpayee lui-même, qui à peine rentré
à New Delhi, a affirmé qu'une normalisation ne serait possible
que lorsque cesseront les massacres perpétrés dans l'Etat
du Jammu et Cachemire par des guérilleros musulmans soutenus selon
New Delhi par le Pakistan. A la veille même du sommet, 20 hindous
avaient été massacrés par un groupe pro-pakistanais
selon les autorités indiennes, au Cachemire indien où une
guérilla musulmane a fait plus de 25.000 morts en dix ans. Côté
pakistanais, M. Sharif a mis clairement les choses sur la table lors d'un
banquet pour son hôte nationaliste hindou. "Le Jammu et Cachemire
est la raison fondamentale de toutes les tensions entre l'Inde et le Pakistan.
Même si c'est un problème compliqué, il ne peut être
mis de côté", a-t-il dit en une évidente référence
à la position indienne. Cela prendra du temps. Le Cachemire revendiqué
par les deux pays a été l'objet de deux de leurs trois guerres.
"Il ne peut y avoir de solution rapide. Résoudre la question du
Cachemire n'est pas comme préparer du café instantané",
a remarqué M. Singh. "Comme sur le chemin d'un amour vrai, il y
aura des obstacles sur la route". Entretemps, les deux pays ont commencé
par prendre des mesures de confiance destinées à améliorer
le climat de leurs relations. Ils se préviendront avant chaque essai
de missiles balistiques et se signaleront tout incident "accidentel, non
autorisé ou inexplicable" qui pourrait déboucher sur un risque
de conflit nucléaire. De source diplomatique, on souligne qu'il
s'agit d'un pas modeste mais important compte tenu du fait que les deux
pays ont des
armes atomiques mais pas encore de doctrine nucléaire. "C'est
comme cela qu'Américains et les Russes ont commencé" la
détente nucléaire, a relevé un diplomate. Les
deux pays n'ont pas annoncé de prochaine signature du Traité
d'interdiction totale des essais nucléaires (CTBT), mais pouvaient
difficilement se le permettre sans laisser à penser qu'ils cédaient
à la pression des Etats-Unis.
Nucléaire, Cachemire-Inde et Pakistan veulent réduire
la tension (Reuters, 21/2/99)
Le Pakistan et l'Inde sont convenus dimanche d'oeuvrer à la
résolution du conflit du Cachemire et ont annoncé des mesures
pour réduire le risque d'une guerre nucléaire dans le sous-continent.
Ces accords figurent dans les trois communiqués d'une "Déclaration
de Lahore" rendue publique au terme d'une visite de 48 heures au Pakistan
du Premier ministre indien, Ali Behari Vajpayee. Celui-ci et son homologue
pakistanais, Nawaz Sharif, ont estimé que la résolution de
tous les problèmes en suspens, en tête desquels le conflit
du Cachemire, était capitale pour la paix et la sécurité
régionales. Vajpayee est le premier chef de gouvernement indien
à se rendre au Pakistan depuis dix ans. Il est arrivé samedi
à bord d'un autocar inaugurant une nouvelle liaison entre New Delhi
et Lahore, grande métropole du Nord pakistanais. L'Inde, qui affirme
que la totalité du Cachemire lui appartient, est en lutte contre
la guérilla séparatiste musulmane depuis 1990. New Delhi
administre les deux tiers du Cachemire, le reste étant contrôlé
par le Pakistan. Vajpayee et Sharif, qui s'étaient déjà
rencontrés dans des pays tiers, ont promis d'"intensifier leurs
efforts pour résoudre toutes les questions en suspens, dont celle
du Jammu-Cachemire". Ils n'ont en revanche annoncé aucun progrès
sur ce grave contentieux territorial, à l'origine de deux des trois
conflits qui ont opposé les deux pays depuis 1947 (le troisième
ayant eu pour enjeu le Bangladesh, ancien Pakistan oriental).
Développer les contacts
L'Inde et le Pakistan sont d'autre part convenus de proroger leur moratoire
sur les essais nucléaires souterrains, sauf "au cas où des
événements extraordinaires menaceraient les intérêts
suprêmes de l'une ou l'autre partie". Les deux pays s'avertiront
aussitôt de tout essai de missile balistique ou d'un éventuel
tir accidentel de nature à faire monter subitement la tension. A
ce titre, Vajpayee et Sharif se sont mis d'accord pour mettre en place
une "ligne rouge" téléphonique. "Les deux parties s'engagent
à s'avertir immédiatement en cas d'incident accidentel, non
autorisé ou inexpliqué qui créerait un risque de retombées
avec des conséquences néfastes pour les deux pays, ou de
déclencement d'une guerre nucléaire", lit-on dans la Déclaration
de Lahore. Ces entretiens ont débouché sur plusieurs autres
engagements, comme celui de lutter contre le "terrorisme" sous toutes ses
formes et celui de programmer des contacts entre ministres des Affaires
étrangères pour passer en revue toutes les questions d'importance,
dont le nucléaire. La décision d'élever le dialogue
au niveau des ministres des Affaires étrangères marque un
progrès sensible pour les négociations de paix, qui ont repris
en octobre dernier mais piétinent, déclarait-on dans les
milieux diplomatiques tant pakistanais qu'indiens. Après les manifestations
d'hostilité organisées samedi par des milliers d'islamistes
hostiles à la visite du Premier ministre indien, qui scandaient
"Vajpayee dehors! Vajpayee assassin!", les rues de Lahore sont restées
calmes dimanche. Avant d'entamer ses discussions avec Nawaz Sharif, Vajpayee
a visité le Minar-i-Pakistan, monument devant lequel le père
fondateur du pays, Mohamed Ali-Jinnah, avait préconisé la
création du Pakistan. "Je l'ai déjà dit et je le redis.
Un Pakistan stable, sûr et prospère, est dans l'intérêt
de l'Inde", a-t-il affirmé.
Chronologie d'une demi-siècle de relations conflictuelles
(AFP,
18/2/99)
Pour la première fois depuis 10 ans, un Premier ministre indien
se rend en visite au Pakistan, laissant espérer une détente
dans des relations conflictuelles depuis un demi-siècle :
1947 - L'Inde britannique s'émancipe de la domination coloniale
et donne naissance à deux Etats: l'Inde majoritairement hindoue
et
le Pakistan musulman. Les violences de la partition font des centaines
de milliers de morts.
1947/48 - Une première guerre indo-pakistanaise éclate
à l'automne 1947 à propos du Cachemire où une dynastie
hindoue régnait
sur une majorité musulmane. Elle s'achève le 1er janvier
1949 par un cessez-le-feu sous l'égide de l'ONU, qui divise le Cachemire
en deux parties, un tiers au Pakistan, l'Azad-Kashmir, et deux tiers à
l'Inde, l'Etat du Jammu-et-Cachemire. Des résolutions de l'ONU prévoient
un référendum d'autodétermination, qui n'aura pas
lieu. Le Cachemire reste à ce jour la principale pomme de discorde
entre les deux pays.
1965 - Deuxième guerre indo-pakistanaise à propos du Cachemire.
Médiation soviétique qui débouche sur un cessez-le-feu.
1971 - Troisième guerre qui aboutit à la scission du Pakistan
et à la création du Bangladesh.
1972 - L'Inde et le Pakistan signent l'accord de Shimla prévoyant
que les deux pays règleront leurs différends, dont celui
du
Cachemire, sans intervention de tierces parties.
1974 - L'Inde fait exploser un engin nucléaire. Le Pakistan engagera
lui aussi un programme nucléaire.
1988 - L'Inde et le Pakistan signent un accord prévoyant qu'ils
n'attaqueront pas leurs installations nucléaires respectives.
1989 - Des séparatistes musulmans engagent une insurrection armée
au Cachemire. New Delhi affirme que le Pakistan apporte son soutien à
la rébellion. Islamabad dément. La guerilla a fait depuis
plus de 25.000 morts au Cachemire indien.
1994 - Les secrétaires généraux des ministères
des Affaires étrangères des deux pays se rencontrent à
Islamabad.
1996 - Premières élections provinciales au Cachemire depuis
1989. Un parti favorable au maintien du Cachemire au sein de l'Union
indienne remporte la victoire.
1997 - Rencontre des chefs de la diplomatie des deux pays après
une interruption du dialogue de trois ans.
Juin 1997 - Le Pakistan et l'Inde mettent en place un mécanisme
permanent destiné à réduire les tensions.
Septembre 1997: échec de pourparlers en raison des divergences
sur le Cachemire.
1998 - Le nouveau Premier ministre nationaliste hindou de l'Inde, Atal
Behari Vajpayee, appelle à la poursuite du dialogue entre les
deux pays.
11-13 mai 1998: L'Inde effectue cinq tests nucléaires.
28-30 mai 1998: Le Pakistan réplique avec six essais nucléaires.
29/30 juillet 1998: M. Vajpayee et son homologue pakistanais Nawaz Sharif
renouent le dialogue à Colombo mais échouent sur le
Cachemire.
24 septembre 1998: MM. Vajpayee et Sharif décident à New
York de reprendre leur dialogue, y compris sur le Cachemire.
16-18 octobre 1998: reprise du dialogue à Islamabad mais aucun
progrès en raison des divergences sur le Cachemire.
5-13 novembre 1998: discussions sur plusieurs sujets de contentieux,
sans résultat tangible.
1999 - Les deux pays créent une liaison par autocar New Delhi-Lahore.
C'est cet autocar que doit prendre samedi M. Vajpayee pour aller au Pakistan,
où il aura des entretiens jusqu'à dimanche avec M. Sharif.
La dernière visite d'un Premier ministre indien au
Pakistan remonte à 1989 avec une rencontre Rajiv Gandhi-Benazir
Bhutto.
8TH ROUND OF U.S.-INDIA,
U.S.-PAKISTAN TALKS ON SECURITY, NONPROLIFERATION DRAWS PRAISE, CRITICISM
FROM S. ASIAN MEDIA (USIS, 11/2/99)
The eighth round of the U.S.-India and U.S.-Pakistan dialogue on security,
nonproliferation and disarmament issues dominated
South Asian editorial pages over the last few weeks, and was noted
by the Russian and East Asian press as well. The U.S.
delegation, led by Deputy Secretary of State Strobe Talbott, met with
its Indian counterpart, headed by External Affairs Minister
Jaswant Singh, January 29-31, and with Pakistani officials, led by
Foreign Secretary Shamshad Ahmad, February 1-2. A wide
spectrum of Indian papers praised the interlocutors for "covering immense
ground during the past eight months" and the U.S. team in particular for
bringing to the discussion a new "sophistication," "realism," and "a better
appreciation" of India's security concerns. Nevertheless, New Delhi pundits
were quick to point out that improved relations "still remain tied to the
ability of the two sides to cross the nuclear hurdle" and resolve remaining
differences over, inter alia, the Comprehensive Test Ban Treaty (CTBT)
and Indian views on "minimum nuclear deterrence." By contrast, the talks
drew editorial fire from the Pakistani press, with many there concluding
that the talks were a "failure." Several urged Islamabad not to yield to
the U.S.' "coercive diplomacy" and "follow the course of acquiring dollars
at the cost of national security." Analysts from both India and Pakistan
welcomed the U.S.' willingness to use the talks as a springboard to "a
new more broad-based relationship" between Washington and the two capitals,
based on "an agenda larger than nonproliferation." They viewed it as indicative
of a readiness "to normalize...relations ruptured after [the nuclear tests
last spring]."
Pourparlers de paix prochains entre l'Inde et du Pakistan (Reuters,
7/2/99)
L'Inde et le Pakistan tiendront dans la seconde moitié
de février une nouvelle série de pourparlers de paix sur
le différend territorial du Cachemire et d'autres contentieux bilatéraux,
a annoncé dimanche un porte-parole du ministère indien des
Affaires étrangères.
Comme on l'interrogeait sur des informations de journaux indiens et
pakistanais annonçant une rencontre entre diplomates des deux pays
entre les 18 et 20 février à New Delhi, le porte-parole a
dit qu'il s'agissait des dates proposées pour des entretiens
interministériels. Il a toutefois noté que le Pakistan
n'avait pas encore confirmé les dates en question. Lors d'une autre
rencontre prévue en mars, des responsables des deux Etats s'entretiendront
de questions moins épineuses, parmi lesquelles un différend
sur les frontières maritimes, la situation tendue qui règne
aux abords du mont Siachen et les relations commerciales indo-pakistanaises.
L'Inde et le Pakistan, qui se sont livré trois guerres depuis
leur accession à l'indépendance en 1947, ont procédé
l'an dernier à des
essais nucléaires qui ont remis au premier plan le problème
de la prolifération atomique. Sous la pression des Etats-Unis, ils
ont
repris en octobre des négociations qui ont marqué peu
de progrès et achoppent en premier lieu sur le Cachemire.
Le Premier ministre pakistanais Nawaz Sharif s'est engagé jeudi
à ouvrir des discussions approfondies avec l'Inde, après
s'être réjoui de la décision de son homologue indien,
Atal Behari Vajpayee, d'effectuer une visite historique au Pakistan à
l'occasion de
l'inauguration d'une ligne de car entre les deux pays.
Signes de détente entre l'Inde et le Pakistan (AFP, 4/2/99)
Des signes de détente sont soudainement apparus cette semaine
entre l'Inde et le Pakistan, huit mois après les essais nucléaires
qui avaient fait dangereusement monter la tension entre les deux frères
ennemis d'Asie du Sud, a-t-on constaté jeudi à New Delhi.
Le test suprême d'une bonne volonté exprimée de
part et d'autre reste cependant la question du Cachemire divisé,
où les armées
indiennes et pakistanaises se font face depuis un demi-siècle,
et sur lequel les deux pays doivent une nouvelle fois se pencher ce
mois-ci à New Delhi. Dans une interview publiée jeudi
par l'Indian Express, le Premier ministre pakistanais Nawaz Sharif a appelé
avec passion à un changement radical des relations bilatérales
après 50 ans d'"échec". La veille, en réponse à
des informations sur cette interview, le Premier ministre indien Atal Behari
Vajpayee avait exprimé l'intention d'aller à Lahore en autocar
pour la première liaison routière entre les deux pays, qui
doit démarrer au cours des prochaines semaines. M. Sharif, lui,
a promis une réception chaleureuse. "Je serais heureux de repartir
avec lui" à New Delhi, a dit le Premier ministre musulman, qualifiant
son homologue nationaliste hindou d'"homme bien" et révélant
qu'il lui parlait souvent au téléphone et l'appréciait.
Selon l'agence indienne UNI, M. Sharif pourrait même se rendre
à New Delhi dès vendredi pour voir l'équipe pakistanaise
de cricket
se mesurer à celle de l'Inde lors du second test-match de la
première tournée du Pakistan chez son voisin depuis 12 ans.
M. Vajpayee, qui a tenu à rencontrer jeudi l'équipe du
Pakistan, avait mis le holà à des menaces de radicaux hindous
affiliés à son
parti contre les joueurs pakistanais, ce pour quoi M. Sharif a exprimé
son appréciation.
Les équipes nationales de hockey-sur-gazon des deux pays ont
aussi entamé mercredi à New Delhi une série de matches
en Inde,sous les yeux du numéro deux du gouvernement indien, L.K.
Advani, considéré comme un faucon nationaliste hindou.
"Est-ce le printemps dans les relations indo-pakistanaises", s'interrogeait
jeudi en première page le Times of India.
"C'est vraiment remarquable, bien qu'il soit trop tôt pour savoir
ce que cela veut dire exactement", a dit un ancien ambassadeur
indien au Pakistan, Muchkund Dube.
Cet apparent réchauffement intervient alors que le secrétaire
d'Etat adjoint américain Strobe Talbott vient juste d'avoir de nouvelles
négociations sur la non-prolifération nucléaire
dans les deux pays, après huit mois de fortes pressions américaines
pour un dialogue bilatéral. M. Sharif a estimé que le dialogue
sur le nucléaire devait être direct, et non plus par l'intermédiaire
de Washington, et a appelé à un calendrier de négociations,
au plus haut niveau, pour résoudre les différents bilatéraux,
y compris le Cachemire. Le ministère indien des Affaires extérieures
a réagi de façon prudente, affirmant que l'Inde était
"toujours ouverte" à toute suggestion sur le niveau du dialogue
et favorable "comme toujours" à des discussions directes sur le
nucléaire.
"Commençons au moins par discuter avec l'esprit ouvert", a dit
M. Sharif. "Si nous nous asseyons l'esprit ouvert, il y aura une
solution. Sinon, 50 ans sont déjà passés, combien
de décennies allons nous encore perdre?" "Il faut maintenant que
les dirigeants
des deux côtés prennent leurs responsabilités",
a-t-il expliqué. M. Sharif a cependant répété
que le noeud du problème restait le Cachemire revendiqué
par les deux parties et dont l'Inde refuse de négocier la souveraineté:
"La vérité, c'est que s'il n'y a pas de progrès sur
le Cachemire, il n'y aura vraiment, pas de normalisation".
Conférence du désarmement: l'interdiction des matières
fissiles en débat (AFP, 18/1/99)
L'irruption de l'Inde et du Pakistan dans le club des pays nucléaires
risque de perturber la conférence de l'ONU sur le désarmement,
centrée sur l'interdiction des matières fissiles entrant
dans la composition des armes nucléaires, qui s'ouvre mardi à
Genève. Les premiers essais nucléaires officiels de l'Inde
et du Pakistan en mai 1998 ont pris le contre-pied du Traité de
non-prolifération nucléaire (TNP) prorogé indéfiniment
en avril 1995, qui prévoit l'interdiction de fabrication des matières
fissiles et l'arrêt de tous les essais nucléaires, avant un
véritable et complet désarmement nucléaire. Si l'arrêt
des essais nucléaires est théoriquement réglé
après l'adoption du Traité d'interdiction totale des essais
nucléaires (CTBT) en septembre 1996, reste encore à négocier
celui concernant les matières fissiles. Ce sera la tâche essentielle
de la Conférence du désarmement, composée de 61 Etats
membres de l'ONU, y compris l'Inde et le Pakistan, non-signataires du CTBT.
"Cette année, la conférence risque d'être le théâtre
de belles empoignades", souligne-t-on de sources diplomatiques. Les Cinq
grands (Etats-Unis, Russie, Chine, Grande-Bretagne, France) qui se sont
vu reconnaître par le TNP le droit exclusif de détenir des
armes nucléaires, acceptent le principe d'un arrêt de la production
des matières fissiles mais pas de prendre en compte les stocks déjà
disponibles comme le demandent les pays non nucléaires. Les Cinq
refusent également d'accepter de nouveaux membres dans leur club
très fermé et ne sont pas prêts à de rapides
et importantes réductions de leurs arsenaux nucléaires. Les
pays non nucléaires n'entendent pas pour autant relâcher leur
pression sur les Cinq en exigeant de leur part ce que les diplomates appellent
des "assurances négatives", c'est-à-dire des assurances contraignantes
de non-agression nucléaire. Plus encore, ils veulent y ajouter des
"assurances positives", c'est-à-dire l'engagement d'un soutien militaire
en cas d'attaque nucléaire. Les déclarations en ce sens des
Cinq étant jugées insuffisantes. Ces derniers sont prêts
à donner de telles assurances mais pas dans le cadre du TNP, ce
qui, à leurs yeux, aurait à terme pour effet de leur interdire
la possession d'armes nucléaires. Ils sont plutôt favorables
à des approches régionales de la question dans le cadre de
traités déjà existants ou encore à négocier,
établissant des zones géographiques exemptes d'armes nucléaires.
Il en existe quatre actuellement, en Amérique latine, en Afrique,
en Océanie et en Asie du Sud-Est. Une cinquième zone est
envisagée en Asie centrale, et une sixième est régulièrement
réclamée au Moyen-Orient par les pays arabes pour contraindre
l'Etat d'Israël à renoncer à l'arme nucléaire
qu'il possède officieusement. L'Europe, l'Amérique du Nord
et l'Asie orientale sont par définition exclues de telles zones,
en raison de la présence des Cinq et de l'existence de la principale
alliance militaire, l'OTAN, sous l'autorité des Etats-Unis. Comme
les années précédentes, la conférence de Genève
devrait réinstaller des "comités ad hoc" sur ces assurances
négatives et positives. La conférence reprendra par ailleurs
ses travaux sur l'élaboration d'un traité interdisant la
course aux armements dans l'espace. Elle traitera également de l'interdiction
de l'usage et de la fabrication des mines, en incitant tous les pays à
adhérer à la Convention d'Ottawa de décembre 1997.
Les Etats-Unis, la Chine, la Russie, l'Inde, le Pakistan, mais aussi la
Finlande n'y ont notamment pas encore adhéré. La première
partie de cette conférence se terminera le 26 mars. Elle reprendra
le 10 mai jusqu'au 25 juin, avant une troisième réunion entre
le 26 juillet et le 8 septembre. |